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Réponse de Sam Karmann à l’article de Vincent Maraval sur les salaires des acteurs français par INFO LE MAGUE

30122012

L’Acteur Sam Karmann répond à l’Article du monde de Vincent Maraval traitant des salaires exorbitants de certaines stars françaises…

Réponse de Sam Karmann à l’article de Vincent Maraval sur les salaires des acteurs français par INFO LE MAGUE

« Cher Vincent Maraval Je pense que votre article dans le Monde suscitera des réactions qui vont faire gonfler votre boite mail et la rumeur parisienne. En tous cas je le souhaite. En cette période de crise quand on parle d’argent et quelque soit le secteur, les passions sont vives. En ce qui me concerne -et à part le titre de votre article que je trouve mensonger parce que partiel- : « Les acteurs français sont trop payés » je le trouve évidemment pertinent et vous avez le courage de jeter enfin le pavé des salaires exhorbitants dans la mare de notre cinéma national. J’y souscris. Mais vous auriez du aller plus loin.

Et en premier lieu, plutôt que de parler des acteurs, vous auriez du écrire en guise de chapeau : « Les vedettes françaises sont trop payées ». C’est vrai. Les 50 vedettes ? Les 30 vedettes ? Les 10 vedettes ? Leur nombre n’est pas le plus important au regard du fait qu’ils sont incontournables. C’est ça qui pose problème, qu’on ne puisse (ou très difficilement) monter un film sans qu’il y ait au moins un « bancable » dans la liste. Combien sont-ils ces bancables ? Entre 3 et 5 par génération. Car les autres, tous les autres, les acteurs pas vedettes, les petits, les moyens, les sans grade à l’échelle du box-office, les 20.000 autres, intermittents, qu’ils soient inconnus ou même un peu connus voire reconnus du grand public (comme votre serviteur par exemple), savons que nos cachets ont été divisés pas 2 depuis les années 2000. Et je ne parle pas de l’écrasante majorité des acteurs qui composent les listes artistiques des films et qui sont payés moins de 1000€/jour.

A la télévision où les salaires des rôles principaux ont servi de variable d’ajustement aux productions qui diminuaient leur coût au fur et à mesure que les diffuseurs diminuaient leurs financement. Ne pouvant baisser la grille des salaires des équipes techniques protégés par une convention collective forte et respectée, on a non seulement divisé le montant mais également diminué le nombre des cachets en augmentant le temps de travail de leurs journées. On tourne soi-disant un 52’ en 10 ou 11 jours, mais en comptant les heures sup on tourne entre 12 et 14 jours avec les acteurs en tête de casting considérés comme « bien payés » qui tournent 10 voire 12 heures par jour en abattant 5 à 7’ utiles par jour. N’ayant pas le choix, les producteurs préfèrent payer les heures sup des équipes techniques, raboter sur le nombre de cachets des acteurs et comprimer leurs journées…

Quand au cinéma pour faire en sorte que des films indépendants (1, 2, 3 M€) puissent se faire, on nous explique que nos salaires doivent être mis pour partie en « participation », c’est à dire payé si le film est amorti… On sait tous ce que cela veut dire.

Et pour finir la boucle, que dire des techniciens qui -parce qu’heureusement encore payés au tarif syndical à la télé- peuvent s’offrir de faire du cinéma à moins 10, 20, 30 ou 50%. Pour faire en sorte que le film se fasse toute la chaine fait des efforts pendant que les « stars » prennent leurs cachets. Que penser d’un film où les équipes sont à moins 10% ou 20% avec en vedette un bancable dont on sait qu’il va toucher entre 500K€ et 1M€ … ?

La faute au système bien sûr, qui comme vous le dénoncez, réclame des « noms » pour monter le financement en sachant pertinemment que ce n’est évidemment pas une garantie du succès du film en salle. Mais qu’il est dans le cahiers des charges des diffuseurs de justifier une promesse -devenue chimérique- d’audimat quand le film passera à la télé.

Pour finir, je pense que si votre analyse est pertinente, le titre de cet article est si maladroit qu’il va une fois de plus conforter l’idée fausse que les acteurs sont des nantis et mettre en péril le statut si fragile mais si indispensable des intermittents perçus comme des enfants gâtés. Ne cassons pas ce système extraordinaire qu’est l’intermittence, la redistribution du CNC et l’obligation des diffuseurs de financer le cinéma.

Comme partout dans la société et dans ce monde financiarisé à tout crin, rien ne va plus quand « le patron-vedette » gagne 1M€ tandis que « l’acteur-ouvrier » qui vient lui donner la réplique gagne le smic.

PS : à la décharge de V. Maraval, le titre du papier extrêmement polémique a été écrit par la rédaction du Monde.

 

 

 

 




De la fortune des vedettes en particulier et des perversions d’un bon système en général

30122012

 

La réponse de Jean-Michel Frodon

De la fortune des vedettes en particulier et des perversions d’un bon système en général pluie_d_or-218x300

Parue dans Le Monde du 28 décembre,  une vigoureuse déclaration du producteur, distributeur et exportateur Vincent Maraval suscite de nombreuses réactions, dans le milieu du cinéma français et au-delà. L’auteur est une des personnalités les plus en vue dudit milieu, à la fois homme d’affaires très avisé et véritable amateur de films, aux goûts plutôt éclectiques et aux engagements souvent courageux – un profil pas si fréquent dans la profession. Intitulée « Les acteurs français sont trop payés ! », la missive (le missile) s’appuie sur le « scandale Depardieu », donne des noms et des chiffres, et fournit une description globalement exacte, mais par moment biaisée ou incorrecte, de la situation économique du cinéma français.

Commençons par les réserves qu’inspire la polémique telle que formulée par Vincent Maraval. Non, l’année du cinéma français n’est pas un désastre, contrairement à ce qu’affirme la punchline qui ouvre le texte – quels que soient les critères retenus, beaucoup d’argent finira par avoir circulé dans le cinéma français c’est à dire chez ceux qui à un titre ou à un autre le font. Le Marsupilami et La vérité si je mens 3 ne se sont pas « plantés » – mais Astérix, Pamela Rose et Stars 80 oui. Non, le marché de la salle ne stagne pas, même si la fréquentation en 2012 sera en recul sur l’exceptionnelle année précédente, la tendance depuis 2000 est au contraire à une constante augmentation. Et même, contrairement à ce qui était admis (et à ce qu’affirme Maraval), on assiste plutôt à une remontée de la présence, et de l’audience des films à la télévision.

Et surtout, non, les acteurs – il faudrait plutôt dire : les vedettes – ne sont pas riches de l’argent public. Hormis quelques mécanismes, importants mais pas au centre du problème (les régions, le crédit d’impôt, les Sofica), ce n’est pas sur le budget de la collectivité que sont financés les productions, même si c’est bien un système de lois et de réglementation publiques qui définit les conditions de leur financement. Connu aussi pour son exceptionnel bagout – et encore le lecteur est privé de l’accent du Sud-Ouest – Maraval en fait un peu trop dans les affirmations à l’emporte-pièce. C’est dangereux, car ce sont elles qui risquent d’être le plus reprises, par ceux qui voudront utiliser le texte pour attaquer un système qui a aussi, qui a d’abord des vertus décisives,  comme par ceux qui en profiteront, en les réfutant, pour éviter l’essentiel de ce qui est dit, et qui est très juste, même si incomplet.

Ce qui arrive avec les acteurs est le plus visible, et le plus choquant. C’est la part la plus spectaculaire d’une dérive générale, une dérive fondée sur l’augmentation continue des sources de financement du cinéma en France. Mais il n’y a pas que les acteurs. Lisez bien la phrase qui suit, elle contient une révélation bouleversante. Lorsqu’un film coûte 30 millions d’euros, cela veut dire que des gens ont touché ces 30 millions. Qui ? Pour l’essentiel, les professionnels du cinéma. Les acteurs gagnent la plus grosse cagnotte, dans des conditions et selon des mécanismes qu’explique très bien Maraval. Mais les producteurs, les réalisateurs, les chefs de postes techniques aussi. Pourquoi ? Parce que l’essentiel de la stratégie des pouvoirs publics depuis le milieu des années 90 (remplacement de Dominique Wallon par Marc Tessier, d’un militant culturel par un gestionnaire d’entreprise, à la tête du CNC en 1995), a fait de l’augmentation des financements son objectif central. A nouveau : pourquoi ? Parce que le nécessaire équilibre de pouvoir entre professionnels et politiques a été rompus au profit des premiers. Avec succès, il faut le reconnaître, au sens où de fait les investissements dans la production de films français n’a cessé d’augmenter, grâce encore une fois à des dispositifs réglementaires toujours plus nombreux, récemment la taxation des Fournisseurs d’Accès à Internet (FAI), et pas grâce à des ponctions sur le budget de l’Etat.

Une des pires conséquences de ce phénomène aura été l’explosion du nombre de films, qui a plus que doublé en 15 ans. Car une autre manière de gagner de l’argent, outre de se faire payer des cachets de plus en plus élevés, est de multiplier les productions. Ce sont quelques 100 films en plus, films inutiles, fictions qui auraient mieux fait de se diriger d’emblée vers la télévision, qui sont venus engorger la machine, et d’abord les écrans. Aujourd’hui, c’est pour faire encore plus de place à ces mêmes produits que les nouveaux détracteurs de la « chronologie des médias » veulent exclure de la salle les films les plus ambitieux mais rarement les mieux exposés, en les reléguant d’emblée sur Internet – autant dire, en les assassinant sans bruit.

D’ores et déjà, dans les salles, à la télé, dans les médias, cette masse informe de surproduction, qui rapporte à beaucoup de monde grâce aux mécanismes décrits par Maraval, y compris à sa propre société, a en effet pour résultat de marginaliser sans cesse davantage ceux pour lesquels étaient à l’origine conçus l’ensemble des dispositifs.

Car il faut ici rappeler que tout cela vient d’un système vertueux dans ses principes. Un système qui a fonctionné – notamment dans les années 60, puis dans les années 80 jusqu’au milieu des années 90. Il s’agit d’un système fondé sur la péréquation, sur l’échange de bons procédés. Il n’opposait pas le commerce à l’art mais organisait des effets de soutiens financiers aux films les plus audacieux par les films les plus profitables au nom de la valeur symbolique, culturelle, que les premiers confèrent aussi aux seconds, tant que l’ensemble est traité comme un tout.

C’est au nom de cette grande idée que Malraux et ses collaborateurs ont réclamé que le CNC cesse de dépendre du Ministère de l’industrie pour relever de celui de la culture. Système efficace à condition de maintenir d’une main de fer l’équilibre entre les bénéfices culturels et les bénéfices financiers, contre les ténors de la profession, qui sont toujours d’abord les puissances économiques.

Comme tous les professionnels du cinéma, Vincent Maraval défend surtout ses propres intérêts lorsqu’il prend la parole en public au nom de l’intérêt collectif et de la justice sociale. Lui aussi a besoin de ces acteurs incontestablement surpayés pour financer ses films auprès des télévisions. Le seuil de rémunération qu’il propose est une idée aussi saine qu’assez improbable, tant qu’à faire élargissons-la à l’ensemble du milieu. Elle permettrait par exemple une réorientation massive des crédits au profit des lieux d’action culturelle, en particulier de l’éducation au cinéma, ou mieux avec le cinéma… Ce n’est pas vraiment à l’ordre du jour.

Mais attention. La diatribe de Maraval est aussi de nature à alimenter l’argumentaire de ceux qui veulent une destruction de l’ensemble du système au nom d’une logique gestionnaire ultralibérale (cf. les actuelles pressions de Bruxelles) ou ultra-centralisatrice (cf. les pressions de Bercy relayées par certains élus). La belle année du cinéma artistique du cinéma français, celle de Holy Motors, d’Après Mai, des Adieux à la Reine, des Chants de Mandrin, de Sport de fillesAdieu Berthe, La Vierge, les Coptes et moiNana, Vous n’avez encore rien vu, Dans la maison, 38 Témoins, La Terre outragée, Les Lignes de Wellington, L’Age atomiqueBovinesAugustineLouise WimmerVoie rapideAlyah…  (chacun pourra bien sûr ajouter ou retrancher des titres, c’est le nombre et la diversité qui importent), cette efflorescence-là est aussi due à l’existence de ce système, en même temps qu’elle est menacée par ses dérives inflationnistes. C’est pourquoi il est essentiel de combattre les effets pervers sans détruire les principes fondateurs, plus nécessaires que jamais.




Les acteurs français sont trop payés!

29122012

LE MONDE | 28.12.2012 à 15h45 • Mis à jour le 28.12.2012 à 20h37

Par Vincent Maraval, distributeur et producteur, fondateur de la société de distribution de films Wild Bunch

Les acteurs français sont trop payés! 1808050_3_c2bb_gerard-depardieu-le-1er-octobre-2012-a-berlin_ad6f34bcb4c66efe062809766bd2b31a-300x150

 

L’année du cinéma français est un désastre. Pendant que Gérard Depardieu fait l’actualité et que les ministres rivalisent d’esprit pour en faire le scandale du moment et dénoncer son exil fiscal à 2 kilomètres de la frontière d’un pays dont il ne se sent  »plus faire partie », personne ne parle du cinéma français. Or tous les films français de 2012 dits importants se sont « plantés », perdant des millions d’euros : Les Seigneurs, Astérix, Pamela Rose, Le Marsupilami, Stars 80, Bowling, Populaire, La vérité si je mens 3, etc.

Pas un film, sauf peut-être Le Prénom, pour gommer ce que toute la profession sait pertinemment, mais tente de garder secret : le cinéma français repose sur une économie de plus en plus subventionnée. Même ses plus gros succès commerciaux perdent de l’argent.

EXCEPTION CULTURELLE

Constat unanime : les films sont trop chers. Après les films des studios américains, la France détient le record du monde du coût moyen de production : 5,4 millions d’euros, alors que le coût moyen d’un film indépendant américain tourne autour de 3 millions d’euros. Ce coût moyen ne baisse jamais, alors qu’il y a toujours plus de films produits, que le marché de la salle stagne, que la vidéo s’écroule et que les audiences du cinéma à la télévision sont en perpétuel déclin face à la télé-réalité et aux séries.

Mais alors, pourquoi s’émouvoir ainsi sur le cas Depardieu ? Pourquoi ce déchaînement médiatique et politique ? Sans doute parce qu’il y a là un vrai scandale d’ordre plus général. On le sait, l’époque aime les cas particuliers. Mais le scandale qui nous intéresse les dépasse largement. Il est d’ordre systémique. On peut s’étonner de voir nos ministres s’en laver les mains.

Pourquoi si peu de voix s’en saisissent-elles dans le milieu du cinéma ? Parce qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil ? Que Delon, Hallyday et autres agissent de même depuis longtemps ? Dany Boon, par exemple, ce chantre de la France profonde qui vit à Los Angeles, obtient des sommes qui laissent un Gérard Depardieu sur le carreau, ratatiné. 3, 5 millions d’euros pour Le Plan parfait, dont les entrées ne seront pas suffisantes pour payer son salaire ! Un million pour quelques minutes dans Astérix, film qui fait exploser le ratio entrées/cachet/minute à l’écran…

MIRACLE DU SYSTÈME DE FINANCEMENT

Malgré ses récents échecs, grâce au miracle du système de financement du cinéma français, Dany Boon s’apprête aujourd’hui à attaquer son nouveau film,Hypercondriaque, pour lequel on parle d’une somme proche de 10 millions d’euros. Ce texte ne se transformera pas en lettre de dénonciation, je ne nommerai que ceux qui ont fait leur coming out fiscal. Mais ils sont nombreux, qui se disent à gauche, dénoncent les injustices, mais au fond n’en voient qu’une seule : leur niveau d’imposition.

Mais pourquoi, au fond, les acteurs seraient-ils pires que les sportifs ? Parce que leur carrière est potentiellement plus longue ? Non, le seul scandale, le voilà : les acteurs français sont riches de l’argent public et du système qui protège l’exception culturelle. A part une vingtaine d’acteurs aux Etats-Unis et un ou deux en Chine, le salaire de nos stars, et encore plus le salaire de nos moins stars, constitue la vraie exception culturelle aujourd’hui.

Pourquoi est-ce qu’un acteur français de renom, qu’il se nomme Vincent Cassel,Jean RenoMarion CotillardGad Elmaleh, Guillaume Canet, Audrey Tautou, Léa Seydoux, touche pour un film français – au marché limité à nos frontières – des cachets allant de 500 000 à 2 millions d’euros, alors que, dès qu’il tourne dans un film américain, dont le marché est mondial, il se contente de 50 000 à 200 000 euros ? Pourquoi, par exemple, Vincent Cassel tourne-t-il dans Black Swan (226 millions d’euros de recettes monde) pour 226 000 euros et dans Mesrine (22,6 millions d’euros de recettes monde) pour 1,5 million d’euros ? Dix fois moins de recettes, cinq fois plus de salaire, telle est l’économie du cinéma français.

Savez-vous que Benicio Del Toro, pour le Che, a touché moins que François-Xavier Demaison dans n’importe lequel des films dans lesquels il a joué ? Que Marilou Berry, dans Croisière, touche trois fois plus que Joaquin Phoenixdans le prochain James Gray ? Que Philippe Lioret touche deux fois plus queSteven Soderbergh et sept fois plus que James Gray ou Darren Aronofsky ? Pourquoi s’en priveraient-ils ?

Et pourquoi Depardieu est-il le salaud ? Lui qui fait Mammuth gratuitement pourpermettre au film d’exister et propose de faire la même chose pour DSK de Ferrara. Pourquoi Vincent Cassel, qui met son argent et son énergie au service de jeunes talents comme Kim Chapiron ou Romain Gavras, serait-il plus coupable que le système ?

DES ÉCHECS ÉCONOMIQUES

L’explication, jamais le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) ni la ministre ne l’ont fournie : la subvention directe dont jouit le cinéma français (chaînes publiques, avances sur recettes, aides régionales), mais surtout la subvention indirecte (l’obligation d’investissement des chaînes privées). Voilà pourquoi tous les échecs de 2012 mentionnés ci-dessus n’ont guère ému la profession, et que ceux-ci n’ont pas suscité d’articles de fond. Et pourtant, rendez-vous compte ! Sur le top 10 des films d’une économie qui en concerne 220, un seul est rentable !

Il est vrai, les scores de ces films ne sont pas honteux : 6 millions d’entrées pour le Marsupilami, 4 millions pour Astérix ou La Vérité si je mens, 3 millions pour Les Seigneurs, 2 millions pour Stars 80, 1 million pour Populaire… Ils sont même bons dans l’absolu, et il est probable que le niveau d’entrées 2012 ne va guère baisserpar rapport à 2011, la fameuse année d’Intouchables. Mais ce sont tous des échecs économiques parce qu’ils coûtent beaucoup trop cher.

Astérix, à 60 millions d’euros, a le même budget qu’un film de Tim Burton. Voilà qui laisse rêveur… Stars 80 plus cher que The Hangover ou Ted. Ça laisse pantois… Et tout autant Populaire, plus cher que Black Swan ou Le Discours d’un roi ! La responsabilité de cette situation n’est pas à chercher, hélas ! dans une supposée incompétence de nos producteurs, mais dans ce que les Américains appellent le« above the line «  (« la surévaluation »), les cachets qui font de nos talents, inconnus au-delà de nos frontières, les mieux payés du monde.

Mais à quoi servent de tels cachets si les résultats ne se matérialisent pas en recettes économiques ? En réalité, ils permettent d’obtenir le financement des télévisions. Black Swan se finance sur le marché. Il n’y a dans son financement aucune obligation, aucune subvention, l’acteur est donc payé pour ce qu’il vaut, 226 000 euros. Mesrine, en revanche, a besoin de ce financement pour exister, ce qui explique que l’acteur se retrouve avec un pouvoir de vie ou de mort sur le projet, et ce en fonction de sa valeur télé. Il réclame donc sa part du gâteau. Lui sera payé entre 1 et 1,5 million d’euros. Qui peut l’en blâmer ? Cela devrait vouloirdire qu’il touche là le fruit de sa notoriété sur le marché télévisuel. Sauf que le cinéma enregistre des contre-performances à la télévision. Sans les obligations légales issues de notre système public de financement, il y a bien longtemps que « Les Experts » et la « Star Ac » auraient réduit à néant les cases « Cinéma » des chaînes de télévision.

JETÉ À LA VINDICTE PUBLIQUE

Est-ce à l’individu qu’il revient de « réguler » le système sous peine d’être jeté à la vindicte publique comme Gérard Depardieu ou est-ce au CNC et à son ministère de tutelle de le faire ? A l’heure où François Hollande veut que les patrons des grandes entreprises publiques limitent leurs salaires, laissera-t-on les « hauts salaires » du cinéma gagner plus qu’ils ne valent, et ce grâce à de l’argent public, à un système unique, exceptionnel de financement ? Est-il normal qu’un Daniel Auteuil, dont les quatre derniers films représentent des échecs financiers de taille, continue à toucher des cachets de 1,5 million d’euros sur des films coproduits par France Télévisions ?

Le fameux système d’aide du cinéma français ne profite qu’à une minorité de parvenus. Mais jamais cela ne provoquera un scandale aussi retentissant que l’exil fiscal de Gérard Depardieu. Les miettes que laisse ce système réduisent en effet au silence ceux dont le rôle serait de pousser l’analyse.

Une idée simple : limitons à 400 000 euros par acteur – et peut-être un peu plus pour un réalisateur -, assorti d’un intéressement obligatoire sur le succès du film, le montant des cachets qui qualifient un film dans les obligations légales d’investissement des chaînes de télévision. Qu’on laisse à Dany Boon un cachet de 10 millions d’euros, si telle est véritablement sa valeur marchande. Mais alors que ce soit en dehors de ces obligations. Et redonnons ainsi à notre système unique et envié sa vertu en éliminant ses vices.

Vincent Maraval, distributeur et producteur, fondateur de la société de distribution de films Wild Bunch

 




La «chronologie des médias» à l’heure du désordre

12122012

Rompre ce principe essentiel à l’exception culturelle française, comme le propose une société de réalisateurs et de producteurs pour faire face au piratage, fera le jeu des plus puissants, au détriment des auteurs indépendants et des créateurs les plus fragiles.

La «chronologie des médias» à l'heure du désordre

Dimanche 18 novembre, le jury du Festival de Rome attribue son grand prix au film Marfa Girl de Larry Clark. Le film est immédiatement diffusé dans le monde entier. Son réalisateur, figure du cinéma indépendant états-unien, a en effet décidé de le rendre accessible directement sur Internet, pour la somme de 5,99 dollars (4,65 euros), expliquant son choix par la volonté de ne pas entrer dans un système, celui de la distribution en salles, dominé les grandes puissances industrielles, et résumé d’un retentissant «Fuck Hollywood». Mais il n’est pas certain que ce soit Hollywood le plus menacé dans l’affaire.

Dans l’esprit sinon dans le droit, la mise en ligne du film de Larry Clark est un nouvel accroc au tissu réglementaire qui, en France, organise l’accès des publics aux films. Ce qui suppose pour commencer qu’il existe quelque chose de particulier qu’on nomme «film». C’est le cas dans ce pays, où les productions audiovisuelles relevant du cinéma sont enregistrées séparément des autres par le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), et font l’objet d’aides et de contraintes spécifiques. Ce qui est loin d’être le cas partout.

La «chronologie des médias», joli nom de ce dispositif réglementaire, dispose qu’un film de cinéma doit d’abord sortir dans une salle de cinéma. Les autres modes de diffusion sont ensuite échelonnées sur une échelle de temps qui doit permettre à chacun de bénéficier d’une fenêtre d’exploitation privilégiée avant de subir la concurrence de la suivante: 4 mois après la salle pour le DVD et la VOD, 10 mois pour une diffusion cryptée (Canal +), 22 mois pour une chaine en clair coproductrice, 30 mois pour les autres chaines en clair, 36 mois pour un service de vidéo en ligne par abonnement.

Ce système rigide, pilier de l’organisation de la vitalité du cinéma en France cogérée par les pouvoirs publics et les professionnels, est évidemment en danger d’être débordée par l’extrême fluidité de circulation des films que permet Internet. Le piratage n’aura sans doute été à cet égard que l’avant-garde sauvage d’effets encore plus massifs dont sont porteuses les technologies numériques.

Derrière les brèches ouvertes par de sympathiques marginaux, les puissants

Comme il est devenu fréquent, Internet fait converger les intérêts apparemment antagonistes des marginaux, qui de toute façon jouent en dehors des clous, et des acteurs les plus puissants, qui tirent toujours les plus gros marrons du feu des concentrations. Outre le coup de force de Larry Clark, on en a eu un nouvel exemple en France cet automne, avec la sortie les 31 octobre et 7 novembre par deux petites sociétés de distribution, Damned et Fondivina, de deux films d’auteur plutôt confidentiels, Les Paradis artificiels du Brésilien Marcos Bravo et Nuit #1 de la Québécoise Anne Emond.

48 heures avant chaque sortie, les films ont été mis en ligne sur Dailymotion par une société spécialisée dans la diffusion des films sur Internet, Eye on Films. Aussitôt après la première mise en ligne, la plupart des salles ayant prévu de montrer Les Paradis artificiels le déprogrammaient: les exploitants voient évidemment d’un très mauvais œil cette rupture dans la chronologie des médias, qui garantissait à la salle à la fois la primeur des films et sa valorisation symbolique comme lieu de définition même de ce qui caractérise un film.

Mais les exploitants ne sont pas seuls à dénoncer une tactique bien connue, qui surfe sur la sympathie éveillée par des films ne disposant pas de gros moyens promotionnels pour ouvrir des brèches dans lesquelles tous, mais d’abord les plus puissants, s’engouffreront.

L’initiative des deux petits distributeurs s’inscrit en effet dans un processus lourd. Dans le cadre de sa campagne ultra-libérale, l’Union européenne, qui ne cesse de chercher des noises aux systèmes d’aide au cinéma (pas seulement français), a impulsé en mars 2012 un programme d’expérimentation torpillant la chronologie des médias.

Une des plus puissantes organisations corporatistes du cinéma français, l’ARP (Société civile Auteurs-réalisateurs-producteurs) a pris fait et cause pour cette expérimentation, et mis en place un dispositif baptisé TIDE (Transversal International Distribution in Europe) afin de la mettre en pratique. Ce qui lui a valu la rondelette somme de 800.000€ offerts par Bruxelles.

Ghettoïser en excluant les petits des grands écrans

L’ARP a immédiatement soutenu l’opération Eye on Films, se faisant in petto l’attaché de presse des films et décidant de projeter Les Paradis artificiels dans sa propre salle, le Cinéma des cinéastes, après son éviction de nombreux écrans.

Aux côtés des exploitants, nombre d’autres organisations professionnelles (sociétés de réalisateurs, de producteurs, de distributeurs, associations de défense de la diversité du cinéma) se sont mobilisées pour déclarer leur opposition à une déstabilisation du système. Dans une réponse datée du 26 novembre adressé aux syndicats de producteurs, les Auteurs-Réalisateurs-Producteurs, pourtant bien connus pour avoir souvent défendu avec la dernière énergie les dispositifs réglementaires existants, se présentent en audacieux modernistes décidés cette fois à aller de l’avant aux côtés des nouvelles technologies.

Affirmant trouver «stimulant que la quasi-unanimité de la profession cherche à nous dissuader de persister dans cette voie», l’ARP affirme bravement que «c’est peut-être parce que nous sommes cinéastes que nous n’avons pas peur du mouvement». Sympa pour les autres…

Le reste de l’argumentaire est pourtant moins flamboyant: cet accroc à la chronologie, les gens de l’ARP veulent en faire bénéficier les «petits  films mal financés, mal armés pour la salle». C’est-à-dire les ghettoïser encore plus, en achevant de les exclure des grands écrans, leur seule chance d’exister à part entière dans l’univers du cinéma. Privés de l’accès à la salle, ces «œuvres  fragiles qui sortent en petite combinaison» selon la délicate formule de l’ARP, cesseront tout bonnement d’exister à court terme. Au même moment, voici qu’est fort à propos mise en circulation une étude de deux chercheurs, un Allemand et un Danois, tendant à démontrer que la fermeture de Megaupload le 19 janvier 2012 a eu des effets négatifs sur le box-office des petits films sans affecter les bénéfices des majors.

Une cassure inédite dans l’organisation de défense du cinéma en France

Quels films? Quel box-office et dans quels pays, lorsqu’on sait que pour l’essentiel, les mêmes «petits films» ne sortent plus du tout en salles dans le monde anglo-saxon? Simultanément, la disparition du principe de la chronologie des médias aura pour effet d’ouvrir grand la porte à des acteurs infiniment plus puissants, au premier rang desquelles la première plate-forme de cinéma à la demande, Netflix, qui a entrepris de s’implanter en Europe, suivi de son rival Amazon.

L’ARP se pose aujourd’hui en moderniste, on comprend que ses animateurs, qui sont essentiellement les réalisateurs français les plus commerciaux, ambitionnent de s’installer dans le sillage des gros porteurs de la commercialisation en ligne, tout en finissant d’éliminer des salles les «œuvres fragiles» qui ont déjà bien du mal à y accéder.

C’est toutefois la première fois que cette organisation abandonne le camp des défenseurs des dispositifs de l’exception culturelle (qu’elle défend simultanément sur d’autres dossiers), créant une cassure inédite dans l’organisation de défense du cinéma en France.

Le sujet est l’un des principaux enjeux de la Mission Culture-Acte 2confiée par Aurélie Filipetti à Pierre Lescure sur l’ensemble des transformations de la politique culturelle sous l’influence du numérique. Dans un rapport d’étape remis le 6 décembre, la commission note que si «une refonte radicale de la chronologie des médias constituerait peut-être la meilleure réponse aux attentes des internautes en matière de VàD», une telle initiative remettrait en cause tout l’équilibre du système.

A l’évidence, l’organisation de la chronologie des médias est remise en cause par les nouveaux modes de diffusion. Mais avec l’étrange théâtre qui s’est mis en place chez les professionnels, on s’éloigne encore davantage de la nécessaire invention d’une réponse accompagnant le développement des technologies sans détruire les principes de l’action publique dans le secteur. Une action, faut-il le rappeler, dont la raison d’être n’est pas d’enrichir davantage les acteurs français les plus puissants et de débarrasser le marché des plus faibles, mais tout au contraire de contrebalancer les déséquilibres engendrés par ce seul marché, et les usages spécifiques qu’il fait des innovations technologiques.

Jean-Michel Frodon




la Ficam réagit aux mesures adoptées à l’assemblée nationale.

11122012

la Ficam réagit aux mesures adoptées à l’assemblée nationale. baa2e0e43a54cf28df568f21c5999057-300x105  Actualités professionnelles | 09/12/2012

   La Fédération des Industries du Cinéma, de l’Audiovisuel et du Multimédia se félicite de l’adoption ce matin     à l’Assemblée Nationale des mesures tant attendues par sa filière et des milliers d’intermittents en faveur d’une relocalisation de la Production nationale.

Répondant au constat d’une délocalisation galopante en voie d’atteindre 40% de notre production, les Amendements présentés par Messieurs BLOCHE, MUET et BACHELAY avec le soutien déterminant de Madame Aurélie FILIPPETTI, Ministre de la Culture, portent désormais à 4 M€ le plafond accessible aux films français et à 10 M€ celui des Productions étrangères tournant en France.

Complétées de certains aménagements qui optimiseront les dépenses de production sur le territoire, et malgré certaines restrictions demandées par la Commission des Finances de l’Assemblée, ces mesures rapprochent enfin l’attractivité française de celles de ses voisins européens. Ainsi, 1€ de crédit d’impôts produira 7€ dans l’économie française.

Près de 70% des films de plus de 10 M€ (et 40% de l’ensemble de la production annuelle) s’étant délocalisés en 2012, la FICAM considère que ce premier pas, s’il est aussi franchi par le Sénat, permettra de reconstituer dès 2013 les milliers d’emplois perdus ces dernières années.

Enfin, la FICAM salue l’initiative du Ministre du Redressement productif, Monsieur Arnaud MONTEBOURG et l’ensemble du Gouvernement qui, en inscrivant ces mesures au cœur du Pacte de Compétitivité, soulignent le rôle de l’Industrie cinématographique et Audiovisuelle dans la relance économique, notamment par l’investissement qui permet aux Industries techniques d’offrir une excellence technologique au service de la Création.

La Fédération des Industries du Cinéma, de l’Audiovisuel et du Multimédia se félicite de l’adoption ce matin à l’Assemblée Nationale des mesures tant attendues par sa filière et des milliers d’intermittents en faveur d’une relocalisation de la Production nationale.

Répondant au constat d’une délocalisation galopante en voie d’atteindre 40% de notre production, les Amendements présentés par Messieurs BLOCHE, MUET et BACHELAY avec le soutien déterminant de Madame Aurélie FILIPPETTI, Ministre de la Culture, portent désormais à 4 M€ le plafond accessible aux films français et à 10 M€ celui des Productions étrangères tournant en France.

Complétées de certains aménagements qui optimiseront les dépenses de production sur le territoire, et malgré certaines restrictions demandées par la Commission des Finances de l’Assemblée, ces mesures rapprochent enfin l’attractivité française de celles de ses voisins européens. Ainsi, 1€ de crédit d’impôts produira 7€ dans l’économie française.

Près de 70% des films de plus de 10 M€ (et 40% de l’ensemble de la production annuelle) s’étant délocalisés en 2012, la FICAM considère que ce premier pas, s’il est aussi franchi par le Sénat, permettra de reconstituer dès 2013 les milliers d’emplois perdus ces dernières années.

Enfin, la FICAM salue l’initiative du Ministre du Redressement productif, Monsieur Arnaud MONTEBOURG et l’ensemble du Gouvernement qui, en inscrivant ces mesures au cœur du Pacte de Compétitivité, soulignent le rôle de l’Industrie cinématographique et Audiovisuelle dans la relance économique, notamment par l’investissement qui permet aux Industries techniques d’offrir une excellence technologique au service de la Création.

La Fédération des Industries du Cinéma, de l’Audiovisuel et du Multimédia se félicite de l’adoption ce matin à l’Assemblée Nationale des mesures tant attendues par sa filière et des milliers d’intermittents en faveur d’une relocalisation de la Production nationale.

Répondant au constat d’une délocalisation galopante en voie d’atteindre 40% de notre production, les Amendements présentés par Messieurs BLOCHE, MUET et BACHELAY avec le soutien déterminant de Madame Aurélie FILIPPETTI, Ministre de la Culture, portent désormais à 4 M€ le plafond accessible aux films français et à 10 M€ celui des Productions étrangères tournant en France.

Complétées de certains aménagements qui optimiseront les dépenses de production sur le territoire, et malgré certaines restrictions demandées par la Commission des Finances de l’Assemblée, ces mesures rapprochent enfin l’attractivité française de celles de ses voisins européens. Ainsi, 1€ de crédit d’impôts produira 7€ dans l’économie française.

Près de 70% des films de plus de 10 M€ (et 40% de l’ensemble de la production annuelle) s’étant délocalisés en 2012, la FICAM considère que ce premier pas, s’il est aussi franchi par le Sénat, permettra de reconstituer dès 2013 les milliers d’emplois perdus ces dernières années.

Enfin, la FICAM salue l’initiative du Ministre du Redressement productif, Monsieur Arnaud MONTEBOURG et l’ensemble du Gouvernement qui, en inscrivant ces mesures au cœur du Pacte de Compétitivité, soulignent le rôle de l’Industrie cinématographique et Audiovisuelle dans la relance économique, notamment par l’investissement qui permet aux Industries techniques d’offrir une excellence technologique au service de la Création.




Contre toute attente, le gouvernement rejette la TVA à 5% pour le cinéma !

5122012

Contre toute attente, le gouvernement rejette la TVA à 5% pour le cinéma ! dans à lire le-film-francais-revele-les-coulisses-de-disparitions-juillet-2008-300x75Actualités professionnelles | 04/12/2012

Suite à une réunion interministérielle cet après-midi, le gouvernement a décidé de ne pas présenter d’amendement en faveur d’une TVA à taux réduit de 5% pour la billetterie cinéma. Le cinéma unanime (Blic, bloc, Arp, Upf, SACD) réagit très vivement.

Malgré le soutien du président François Hollande et du ministère de la culture, la décision est tombée il y a quelques minutes : le gouvernement ne va pas présenter de texte en faveur d’un taux de TVA à 5% pour la billetterie cinéma applicable à partir de 2014, comme le spectacle vivant et le livre, lors des débats en loi de finances rectificative 2012.

Le 7e Art peut encore présenter un texte via un sous-amendement parlementaire mais les chances de le faire adopter seront très faibles.

Dans un communiqué commun adressé quelques minutes après l’annonce de cette décision, le cinéma français – BLIC BLOC ARP UPF SACD – s’interroge si « Le cinéma est-il toujours une pratique culturelle pour le Gouvernement français ? »

Ils rappellent que « La sortie au cinéma est aujourd’hui la pratique culturelle la plus populaire, plébiscitée par tous nos concitoyens, y compris les plus modestes d’entre eux ».

« Pour autant, le Gouvernement propose aujourd’hui à la représentation nationale de voter une hausse de 3 points de TVA sur les billets achetés par les spectateurs et sur les droits d’auteur, ce qui reviendrait à quasiment doubler en deux ans la TVA sur le prix payé pour entrer en salles.

Le Gouvernement acte ainsi la sortie du cinéma, activité culturelle la plus accessible dans tous les sens du terme, du taux réduit (5%) qui reste pourtant applicable aux autres spectacles : théâtre, ballets, opéra, etc., ainsi qu’au secteur de l’édition littéraire.

En excluant le cinéma du champ culturel, le Gouvernement rompt avec la politique qui, à quelques rares exceptions, a prévalu en France depuis près d’un demi-siècle et qui a permis que la culture, sous toutes ses formes reste à la portée de tous, grâce notamment à une TVA réduite.

En surtaxant la création et le billet de cinéma, le Gouvernement lui confisque son statut culturel et ignore son rôle déterminant en matière d’animation et de lien social dans nos territoires.

En outre, en vidant l’exception culturelle d’une partie de sa substance en France tout en tentant, à raison d’ailleurs, de faire reconnaitre cette exception à Bruxelles, les initiatives du Gouvernement ne manqueront pas d’interroger les partenaires européens sur le sens de nos combats.

Cette initiative viendrait par ailleurs contredire directement les promesses claires sur lesquelles François Hollande, alors candidat à l’élection présidentielle, s’était engagé au cours de nombreux débats, interviews et émissions télévisées.

Aujourd’hui, les professionnels, des créateurs jusqu’aux salles petites et grandes qui maillent l’ensemble de notre territoire, appellent donc le Gouvernement et la représentation nationale à revenir sur cette décision, à réaffirmer le caractère culturel du cinéma et de la création, à préserver l’exemplarité française en la matière et à reconnaitre le rôle social du cinéma dans notre pays. »

Sarah DROUHAUD pour le film français







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