un article paru sur le site « RUE 89″ bien éclairant

29062008

« Biopics » et ringardises:

quand cinéma français radote

 

 

Sylvie Testud (à droite) incarne Françoise Sagan (DR).

Vous avez aimé « Sagan »? Peut-être aimerez-vous alors Coco Chanel, Coluche, Mesrine, Montand, tous bientôt sur vos écrans. Vous appréciez les comédies puisant dans le patrimoine de la variété franchouillarde? Peut-être adorerez-vous « La Personne aux deux personnes » où Alain Chabat mêle blagues potaches et exploitation des chansons ringardes. Le cinéma français radote-t-il?

Ce n’est plus une vague mais une déferlante. Depuis le triomphe de « La Môme », ses millions d’entrées et son Oscar pour Marion Cotillard, le cinéma français ne cesse de mettre en images le destin de ses illustres personnages. La tradition du « biopic » appartient historiquement au patrimoine américain (ces dernières années, nous avons eu « Ali », « Ray » ou « Walk the line », la bio de Johnny Cash). Mais alors qu’on annonce la sortie automnale de « W », fiction sulfureuse sur Bush Junior signée Oliver Stone, et le tournage prochain d’un « Mandela » (avec Clint Eastwood aux manettes), les producteurs de l’Hexagone, voyant la vie en rose depuis le sacre de Cotillard, multiplient à leur tour les projets.

Le succès de « La Môme » a donné des idées…et favorisé l’ouverture des tiroirs-caisses

Après le très light « Spaggiari » (« Sans arme, ni haine, ni violence ») de Jean-Paul Rouve et « Sagan », le film (à l’origine téléfilm) un rien scolaire de Diane Kurys, porté par Sylvie Testud (bientôt interprète de Louise Michel sur le petit écran), la rentrée verra les sorties quasi-concomitantes de « Coluche » et du premier volet des deux « Mesrine », avec, dans le rôle-titre, un Vincent Cassel qui, pour l’occasion, a pris son poids de kilos en trop. Un bouleversement physiologique spectaculaire, en accord avec les codes esthétiques souvent ostentatoires du « biopic ».

Pas de doute: le succès de « La Môme » a donné des idées. Et favorisé l’ouverture des tiroirs-caisses… Le genre, il est vrai, a tout pour séduire les financiers et les chaînes de télévision, partenaires incontournables du cinéma à vocation ultra-populaire. Pourquoi? Primo, l’intérêt supposé du public pour la « fictionnalisation » des grandes figures de leur temps. Dans la ligne de mire, des entrées en salles conséquentes, puis un audimat mirifique à l’heure de la diffusion cathodique.

Ensuite, l’engouement des comédiens phares de l’Hexagone (incontournables pour le financement des gros budgets), ravis d’incarner les destins « bigger than life » des célébrités d’autrefois. Les acteurs « bankables » (Vincent Cassel en Mesrine, Audrey Tautou en Chanel) ou les comiques en vue -ces derniers très convoités depuis l’avènement cinématographique de Jamel Debbouze, Gad Elmaleh ou Jean Dujardin- se voient ainsi offrir l’opportunité d’interpréter des rôles « énormes », idéaux pour la consolidation de leur CV. En toute logique, on peut s’attendre à lire beaucoup de commentaires, dans les mois qui viennent, sur les métamorphoses de François-Xavier Demaison, alias le Coluche de fiction.

Formatage et… potentiel commercial à l’exportation

Cette prédominance de l’acteur pose parfois problème et (refrain connu mais hélas inusable) invite au formatage. Lesdits comédiens ont en effet inévitablement un droit de regard sur le scénario. C’est ainsi que le premier script de « Mesrine » (élaboré par Barbet Schroeder et Guillaume Laurant), considéré trop noir et complexe, fut disqualifié.

Enfin, autre explication à l’embellie du « biopic » tricolore, le potentiel commercial à l’exportation. Interprétés par des stars et véhiculant une certaine image du prestige national, les films en question peuvent séduire à l’étranger. Les projets encore en germe consacrés à Yves Montand ou Romy Schneider ne démentiront probablement pas le pronostic…

« Biopic » superstar? Cas d’école: Coco Chanel. Deux fictions sont actuellement en préparation. L’une, signée Anne Fontaine, débutera son tournage à la rentrée. Carole Scotta, sa productrice, précise:

« Le film ne s’apparente pas à un ‘biopic’ traditionnel. Il traite les années de l’avant-célèbrité et nous en avions conçu le principe avant le succès de ‘La Môme’. Cela dit, son financement a été incontestablement favorisé par le triomphe du film d’Olivier Dahan. D’autre part, la présence d’Audrey Tautou a bien sûr été déterminante pour convaincre les financiers… »

L’autre, en pré-production, sera réalisé par Danièle Thompson, scénariste et réalisatrice habituée aux succès populaires (« La Bûche », « Décalage horaire »). Bref, en attendant la possible guerre des Chanel, on n’en a pas fini avec la bio filmée made in France. Avec ses recettes prévisibles, ses effets « musée Grévin » redoutables et, bien sûr, ses éventuelles bonnes surprises (on est curieux de découvrir le film sur Gainsbourg réalisé par le dessinateur Joan Sfar). Jusqu’à quand? Jusqu’à une éventuelle succession d’échecs au box-office qui épuiseront ce filon-là, après d’autres.

Comédie loufoque et patrimoine variété, l’overdose…

Evénements saugrenus et changement radical d’identité… Suite à un accident de voiture pourtant mortel, le dénommé Gilles Gabriel (Alain Chabat), ex-chanteur de variété, ne meurt pas complètement. Son esprit et sa voix se retrouvent en effet dans la peau de Jean-Christian Ranu (Daniel Auteuil), un terne employé de bureau. L’argument de « La Personne aux deux personnes » ne vous rappelle rien? Si, bien sûr. Depuis le succès de l’épatant « Dans la peau de John Malkovich » (de Spike Jonze), la comédie fantastique dopée aux hormones surréalistes est à la mode un peu partout. La France accompagne le mouvement.

Dans « Jean-Philippe », il y a peu, Fabrice Luchini, suite à un coup de poing dans la tronche, se réveillait toujours avec la sienne (de tronche), mais à l’intérieur, s’agitaient l’âme et la mémoire d’un certain Johnny Hallyday. Récemment, dans « Les Deux mondes », Benoît Poelvoorde (acteur bankable entre tous) était lui aussi pourvu d’une double identité lui permettant des voyages spatio-temporels abracadabrants. « La Personne aux deux personnes », signé Bruno et Nicolas (pseudos « rigolos » de deux jeunes auteurs issus de l’école Canal +) bégaye le geste de ses prédécesseurs.

Bégaiement double, si l’on ose dire, puisque le film tambouille une seconde recette aujourd’hui fort prisée dans l’Hexagone: l’exploitation du patrimoine seventies franchouillard, à base de ringardisme assumé et de ritournelles de variété ad hoc. Une veine commercialement féconde où se sont illustrés, entre autres, le sympathique « Quand j’étais chanteur » (Xavier Giannoli) et l’effrayant « Disco » (Fabien Onteniente). On notera -autre signe d’époque- que la promo de « La Personne aux deux personnes » est orchestrée sur le Net où les vraies-fausses vidéos des « succès » de Gilles Gabriel (dont le déjà culte « Flou de toi »), triomphent sur Dailymotion et YouTube. Engouement qui ne prédit rien de mauvais pour les résultats à venir du film.

A la fin de « La Personne aux deux personnes », ultime symptôme du formatage, un second accident de bagnole provoque un pseudo-rebondissement. Quelle est la nouvelle victime? Joeystarr, bien sûr, dont l’apparition en guest-star éructante est en passe de devenir un nouveau tic du cinéma français. La preuve: ledit Joey incarnait un rôle similaire, il y a quelques semaines, dans « Passe-Passe », de Tonie Marshall. Vite, de l’air!

Sagan de Diane Kurys – avec Sylvie Testud, Jeanne Balibar, Pierre Palmade.
La Personne aux deux personnes de Bruno et Nicolas – avec Alain Chabat et Daniel Auteuil.




« Autopsie d’un meurtre » un livre de Pascal Mérigeau

25062008

Chronique d’une mort annoncée

Cinéma : Autopsie d’un meurtre

écrit par Pascal Mérigeau

Cinéma : autopsie d’un meurtre. Auteur : Pascal Mérigeau. Collection : Café Voltaire. Éditions : Flammarion.

http://www.amazon.fr/Cin%C3%A9ma-Autopsie-meurtre-Pascal-M%C3%A9rigeau/dp/2081202522

Comme un écho à l’apostrophe lancée par Pascale Ferran lors de la dernière cérémonie des Césars, Pascal Mérigeau, critique de cinéma au Monde puis au Nouvel Observateur, pousse un véritable cri d’alarme – pour ne pas dire un coup de gueule – face à la situation catastrophique du cinéma français. Sous la houlette du célèbre pamphlétaire des Lumières et d’Otto Preminger, l’auteur se livre, tel un médecin légiste, à un constat clinique précis des causes du décès imminent de l’art cinématographique hexagonal.


C’est un fait, avec près de 250 films produits par an, le cinéma français se porte à merveille… apparemment. Car à y regarder de plus près, seuls 10% des films attirent dans les salles obscures 90% des spectateurs ne laissant aux autres que les 10% restant. Il est très difficile d’échapper au battage médiatique qui entoure ces « French Blockbusters » parfois plusieurs mois avant leur déferlement sur les écrans, les techniques hollywoodiennes ayant été parfaitement assimilées par les tenants de la promotion cinématographique. Comment en est-on arrivé là ?

Au début des années 1980, l’État a décidé de se porter au secours de l’industrie cinématographique nationale en obligeant les chaînes de télévision à participer à la production des films. Si cette intervention a certainement sauvé le cinéma français – le cinéma italien n’a pas eu cette chance – elle était porteuse d’un effet pervers à retardement. Il aura fallu vingt ans pour passer d’une « logique de création » à une « logique de diffusion », pour que le cinéma devienne l’esclave de son bailleur de fonds, pour que la télévision ne finance que les produits qu’elle pourra diffuser ultérieurement. Aucun Martin Bouygues actuel n’apporterait son soutien au financement du Van Gogh d’aucun Maurice Pialat. Être un cinéaste reconnu n’est plus suffisant, encore faut-il accepter d’engager l’acteur qui s’affiche déjà dans les pages people et les émissions télé ou de réaliser des films « très éclairés » (aucun rapport avec l’intelligence, on vous rassure) « de sorte que le salon du téléspectateur ne se reflète pas sur son écran désespérément plat ». On ne le dira jamais assez : un téléspectateur n’est en rien semblable à un spectateur et même si l’arrivée des Home cinéma concourt à l’entretien d’une certaine confusion des genres, il y aura toujours une différence fondamentale entre un sujet passif devant un petit écran dont le but avoué est de le rendre disponible aux messages publicitaires et un sujet actif que le cinéaste considère comme un partenaire, « un être intelligent, dont le cerveau doit rester toujours en éveil ».

Les producteurs, dont le métier ne se résumait pas jadis au seul financement des projets tant il leur semblait essentiel d’accompagner le cinéaste sur d’autres plans, sont aujourd’hui les otages des diffuseurs quand ils ne sont pas tout simplement dépourvus de culture cinématographique. Que dire des réalisateurs ? Mérigeau stigmatise leur individualisme forcené, leur absence de vocation, leur manque d’inventivité et leur collaboration active à la dégénérescence d’un art qu’ils prétendent servir. Il fut un temps où la sélection d’un film dans l’un des grands festivals équivalait déjà à une distinction. Ne faut-il pas voir la présence du Da Vinci Code à l’ouverture de Cannes en 2006 comme le symptôme flagrant de la « contamination de cet espace préservé » ?

Mérigeau ne se pose pas en donneur de leçon. Il rappelle que les journalistes aussi et les critiques de cinéma en particulier ont largement donné la main au vaste mouvement de mercantilisation du 7e Art : participation active au matraquage promotionnel sous couvert d’information, mise en avant systématique des chiffres de l’exploitation, soumission généralisée au principe des junkets, ses interviews à la chaîne organisés par les producteurs… Instrumentalisée, la critique a été en partie vidée de sa substance, « mise hors-jeu ». Si l’on s’en tient au petit écran, on ne trouve aucune émission de cinéma qui soit autre chose que la répétition fidèle du contenu des dossiers de presse comme si « discuter un spectacle que les gens ont aimé [...] signifi[ait] s’en prendre non au spectacle, ni même à son auteur, mais aux spectateurs eux-mêmes ». Tant et si bien qu’« à force de s’empêcher de dire du mal des mauvais films, on finit par les trouver bons ». Dans le même temps, la critique « cinéphilique » s’est radicalisée en favorisant systématiquement des films confidentiels, élevant un mur infranchissable entre cinéma ambitieux et cinéma commercial.

Le mal est-il pour autant irrémédiable ? Mérigeau se prend encore à espérer un retour de balancier – de bâton ? – eu égard à la capacité de résistance dont le cinéma a déjà fait montre dans des contextes politiques (stalinisme, nazisme…) qui ne prêtaient guère à son épanouissement. « Le cinéma ne restera [...] un art que s’il se dégage de la télévision. Financièrement, esthétiquement, moralement. Il doit reprendre la main, ce que l’augmentation des recettes enregistrée récemment rend possible, sa survie est à ce prix ». Les moyens sont à rechercher du côté d’une complète réorganisation du système au profit des distributeurs indépendants et des exploitants engagés, et dont la mesure phare devrait être la limitation du nombre de copies afin d’éviter à l’avenir qu’un seul film rouleau compresseur monopolise plus de 500 écrans (Les Bronzés 3). Il y a des colères justes, celle de Pascal Mérigeau est de celles-là.

Emmanuelle Romeyer

http://www.critikat.com/




Le Club des 13: un rapport précis et complet

1062008

Le Club des 13: un rapport précis et complet dans dossiers pdf leclubdes13rapport1.pdf







laubedufantastique |
kelhorreur |
sslstreaming |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | celine fait son cinema
| Culture Cinématographique d...
| BRAD ET ANGELINA