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Les acteurs français sont trop payés!

29122012

LE MONDE | 28.12.2012 à 15h45 • Mis à jour le 28.12.2012 à 20h37

Par Vincent Maraval, distributeur et producteur, fondateur de la société de distribution de films Wild Bunch

Les acteurs français sont trop payés! 1808050_3_c2bb_gerard-depardieu-le-1er-octobre-2012-a-berlin_ad6f34bcb4c66efe062809766bd2b31a-300x150

 

L’année du cinéma français est un désastre. Pendant que Gérard Depardieu fait l’actualité et que les ministres rivalisent d’esprit pour en faire le scandale du moment et dénoncer son exil fiscal à 2 kilomètres de la frontière d’un pays dont il ne se sent  »plus faire partie », personne ne parle du cinéma français. Or tous les films français de 2012 dits importants se sont « plantés », perdant des millions d’euros : Les Seigneurs, Astérix, Pamela Rose, Le Marsupilami, Stars 80, Bowling, Populaire, La vérité si je mens 3, etc.

Pas un film, sauf peut-être Le Prénom, pour gommer ce que toute la profession sait pertinemment, mais tente de garder secret : le cinéma français repose sur une économie de plus en plus subventionnée. Même ses plus gros succès commerciaux perdent de l’argent.

EXCEPTION CULTURELLE

Constat unanime : les films sont trop chers. Après les films des studios américains, la France détient le record du monde du coût moyen de production : 5,4 millions d’euros, alors que le coût moyen d’un film indépendant américain tourne autour de 3 millions d’euros. Ce coût moyen ne baisse jamais, alors qu’il y a toujours plus de films produits, que le marché de la salle stagne, que la vidéo s’écroule et que les audiences du cinéma à la télévision sont en perpétuel déclin face à la télé-réalité et aux séries.

Mais alors, pourquoi s’émouvoir ainsi sur le cas Depardieu ? Pourquoi ce déchaînement médiatique et politique ? Sans doute parce qu’il y a là un vrai scandale d’ordre plus général. On le sait, l’époque aime les cas particuliers. Mais le scandale qui nous intéresse les dépasse largement. Il est d’ordre systémique. On peut s’étonner de voir nos ministres s’en laver les mains.

Pourquoi si peu de voix s’en saisissent-elles dans le milieu du cinéma ? Parce qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil ? Que Delon, Hallyday et autres agissent de même depuis longtemps ? Dany Boon, par exemple, ce chantre de la France profonde qui vit à Los Angeles, obtient des sommes qui laissent un Gérard Depardieu sur le carreau, ratatiné. 3, 5 millions d’euros pour Le Plan parfait, dont les entrées ne seront pas suffisantes pour payer son salaire ! Un million pour quelques minutes dans Astérix, film qui fait exploser le ratio entrées/cachet/minute à l’écran…

MIRACLE DU SYSTÈME DE FINANCEMENT

Malgré ses récents échecs, grâce au miracle du système de financement du cinéma français, Dany Boon s’apprête aujourd’hui à attaquer son nouveau film,Hypercondriaque, pour lequel on parle d’une somme proche de 10 millions d’euros. Ce texte ne se transformera pas en lettre de dénonciation, je ne nommerai que ceux qui ont fait leur coming out fiscal. Mais ils sont nombreux, qui se disent à gauche, dénoncent les injustices, mais au fond n’en voient qu’une seule : leur niveau d’imposition.

Mais pourquoi, au fond, les acteurs seraient-ils pires que les sportifs ? Parce que leur carrière est potentiellement plus longue ? Non, le seul scandale, le voilà : les acteurs français sont riches de l’argent public et du système qui protège l’exception culturelle. A part une vingtaine d’acteurs aux Etats-Unis et un ou deux en Chine, le salaire de nos stars, et encore plus le salaire de nos moins stars, constitue la vraie exception culturelle aujourd’hui.

Pourquoi est-ce qu’un acteur français de renom, qu’il se nomme Vincent Cassel,Jean RenoMarion CotillardGad Elmaleh, Guillaume Canet, Audrey Tautou, Léa Seydoux, touche pour un film français – au marché limité à nos frontières – des cachets allant de 500 000 à 2 millions d’euros, alors que, dès qu’il tourne dans un film américain, dont le marché est mondial, il se contente de 50 000 à 200 000 euros ? Pourquoi, par exemple, Vincent Cassel tourne-t-il dans Black Swan (226 millions d’euros de recettes monde) pour 226 000 euros et dans Mesrine (22,6 millions d’euros de recettes monde) pour 1,5 million d’euros ? Dix fois moins de recettes, cinq fois plus de salaire, telle est l’économie du cinéma français.

Savez-vous que Benicio Del Toro, pour le Che, a touché moins que François-Xavier Demaison dans n’importe lequel des films dans lesquels il a joué ? Que Marilou Berry, dans Croisière, touche trois fois plus que Joaquin Phoenixdans le prochain James Gray ? Que Philippe Lioret touche deux fois plus queSteven Soderbergh et sept fois plus que James Gray ou Darren Aronofsky ? Pourquoi s’en priveraient-ils ?

Et pourquoi Depardieu est-il le salaud ? Lui qui fait Mammuth gratuitement pourpermettre au film d’exister et propose de faire la même chose pour DSK de Ferrara. Pourquoi Vincent Cassel, qui met son argent et son énergie au service de jeunes talents comme Kim Chapiron ou Romain Gavras, serait-il plus coupable que le système ?

DES ÉCHECS ÉCONOMIQUES

L’explication, jamais le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) ni la ministre ne l’ont fournie : la subvention directe dont jouit le cinéma français (chaînes publiques, avances sur recettes, aides régionales), mais surtout la subvention indirecte (l’obligation d’investissement des chaînes privées). Voilà pourquoi tous les échecs de 2012 mentionnés ci-dessus n’ont guère ému la profession, et que ceux-ci n’ont pas suscité d’articles de fond. Et pourtant, rendez-vous compte ! Sur le top 10 des films d’une économie qui en concerne 220, un seul est rentable !

Il est vrai, les scores de ces films ne sont pas honteux : 6 millions d’entrées pour le Marsupilami, 4 millions pour Astérix ou La Vérité si je mens, 3 millions pour Les Seigneurs, 2 millions pour Stars 80, 1 million pour Populaire… Ils sont même bons dans l’absolu, et il est probable que le niveau d’entrées 2012 ne va guère baisserpar rapport à 2011, la fameuse année d’Intouchables. Mais ce sont tous des échecs économiques parce qu’ils coûtent beaucoup trop cher.

Astérix, à 60 millions d’euros, a le même budget qu’un film de Tim Burton. Voilà qui laisse rêveur… Stars 80 plus cher que The Hangover ou Ted. Ça laisse pantois… Et tout autant Populaire, plus cher que Black Swan ou Le Discours d’un roi ! La responsabilité de cette situation n’est pas à chercher, hélas ! dans une supposée incompétence de nos producteurs, mais dans ce que les Américains appellent le« above the line «  (« la surévaluation »), les cachets qui font de nos talents, inconnus au-delà de nos frontières, les mieux payés du monde.

Mais à quoi servent de tels cachets si les résultats ne se matérialisent pas en recettes économiques ? En réalité, ils permettent d’obtenir le financement des télévisions. Black Swan se finance sur le marché. Il n’y a dans son financement aucune obligation, aucune subvention, l’acteur est donc payé pour ce qu’il vaut, 226 000 euros. Mesrine, en revanche, a besoin de ce financement pour exister, ce qui explique que l’acteur se retrouve avec un pouvoir de vie ou de mort sur le projet, et ce en fonction de sa valeur télé. Il réclame donc sa part du gâteau. Lui sera payé entre 1 et 1,5 million d’euros. Qui peut l’en blâmer ? Cela devrait vouloirdire qu’il touche là le fruit de sa notoriété sur le marché télévisuel. Sauf que le cinéma enregistre des contre-performances à la télévision. Sans les obligations légales issues de notre système public de financement, il y a bien longtemps que « Les Experts » et la « Star Ac » auraient réduit à néant les cases « Cinéma » des chaînes de télévision.

JETÉ À LA VINDICTE PUBLIQUE

Est-ce à l’individu qu’il revient de « réguler » le système sous peine d’être jeté à la vindicte publique comme Gérard Depardieu ou est-ce au CNC et à son ministère de tutelle de le faire ? A l’heure où François Hollande veut que les patrons des grandes entreprises publiques limitent leurs salaires, laissera-t-on les « hauts salaires » du cinéma gagner plus qu’ils ne valent, et ce grâce à de l’argent public, à un système unique, exceptionnel de financement ? Est-il normal qu’un Daniel Auteuil, dont les quatre derniers films représentent des échecs financiers de taille, continue à toucher des cachets de 1,5 million d’euros sur des films coproduits par France Télévisions ?

Le fameux système d’aide du cinéma français ne profite qu’à une minorité de parvenus. Mais jamais cela ne provoquera un scandale aussi retentissant que l’exil fiscal de Gérard Depardieu. Les miettes que laisse ce système réduisent en effet au silence ceux dont le rôle serait de pousser l’analyse.

Une idée simple : limitons à 400 000 euros par acteur – et peut-être un peu plus pour un réalisateur -, assorti d’un intéressement obligatoire sur le succès du film, le montant des cachets qui qualifient un film dans les obligations légales d’investissement des chaînes de télévision. Qu’on laisse à Dany Boon un cachet de 10 millions d’euros, si telle est véritablement sa valeur marchande. Mais alors que ce soit en dehors de ces obligations. Et redonnons ainsi à notre système unique et envié sa vertu en éliminant ses vices.

Vincent Maraval, distributeur et producteur, fondateur de la société de distribution de films Wild Bunch

 




Ken Loach inquiet pour l’avenir du cinéma français

29102012

23 / 10 / 2012

Ken Loach inquiet pour l’avenir du cinéma français dans à lire ken-loach_399-300x251    Décoré du prix Lumière dimanche 21 octobre à Lyon, le cinéaste britannique s’est inquiété pour l’avenir du financement du 7e art français, à propos du dossier sur les taxes du CNC bloqué à Bruxelles, appelant la profession à « résister ».

Ken Loach, Palme d’or à Cannes en 2006 pour Le vent se lève, de nouveau récompensé cette année du prix du jury sur La Croisette pour La part des anges, était à Lyon samedi 20 et dimanche 21 pour y recevoir le prix Lumière 2012, récompensant l’ensemble de son œuvre. Éric Cantona, son interprète et sujet d’inspiration pour Looking for Eric, le lui a remis.

Faisant part de son inquiétude quant à l’avenir du cinéma hexagonal, lors d’une conférence de presse, le cinéaste a fustigé « ceux qui, à Bruxelles, veulent en finir avec le système » permettant au 7e art français, grâce à une fiscalité originale, d’être florissant.

« On m’a demandé de signer plusieurs lettres pour défendre » un système qui, « s’il devait s’arrêter, mènerait à la destruction » du cinéma français. « Ce serait un désastre, une pure folie ! ». Selon lui, « il faut s’organiser de toutes les manières possibles, avec les syndicats du cinéma, les partis politiques, les organisations communautaires » pour « résister ».

« Pour nous, en Angleterre, le système français de subvention du cinéma est très important. Mais pour les politiciens en Europe, en tout cas pour certains, c’est une façon d’interférer dans le marché. Et bien sûr, ils détestent cela. »

Interrogée par l’AFP sur ce sujet, Isabelle Huppert, présente à Lyon pour accompagner Les portes du paradis de Michael Cimino en clôture, a également fait part d’une certaine inquiétude : « On redoute tous les coupes budgétaires, l’amenuisement des subventions. » Toutefois, « j’ai le sentiment que le cinéma français ne s’en sort pas si mal que ça. Ken Loach est quelqu’un qui est souvent contre et c’est bien d’avoir des gens qui sont contre, c’est essentiel. Je ne suis pas toujours d’accord avec ce qu’il dit, mais c’est quelqu’un qui affirme ses opinions. »

Ken Loach et Isabelle Huppert en vidéo via l’AFP sur YouTube :

http://www.youtube.com/watch?v=6quccHegNt4&feature=player_embedded

 




Que le fait le CNC de tout son argent ?

29102012

06 / 10 / 2012

 Que le fait le CNC de tout son argent ? dans à lire images  Un article paru dans BFM BUSINESS :

Dans un rapport paru mercredi, la Cour des comptes déplore la distribution de subvention à des films et des fictions TV vus par très peu de spectateurs

Mais que fait le Centre national du cinéma (CNC) de tout son argent ? Pendant des mois, les limiers de la Cour des comptes ont cherché la réponse. Leurs conclusions, assez critiques, ont été publiées mercredi 3 octobre.

Comme toujours dans les rapports de la Cour, on trouve quelques perles. Ainsi, on apprend que l’établissement public dépense 618 000 euros l’an en frais de réception, dont près de 100 000 pour sa cérémonie des voeux qui réunit le gratin du secteur… On constate aussi que l’effectif est stable, mais que les salaires augmentent beaucoup, ce qui a fait bondir la masse salariale de 35% depuis 2001, « une croissance deux fois plus rapide que celle des aides distribuées ». On relève en outre que 77 millions d’euros d’aides sont distribués chaque année à divers festivals ou associations (cf ci-contre).

Surtout, le CNC a dépensé 120 millions d’euros pour subventionner l’achat de projecteurs numériques pour les plus petites salles, notamment à la campagne. Le rapport note que le nombre d’écrans à subventionner a récemment été revu à la hausse, passant de 1000 à 1800. surtout, il s’interroge sur la « justification économique » de ces aides : « Certaines salles auraient vraisemblablement été en mesure de financer seules cette mutation. Cet investissement apparaît comme un exemple symptomatique de l’absence d’arbitrage budgétaire en amont ».

Mais l’essentiel de l’activité du CNC consiste à distribuer des subventions à des films et des oeuvres télévisés. Depuis 2007, chacune de ces aides a augmenté plus ou moins fortement, le total croissant de 23% (cf. ci-contre).

Une partie de cet argent est allé dans des nouvelles subventions : huit ont été créées depuis 2007, sans pour autant supprimer les anciennes. « La logique économique qui préside à la création de nouvelles aides n’apparaît pas clairement », euphémise le rapport. Résultat, « les dispositifs s’empilent et se multiplient » : on dénombre aujourd’hui pas moins de 66 subventions différentes distribuées par le centre… Des oeuvres peu vues

Côté films, le rapport pointe la politique « productiviste » du CNC. Le nombre de films produits en France est ainsi passé de 204 à 272 en dix ans, ce qui fait de l’Hexagone le leader européen. Certes, selon le CNC, cela permet au cinéma français de conserver une forte part de marché. Mais, selon le rapport, cette part de marché est due à quelques gros succès. Car la plupart des films français font des bides, et même de plus en plus : 60% des films produits en 2010 ont réalisé moins de 50 000 entrées, contre 51% dix ans plus tôt. Explication : ces films sont à l’affiche à peine « quelques semaines » dans très peu de salles (la moitié des films français sortent avec moins de 50 copies). Au final, « la multiplication du nombre de films produits et exposés en salles (595 en 2011) ne peut, dans ces conditions, qu’entraîner un taux d’échec structurellement important ».

Pour la Cour, il est temps de tirer la sonette d’alarme : « soutenir la production cinématographique sur des fonds publics n’a de sens que si le film produit a des chances d’être convenablement exposé ». Le rapport « s’interroge » donc sur ce soutien à « des films qui ne pourront rencontrer, pour des raisons tenant aux limites matérielles du réseau de salles, qu’un public restreint, voire marginal ».

Côté fiction télévisée, la situation est encore pire. Les aides distribuées sont « uniques en Europe dans leur principe et leur volume ». Mais l’audience de la fiction française dans son pays d’origine est « parmi la plus faible du continent ». De plus, « les programmes audiovisuels français s’exportent de moins en moins bien ».

Conclusion : « la politique menée a des résultats mitigés, et la justification de cette augmentation continue des aides reste à établir…  » Conflits d’intérêts

Une partie des aides distribuées par le CNC sont des aides sur dossier, attribuées par des commissions (46 au total), composées de professionnels de la profession (656 au total), tous choisis par le CNC.

Dans son rapport, la Cour dénonce un conflit d’intérêt lorsqu’une commission examine un projet présenté par un professionnel appartenant à une commission. Rien d’anormal, selon le CNC, qui explique rechercher pour ses commissions « les compétences de professionnels actifs ». Dès lors, il n’est « pas surprenant qu’il arrive que leurs projets soient eux-mêmes soutenus… » Selon la Cour, lorsqu’il y a une relation, même indirecte, entre un candidat à une aide et un membre de commission, alors ce dernier devrait se faire remplacer de manière « systématique »… ce qui sous-entend que ce n’est pas le cas jusqu’à présent.

Par ailleurs, la Cour déplore aussi le renouvellement « limité » des membres de certaines commissions, qui enchaînent plusieurs mandats à la suite. Le CNC répond que cette « relative pérennité est importante pour permettre aux membres de trouver pleinement leur place et leur autorité dans la commission »… Quand le riche CNC emprunte à la banque…

Par ailleurs, il peut s’écouler jusqu’à 10 ans entre le jour où une aide est attribuée, et le jour où l’aide est décaissée. Le CNC a donc décidé de mettre de côté toutes les subventions qu’il devra distribuer à l’avenir, constituant ainsi une gigantesque réserve (374 millions d’euros à fin 2011). La Cour, qui avait elle même recommandé de passer de telles provisions, n’en conteste pas le principe. Mais le CNC provisionne 100% des futures aides, alors que certaines ne seront jamais demandées, par exemple en cas d’abandon du projet ou de faillite. « Le CNC n’a aucun modèle pour l’écoulement à venir des provisions. Un assureur qui suivrait la même stratégie ferait assez vite faillite… », pointe la Cour, qui demande à ce que les comptes soit désormais audités par des commissaires aux comptes.

Last but not least, la Cour des comptes étrille la stratégie immobilière du CNC. Aujourd’hui confortablement installé dans le 16ème arrondissement de Paris, il doit déménager, mais refuse de s’installer hors de Paris, et s’est opposé sur ce point à France Domaine qui voulait chercher un site dans la Petite Couronne. Il a notamment refusé de s’installer à la Cité du cinéma de Saint Denis (comme lui proposait France Domaine), ou dans l’ancien musée des arts et des traditions populaires dans le bois de Boulogne (comme suggéré par le ministère de la culture). Récemment, le CNC a envisagé d’acquérir un immeuble quai de Grennelle, mais « France Domaine n’a pas donné son accord », indique le centre.

Plus ubuesque encore, le CNC a acheté en 2010 un immeuble dans le 16ème arrondissement de Paris pour 22 millions d’euros… en empruntant la somme, alors qu’il disposait d’une « trésorerie abondante ». Résultat : cela va donc lui coûter près de 9 millions d’euros supplémentaires en intérêts. « Un montage financier discutable et peu judicieux », selon la Cour…




Le court-métrage coincé entre perfusion du CNC et système D

12022011

Par Hélène_David | Rue89 | 10/02/2011

Jusqu’au 12 février se tient à Clermont-Ferrand le Festival international du court-métrage. Cette année, 80 films ont été sélectionnés en compétition internationale, 63 en compétition nationale, et 40 en compétition labo, la scène dédiée aux « œuvres détonantes, littéralement hors du ton ».

Le court-métrage, c’est une industrie à deux vitesses : parmi les films projetés à Clermont, on trouve des films financés de manière classique et encadrée, et d’autres qui restent largement sous-financés et bénéficient de l’aide d’associations ou simplement de la bonne volonté d’une bande d’amis.

La sélection nationale de Clermont-Ferrand a puisé parmi 1 400 candidatures de films faits en France. Officiellement pourtant, seulement 675 courts-métrages existent aux yeux du Centre national du cinéma (CNC) : c’est le nombre de films courts qui ont obtenu un visa du CNC en 2010.

10,8 millions d’euros du CNC en 2010

En 2010, le CNC a aidé le secteur du court-métrage à hauteur de 10,8 millions d’euros, soit 55,2% de l’ensemble des aides du secteur.

Le CNC estime que le budget moyen d’un court-métrage (pour les films qu’il soutient) est de 140 000 euros pour 26 minutes.

Evidement, les producteurs ne se contentent pas des aides du CNC. Ils essaient de compléter leur budget en le vendant à une chaîne de télévision ou en obtenant le soutien d’une région de France.

Les contributions des régions et des chaînes de télévision s’élèvent au total en 2010 à 8,7 millions d’euros.

► Baya Kasmi : « Des tonnes de paperasse »

Baya Kasmi est la scénariste du « Nom des Gens », un film nommé à quatre reprises aux Césars, notamment pour le prix du meilleur scénario original. Elle est aussi la réalisatrice d’un court-métrage, son premier, sélectionné au Festival de Clermont-Ferrand, « J’aurais pu être une pute ».

De l’écriture à la production de ce court-métrage, il s’est passé quatre ans.

« J’ai mis beaucoup de temps à trouver le moyen de financer ce film. J’ai d’abord fait une tentative avec une boîte de production. J’ai écrit des dizaines de lettres de motivation pour obtenir l’aide des régions. J’ai fait des tonnes de paperasse. Ça n’a pas marché.

Alors, j’ai envisagé de produire mon film moi-même, avec mes économies et puis finalement Karé Productions a accepté de le produire, et tout a été beaucoup plus simple. »

Payer très peu des gens qui ont beaucoup d’expérience

Aidé par le CNC à hauteur de 70 000 euros – via l’aide sélective avant réalisation, cf. encadré –, le film a également été acheté par France 3. Au total, le budget approche les 100 000 euros. « Une fourchette haute », estime son producteur Antoine Gandaubert.

Sur ce film, ce dernier estime que les salaires ont représenté 60% du budget total. Le reste a été en grande partie consacré à la location du matériel. Le producteur précise :

« Même avec un budget de près de 100 000 euros, c’est pas toujours évident, on est contraints de payer très peu des gens qui ont beaucoup d’expérience. »

► Jacky Goldberg : « Avec 17 000 euros, tu paies personne »

jackygoldbergralisateurdefarfrommanhattanhlnedavid.jpg Comme de nombreux jeunes réalisateurs français, Jacky Goldberg s’est passé de subventions publiques.

Pensant que son film – un huis-clos dans un appartement new-yorkais – était « trop expérimental » pour avoir ses chances, il n’est pas allé chercher l’argent devant la commission du CNC mais s’est adressé au Grec, le Groupe de

recherches et d’essais cinématographiques. « Il y a un certain prestige à passer par cette association », estime-t-il par ailleurs.

En 1980, c’est par exemple grâce au Grec que Pascale Ferran (« Lady Chatterley ») a réalisé « Anvers », son premier court-métrage, co-réalisé avec Didier Marty.

Depuis 1969, l’association a pour mission de découvrir des talents et soutenir le court-métrage expérimental. Les subsides du Grec proviennent eux-mêmes à 75% du CNC. L’association fait office d’intermédiaire.

En février 2009, Jacky Goldberg a donc soumis le scénario de son film « Far from Manhattan ». Succès : il a obtenu une enveloppe de 17 000 euros. Ce budget a couvert le tournage, en octobre 2009, puis la post-production.

Travailler sur un court, même gratis, c’est une carte de visite

La quasi intégralité de cette somme a été consacrée à la location de matériel, aux décors et lieux de tournage. Sur la quinzaine de personnes qui ont participé au tournage de ce film (acteurs, techniciens, régisseurs, assistant réalisateur, directeur de production, etc.), seules cinq ont été payées, ou plutôt vaguement « défrayées » concède Jacky Goldberg qui parle de « sommes symboliques » accordées aux deux ingénieurs son, aux étalonneurs et au monteur.

capturedefarfrommanhattan.jpg « Avec 17 000 euros, tu paies personne, tu peux pas », explique-t-il. Le jeune réalisateur s’est donc entouré de connaissances et amis ayant un pied dans le monde du cinéma. Pour des futurs professionnels, travailler sur un court-métrage, même gratuitement, peut constituer une carte de visite.

Réalisé grâce à une association et de la bonne volonté, « Far from Manhattan » a été sélectionné au Festival de Clermont-Ferrand, ainsi qu’aux éditions 2010 du Festival de Locarno et du Festival de Pantin.

► Julien Cunillera : des prix a posteriori pour se financer

juliencunillerahlnedavid.jpg Julien Cunillera a réalisé neuf films entre 1992 et 2002 ; il a lui aussi le souvenir d’avoir rusé pour réaliser ses films à moindre frais :

« A l’époque, l’intermittence finançait en grande partie les courts-métrages. Les techniciens acceptaient d’intervenir sur un film entre deux gros projets.

Sinon, j’ai déjà pu emprunter le matériel d’une grosse production pendant le week-end, alors que les techniciens étaient en relâche. Parfois, ils venaient même donner un coup de main sur le film. »

« Les courts-métrages qui prennent le moins de risques marchent mieux »

capturedemesutetsesfrresprixqualitducnc1997.jpg Pour autant, le réalisateur estime avoir pu « à peu près vivre » de ses films pendant dix ans, notamment grâce au « prix de qualité » du CNC (cf. encadré) dont il a bénéficié à plusieurs reprises. 

« Je ne suis pas très bon pour le scénario, donc je n’obtenais pas l’aide du CNC avant réalisation, mais plutôt le “prix de qualité” une fois que le film était tourné.

J’ai notamment eu le “prix de qualité” pour un court-métrage qui m’avait coûté trois francs six sous, avec ça j’ai pu financer le court-métrage suivant ».

Aujourd’hui, Julien Cunillera est passé au tournage de documentaires. « Ce sont quand même les courts-métrages qui prennent le moins de risques et font consensus qui marchent le mieux », regrette-t-il.

« On a tous fait des films avec des bouts de ficelle »

Le CNC exige que l’ensemble des personnes qui interviennent sur un court-métrage soient payées en conformité avec le droit du travail. Il y a quelques années encore, ce n’était pas toujours le cas, même sur des films soutenus par le CNC.

Pour Ludovic Henry, producteur et président du collège du court-métrage du Syndicat des producteurs indépendants (SPI), « il y a eu une vraie prise de conscience sur le sous-financement du secteur ces dernières années ». Aujourd’hui, en tant que producteur, il estime qu’« on ne peut pas produire un film au détriment des règles élémentaires du droit du travail ».

Pourtant, le producteur concède que les films faits sur le mode du système D contribuent eux aussi au rayonnement du court-métrage :

« En tant que producteur, je ne peux pas défendre le non-emploi. Mais on a tous fait des films avec des bouts de ficelle. Et il faut que ça continue, que les jeunes fassent des films avec l’argent de leur grands-parents et leurs amis. Cela peut leur permettre d’être repérés par des boîtes de production.

Il ne s’agit pas de dire il y a les bons, ceux qui paient, et les mauvais, qui ne paient pas. Ces films-là font aussi la richesse du court-métrage. Pour moi, c’est le secteur Recherche et développement de l’industrie de l’audiovisuel. »

Illustrations et photos : capture de « La Jetée » (Chris Marker, 1962) ; Jacky Goldberg (Hélène David) ; capture de « Far from Manhattan » ; Julien Cunillera (Hélène David) ; capture de »Mesut et ses frères ».

 

Les aides du CNC en 2010

 

 L’aide avant réalisation : 45 courts aidés, 72 500 euros en moyenne. La sélection s’effectue sur scénario par un comité de lecture.

 L’aide sélective avant réalisation dite « programme d’entreprise de production de films de court-métrage » : 41 courts aidés, 72 500 euros en moyenne. Ce sont les producteurs de courts-métrages qui sont soutenus pour « leur permettre de s’engager sur des projets ambitieux ».

 L’aide après réalisationou « prix de qualité » : 26 courts aidés, 14 600 euros en moyenne. Destinée à « récompenser a posteriori la qualité artistique et technique de films de court métrage qui n’ont pas bénéficié d’une contribution financière du CNC à l’état de projet ».

► Le rapport complet du CNC sur les aides aux courts-métrages en 2010.

 

 




La production de films en France bat un nouveau record???

21012011

Oui,

mais dans quelles conditions sont souvent fabriquées ces productions?

Voir l’exemple qui suit ce communiqué si optimiste du CNC.

bellefaye.jpg 261 films ont été agréés par le Centre national du cinéma en 2010. Parmi eux, 208 films d’initiative française, un chiffre jamais atteint depuis 1981 ! Selon les premiers éléments statistiques révélés aujourd’hui, le montant de l’argent injecté repart à la hausse, proche du niveau historique de 2008. Cette croissance s’explique notamment par une reprise des coproductions internationales…Le nombre de films agréés progresse donc de 13,5% pour atteindre 261 films, soit 31 films de plus qu’en 2009 (230). Ce record s’explique notamment par une poussée des coproductions internationales – 118 en 2010 contre 93 en 2009 (+28%). Ainsi 60 films majoritaires français ont été coproduits contre 45 en 2009, et 58 films européens (minoritaires français) contre 48 en 2009. Le nombre de productions 100% françaises atteint 143 films, soit quasiment le niveau historique de 2008. L’ensemble de la production de films d’initiative française progresse de 11,5% passant de 196 à 203 films en 2010.

Les investissements affichent eux aussi une hausse, après un repli constaté en 2009. Ainsi 1,439 Md€ ont été injectés dans l’ensemble de la production agréée, un niveau presque aussi élevé que le record de 2008 à 1,490 Md€. Le total de l’argent capté par les films d’initiative française repasse la barre du milliard d’euros (1,112, soit le 2e niveau le plus élevé après 2008).

Avec des financements qui augmentent encore plus que le nombre de films, le devis moyen des films d’initiative française croît à 5,48 M€ contre 5,10 en 2009.

Si le CNC ne devrait fournir qu’en mars des statistiques détaillées sur les devis des films, il avance déjà que « l’accroissement des investissements dans les films d’initiative française tient principalement à la croissance du nombre de films au devis entre 4 et 7 M€ ». 46 ont été agréés en 2010 contre 27 en 2009. 

source: La lettre du Bellefaye 13/01/2011

 

Cette annonce optimiste cache des réalités moins euphorisantes:

 

Un exemple: un film va se tourner à Marseille pendant 4 semaines à partir de la mi- février, sujet se tournant dans des quartiers sensibles de Marseille. Tous les techniciens sont payés au Smic et une forme de participation bidon aux bénéfices. Par ailleurs une directrice de production vient de se faire virer d’un projet à la suite d’un devis dans lequel elle avait réussi à donner des salaires corrects aux techniciens.  La production tenait absolument à ce que les salaires soient diminués et comme elle refusait d’obtempérer puisque son devis tenait dans le budget initial, elle a été  remplacée.  

Un nouveau mercantilisme est en train de voir le jour dans l’art.

Le cinéma est devenu une entreprise commerciale qui doit rapporter, peu importe le sujet et l’ambition  qu’on voudrait y mettre. Les producteurs passionnés disparaissent face à des investisseurs et des télévisions âpres aux gains. Le CNC et les subventions de l’état sont  devenus peaux de chagrins. Des subventions régionales se substituent aux aides de l’état en ne s’intéressant qu’aux bénéfices locaux en termes de rayonnement  touristique et d’emplois locaux qui sont souvent des emplois précaires. 

 

 




La majorité des films Français sont déficitaires !

7112008

 

 

Une étude, encore confidentielle, du Centre d’économie industrielle de l’Ecole des mines de Paris fait apparaître que l’immense majorité des films français ne sont pas rentables. Les auteurs ont passé au crible les 162 films français produits en 2005. Ils ont pris en compte leur exploitation pendant deux ans : salles, vidéo, chaînes de télévision cryptées et en clair, ventes à l’étranger. Seuls 15 longs métrages ont recouvré leurs dépenses de production et de distribution. Seuls 12 % des films étudiés sont rentables.

Cette étude, réalisée par Olivier Bomsel et Cécile Chamaret et financée par l’Agence nationale de la recherche, confirme celle de 1996, qui montrait que seuls 15 % des films gagnaient de l’argent. Un constat si navrant que les pouvoirs publics n’avaient plus renouvelé l’exercice.

Les recettes des 162 films de 2005 s’élèvent à 475 millions d’euros pour un investissement de 872 millions. Le déficit d’au moins 36 % des dépenses engagées est financé par les acteurs privés (comme les chaînes de télévision) et par les contribuables (redevance, crédit d’impôt, aides régionales, etc.).

Ces chiffres cachent d’extrêmes disparités : les 15 films bénéficiaires totalisent des recettes comprises entre 167 et 250 millions d’euros pour un investissement de 125 millions d’euros. Les films chers sont ceux qui s’avèrent le plus souvent rentables : 19,3 % des films de plus de 7 millions le sont, 11,6 % pour les films moyens (3-7 millions d’euros de budget), 3,9 % pour les petits (1 à 3 millions d’euros) et aucun pour les moins de 1 million d’euros. Mais certains films chers peuvent aussi provoquer des pertes abyssales.

LE RÔLE DE LA TÉLÉVISION

L’étude pointe où va majoritairement l’argent gagné : « Compte tenu des risques forts de l’industrie et du taux de succès supérieur des films chers, plus la filière est subventionnée (…), plus les bénéfices sont capturés par des acteurs privés échappant aux obligations d’investissement. » Ce sont donc les producteurs intégrés aux réseaux d’exploitation des salles, comme UGC, Pathé, Gaumont, ou MK2 qui profitent le plus des succès et de la mutualisation des pertes.

Le sort des petits films (budget inférieur à 3 millions) est préoccupant : ils ne parviennent presque jamais à couvrir, par les recettes en salles, leur investissement de mise sur le marché. Au point que les auteurs se demandent si ce type de film a encore sa place en salles et s’il ne faudrait pas les réorienter vers la télévision.

Ce sont d’ailleurs les télévisions cryptées comme Canal Plus qui constituent la principale source de revenus des films français (51 %), loin devant les salles (38 %), l’exportation (6 %), les chaînes en clair (3 %) ou les DVD (2 %). Pour les films de moins de 7 millions d’euros, la télévision cryptée représente même 60 % des recettes. Pour les films américains, c’est le contraire : 53 % des revenus viennent de l’exportation, 25 % de la vidéo, 11 % des salles et 10 % des télévisions.

L’étude remet en cause le principe – réglementé – de ce qu’on appelle la chronologie des médias : imposer un délai d’exploitation d’un film dans les différents supports (salle, DVD, télévision, etc.) : « Il n’y a pas de raison pour que des films peu valorisés en salles soient pénalisés par une réglementation qui cible les grands succès. »

A l’arrivée, les chiffres exposés et les mécanismes décryptés expliquent clairement le malaise du cinéma d’auteur en France.

Nicole Vulser

Article paru dans l’édition du 05.10.08.

 







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