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« BLACK THIRST »(Le soif noire) un film de J.J. Annaud

16052011

Une situation particulièrement scandaleuse:

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– La préparation du film s’est faite à partir de Paris, concernant la décoration, les costumes et la production, avec des contrats français, régie par les conventions en vigueur en France, sous la production de QUINTA PRODUCTION, propriété du producteur, Tarak Ben Ammar.

– À l’issue de cette préparation, soit 5 jours avant le tournage, QUINTA PRODUCTION a annoncé à tous les techniciens français (soit une quarantaine de personnes) que la production du tournage (environ 16 semaines) serait prise en charge par une production tunisienne, EMPIRE STUDIO, sous- division de CARTHAGO, elle-même émanation de QUINTA PRODUCTION, et régie par les conventions tunisiennes.

 

Deux contrats ont été proposés à chacun des techniciens :

– un contrat standard tunisien, avec salaire brut au tarif syndical, prélèvements

sociaux (tunisiens) de 9%. sans cotisations retraite, chômage, congés spectacles, etc, pas de couverture sécurité sociale et accidents du travail .Les bulletins de salaires tunisiens étant payés en Euros et virés sur les comptes.

– Soit un contrat d’assistance technique : pas de cotisations, rémunéré comme mercenaire, selon le principe d’accords France/Tunisie concernant « l’exportation d’un savoir-faire ». -La couverture Accident du Travail était en principe prise en charge par une assurance privée.

 

Pris de cours, les techniciens français ont tenté de proposer une alternative plus conforme aux droits du travail français, mais la production a refusé tout compromis, arguant même d’une facilité à remplacer chacun des postes et salariés par des techniciens en Italie. Finalement, la grande majorité des techniciens, investie dans le projet, s’est pliée au chantage et est partie en Tunisie, aux conditions de Quinta Prod et Empire Studio.

 

À cette problématique, se greffe le second volet de « l’affaire », soit la demande d’agrément que Quinta Production a déposé par deux fois au C.N.C. et que la commission a refusé à l’unanimité à chaque fois. Et où il est question que passant outre ces deux rejets, le président du C.N.C. (véritable et seul décisionnaire – de facto) s’apprêterait à accorder l’agrément.

 

Actuellement la société Quinta Communications (dont le Président est M.Tarak BEN AMMAR) est producteur délégué du film, dont le devis est de 38 millions d’euros et dont les lieux de tournage se situaient en Tunisie et au Qatar durant 3 mois.Ce film a fait l’objet d’une coproduction franco-italienne, à raison de 90 % pour la partie française et 10 % pour la partie italienne.

Pour toute l’équipe française:

-     perte de l’application de la couverture sécurité sociale et accidents du travail française
et retraite vieillesse,
-    perte des points de retraite complémentaire

-    perte de leurs indemnités congés spectacles,

-    perte de leurs droits à l’ouverture de droits à l’indemnisation chômage,
-    perte de l’application de la Convention collective nationale de la Production cinématographique

Pour la société de production Quinta communications :

-    une économie de plusieurs millions d’euros de charges sociales réalisée sur le dos    des salariés résidents français, charges sociales dont, en qualité de producteur délégué, elle devrait s’acquitter en France.

Lors de la réunion de la Commission d’agrément, l’ensemble des Organisations syndicales de producteurs et des autres Organisations siégeant à la Commission ont ce  considéré procédé  particulièrement choquant, abusif et inacceptable et ont – à l’unanimité –  opposé un avis défavorable à l’agrément au bénéfice des Fonds de Soutien financier de ce film.

Les membres de la Commission d’agrément ont, à l’unanimité, contesté l’analyse que fait le service juridique du CNC de cette situation et renouvelé une seconde fois  leur avis défavorable à l’agrément de ce film.La Commission d’agrément n’émet qu’un avis consultatif, la décision d’agréer ou non le film au bénéfice du Soutien financier de l’État, appartient au Président du CNC.

Plusieurs associations de techniciens, dont l’Association des Décorateurs de Cinéma ont adressé un courrier au président du CNC pour lui demander de suivre la commission et de refuser de signer l’agrément. 

 

La lettre de l’ADC (http://www.adcine.com/) au président du CNC: 

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Monsieur Eric GARANDEAU Centre National du Cinéma et de l’image Animée 12, rue de Lübeck 75784 Paris cedex 16

Paris, le 31 mars 2011

 Monsieur le Président,

 

Nous sollicitons votre attention sur la demande d’agrément du film « La Soif Noire » de Jean-Jacques Annaud, produit par la société Quinta Communications.

Cette société de production française a mis en place un système lui permettant de salarier par l’intermédiaire d’une société tunisienne, Empire Studio, les techniciens français travaillant sur ce film et, de ce fait, de s’affranchir de cotiser aux charges sociales inhérentes à l’emploi de tout salarié (congés payés, assurance maladie, assurance vieillesse, assurance-chômage, retraite complémentaire…).

La société Quinta Communications a déposé une demande d’agrément auprès du C.N.C. afin de bénéficier du soutien financier de l’État pour la production de ce film.
Cette demande a reçu un avis défavorable, exprimé à l’unanimité lors d’une première assemblée des membres de la commission d’agrément, du fait des conditions d’emploi des ouvriers et techniciens français.
Comme suite à cette première consultation, le service juridique du C.N.C. a présenté une analyse démontrant qu’il n’y aurait pas d’antagonisme à percevoir une aide financière de l’État et externaliser la main d’œuvre française par l’entremise d’une société étrangère .

La commission d’agrément s’est réunie une seconde fois, invitant le responsable du service juridique à exposer cette analyse.

À nouveau, et pour les mêmes motifs, cette assemblée a exprimé à l’unanimité un avis défavorable à l’obtention de l’agrément.

Cette commission n’ayant qu’un avis consultatif, cette demande est désormais entre vos mains.

Bien que juridiquement notre avis en tant qu’association ne soit pas recevable, nous, techniciens directement concernés, souhaiterions vous exposer notre point de vue.

Même si cela est une évidence, il est utile de rappeler que le système imposé aux techniciens par la société Quinta Communications est très préjudiciable aux acquis sociaux fondamentaux de tout salarié, qu’aucun courant de pensée politique dans la société française contemporaine ne songe à remettre en question.

Plus déplorable encore, une partie des intéressés s’est vue imposer ce principe à l’issue de la préparation. C’est-à-dire, à un moment où le choix n’est pratiquement plus possible, tant par l’implication du technicien à l’égard du projet, que par les conséquences financières personnelles d’un refus.

Il est important de souligner que, si les ouvriers et techniciens travaillant sur « La Soif Noire » avaient eu le choix de leur statut, le débat ne se poserait pas en ces termes.

Il ne semble pas que la faisabilité de ce film soit subordonnée à l’application de telles méthodes de production, il s’agirait plutôt d’une manipulation dont la seule finalité est de servir l’intérêt financier de Quinta Communications.

Ce qui pose problème dans le cas « Quinta Communications », c’est d’avoir imposé ce principe aux techniciens : travailler en abandonnant ses droits sociaux ou… ne pas travailler.

Nous remarquons que, selon le Code du Cinéma, le C.N.C. a, entre autres, pour mission : “…de contribuer, dans lʼintérêt général, au financement et au développement du cinéma… À cette fin, il soutient, notamment par lʼattribution dʼaides financières : la création, la production, la distribution, la diffusion et la promotion des œuvres cinématographiques…; dans ce cadre il sʼassure, notamment en ce qui concerne lʼemploi dans le secteur de la production, du respect par les bénéficiaires des aides de leurs obligations socials. “ (Article L. 111-2 – 2-a)

Pourtant, il apparaît que dans le cadre de la fabrication de ce film, aucune obligation sociale à l’égard des ouvriers et techniciens français n’ait été respectée…

Avaliser officiellement ce mode de production créerait un précédent, et ferait dorénavant courir le risque d’avoir à abandonner nos droits sociaux les plus élémentaires lors de missions à l’étranger.

Même si, juridiquement, il est possible de prétendre bénéficier du soutien de l’État et d’imposer de telles conditions de travail, le C.N.C. en accordant l’agrément doit-il envoyer un tel message à l’encontre de la profession pour le seul bénéfice d’une société de production ?

Nous sommes confiants, Monsieur le Président, de toute la bienveillance que vous porterez à nos réflexions.
Il en va de notre intérêt commun, C.N.C., producteurs et techniciens, que continue à rayonner à travers le monde ce cinéma français de qualité auquel nous sommes attachés.
Nous vous remercions de votre attention et vous prions d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre considération distinguée,

Pour l’Association des Décorateurs de Cinéma, Jean-Marc KERDELHUE Président de l’A.D.C.



 




Il faut sauver le cinéma d’auteur

16022011

imgres.jpeg Les Français ne sont jamais autant allés au cinéma qu’en 2010. Pourtant, beaucoup de « petits » films formidables, défendus par la critique, sont boudés par le public. Problème de distribution ? Manque de curiosité ?

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« Des filles en noir », de Jean-Paul Civeyrac, avec Elise Lhomeau. Sélectionné à Cannes, soutennu par la critique… mais pas par les spectateurs.

- Photo : Yannick Labrousse/Tempsmachine pour Télérama

 

Béatrice Dalle jette toute sa fièvre dans un somptueux portrait de femme, d’un romantisme sombre et mélancolique, et la critique s’emballe. Domaine, de Patric Chiha, est sorti en avril 2010 dans une dizaine de salles en France, avec les honneurs de la presse – l’actrice faisait à cette occasion la une de Télérama. Bilan comptable : 4 029 entrées. Une misère.

Des exemples comme celui-là, on peut en citer trois, dix, vingt : Des filles en noir, de Jean-Paul Civeyrac, Eastern Plays, de Kamen Kalev, ou Au fond des bois, de Benoît Jacquot, font aussi partie des sacrifiés de 2010, des films qui « n’ont pas trouvé leur public », comme on dit pudiquement, ou, pour être plus clair, qui se sont rétamés au box-­office. Tandis que Harry Potter, Avatar, Camping 2, mais aussi Les Petits Mouchoirs, de Guillaume Canet, Inception, de Christopher Nolan, Des hommes et des dieux, de Xavier Beauvois, ou Potiche, de François Ozon, cassaient la baraque.

“C’est comme la pauvreté dans le monde.
Les écarts se creusent entre
films très riches et films très démunis.”

Ces succès reflètent la santé du secteur, malgré la crise : la fréquentation progresse depuis trois ans, pour atteindre 206,5 millions d’entrées en 2010 – un record depuis 1967. L’ennui, c’est que le succès ne profite pas à tous les films, ni à toutes les salles (lire ci-dessous). « C’est comme la pauvreté dans le monde, observe Jean Labadie, distributeur depuis plus de trente ans. Les écarts se creusent entre très riches et très démunis. » Les films très attendus, parce qu’il s’agit d’une franchise à succès (Harry Potter), parce qu’un festival les a distingués (Des hommes et des dieux, récompensé à Cannes), parce qu’ils bénéficient d’un casting alléchant et d’une promotion agressive (Les Petits Mouchoirs), ou parce qu’ils traitent d’un sujet fort (La Rafle, de Rose Bosch), remportent la mise. Les autres se partagent les miettes. Il est de plus en plus rare de voir le public distinguer un « petit » film – au budget modeste, sans star, sans promotion, programmé dans peu de salles.

Pourquoi le miracle du film de Xavier Beauvois (3 millions d’entrées) ou de Mammuth, road-movie grinçant de Benoît Delépine et Gustave Kervern (plus de 800 000 entrées), se produit-il si rarement ? Pourquoi des pépites venues de France, d’Allemagne, des Philippines ou de Corée ne déclenchent-elles pas la curiosité du public ? Régine Vial, patronne des Films du Losange, s’inquiète : « On a du mal à amener les gens vers des œuvres, même originales et créatives, qui dépassent le pur divertissement. Il y a douze ans, un drame familial danois, Festen, cumulait 600 000 entrées en une longue carrière. Aujourd’hui, ces films disparaissent souvent de l’affiche une semaine après leur sortie. »
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Le multiplexe Méga CGR de Villenave-d’Orgnon (33).

- Photo : Rodolphe Escher pour Télérama

La première explication est mathématique : peu de salles se créent, et les films sont très nombreux, autour de six cents en 2010. La durée de vie de chacun diminue donc, et quand il faut libérer un écran, on écarte le moins performant. Une condamnation à mort pour les films qui, ­jadis, bâtissaient leur succès sur le bouche-à-oreille et donc sur le temps. « L’an dernier encore, indique Alexandre Mallet-Guy, distributeur chez Memento Films, les salles d’art et d’essai gardaient nos films au moins deux semaines, maintenant le succès doit être là dès les cinq premiers jours. » Exploit quasi impossible pour l’œuvre d’une jeune inconnue (La Vie au ranch, de Sophie Letourneur) ou d’un Russe jamais distribué en France (Soldat de papier, d’Alexei German Jr).

Image de prévisualisation YouTube

Grâce à d’importantes aides publiques, ces films sortent en France, mais peu dans d’autres pays. Ils sont même de plus en plus nombreux : là où trois films d’auteur sortaient chaque semaine il y a dix ans, on en trouve aujourd’hui souvent six ou sept à l’affiche. Mais leur public n’augmente pas, il s’éparpille. Les spectateurs ne savent plus comment choisir, ils hésitent même à suivre les enthousiasmes des critiques professionnels. Jean Labadie confirme : « Le public ne fait plus confiance à personne. Jadis, une couverture de Télérama ou une double page dans Libération drainaient facilement 100 000 spectateurs. Aujourd’hui, il faut qu’un film soit recommandé unanimement par tous les journaux, mais aussi par la télévision et Internet. C’est très rare ! »

“Le public ne fait plus confiance à personne.
Jadis, une couverture de
Télérama ou
une double page dans
Libération
drainaient facilement 100 000 spectateurs.”

Que sont devenues la curiosité, la fierté de découvrir un nouveau metteur en scène, l’excitation de voir un film singulier ? « La démarche d’aller voir un film en salle est paradoxale, relève Emmanuel Ethis, sociologue spécialisé dans l’étude des publics. Il s’agit à la fois de faire l’expérience collective d’une oeuvre, et de se distinguer dans la manière de la recevoir. En ce moment, l’émotion par­tagée l’emporte très nettement sur le besoin de distinction. » Et la transmission cale : plus question de compter sur le western télévisé du dimanche soir, le Cinéma de minuit de Patrick Brion ou le ciné-club du lycée pour entretenir la cinéphilie des jeunes. « Le cinéma est une habitude de vie, relève pourtant Philippe Desandré, de StudioCanal. C’est une activité addictive : plus on y va, plus on a envie d’y aller. » Encore faut-il stimuler l’audace et l’envie de découverte ! La gratuité n’y suffit pas, n’en déplaise aux promoteurs des cartes illimitées qui juraient que le public des films populaires se ­risquerait, puisqu’il ne paie pas à chaque séance, vers le cinéma d’auteur. Jean Labadie résume la situation d’une image : « Faites un buffet gratuit, les jeunes ne goûteront pas betteraves et carottes râpées, ils se resserviront des frites ! La profession a sa responsabilité dans le déficit de transmission. A force de brouiller les cartes, de programmer les mêmes films dans les salles d’art et d’essai et les multiplexes, le public est perdu. Il se rassemble vers ce que tout le monde va voir, comme si c’était une garantie de qualité. »

Que représente le cinéma ? Qu’en espère-t-on ? Veut-on rêver, pleurer, rire, apprendre, découvrir, réfléchir aux images, se poser des questions ? Un film est-il un loisir, une forme d’images parmi d’autres (télévision, jeux vidéo) ou a-t-il encore le statut d’objet artistique ? Pour Michel Saint-Jean, distributeur chez Diaphana, « notre société valorise peu la culture, nous avons quand même élu le premier président de la République qui revendique presque son inculture. L’idée circule, diffuse mais de plus en plus assumée, que le cinéma d’auteur est un truc intello pour Parisiens bobos ».

En décembre, le festival de cinéma européen des Arcs abritait une rencontre entre distributeurs indépendants et exploitants d’art et d’essai, venus de toute la France, autour des « mutations du public ». Tous se désolaient de voir leurs fidèles vieillir, de ne trouver parfois « que dix ou quinze spectateurs par séance », de subir la concurrence des salles UGC, Pathé ou Gaumont, même sur les films d’art et d’essai. « Je ne rassemble du public que grâce à des soirées thématiques, des débats, des partenariats avec l’université locale », témoignait le patron d’une salle ­pyrénéenne. « Nous devons de plus en plus travailler les films », ajoutaient ses collègues de Gérardmer ou de Fontainebleau. « Travailler les films », cela veut dire renoncer à les programmer tous, mais maintenir ceux que l’on choisit pendant plusieurs semaines, les promouvoir en multipliant les animations, communiquer via la revue de la salle, cibler les jeunes en utilisant les réseaux sociaux, Facebook ou Twitter.

“Nos films sont choisis soigneusement,
mis en valeur dans la gazette.
Nous répondons directement au téléphone,
nous sommes dans les salles pour les
rencontres et les débats.”
Anne-Marie Faucon, Utopia

Depuis 1976, le circuit Utopia revendique ainsi des choix drastiques, et jouit d’une excellente santé commerciale grâce à ses soirées-débats, sa gazette, ses petits déjeuners du dimanche et son engagement à garder les films six ou huit semaines. La fondatrice Anne-Marie Faucon explique : « Il faut avoir un dialogue vif, constant, avec le public, et conserver une identité forte, car c’est elle qui fidélise nos spectateurs. Nous sommes un véritable cinéma d’opinion : nos films sont choisis soigneusement, toujours programmés en version originale, mis en valeur dans la gazette. Nous répondons directement au téléphone, nous sommes dans les salles pour les rencontres et les débats. » Le sociologue Emmanuel Ethis confirme l’importance du lieu culturel : « Parfois, les spectateurs se sentent intimidés, se disent : tel film n’est pas pour moi. C’est le rôle de la salle de cinéma de leur donner confiance, de les amener à élargir leurs goûts. »

Pour analyser le comportement grégaire du public qui se rue vers les mêmes films, plusieurs professionnels soulignent aussi, officieusement, que l’offre est peut-être moins excitante que par le passé, moins riche en chocs artistiques. « Où sont les nouveaux Ken Loach, Arnaud Desplechin, Nanni Moretti ou David Lynch ? s’interroge un distributeur. On est loin de la liberté et de l’audace des années 1970 et 1980. L’autocensure est partout, du scénariste au spectateur, et ce sont maintenant les séries américaines qui s’approprient les sujets ambitieux. »

Michel Saint-Jean, de Diaphana, met les pieds dans le plat : « Il faut prendre conscience de la relative médiocrité des films, et se pencher sur la formation des cinéastes et des cinéphiles, le renouvellement des sujets, des modes d’écriture. Au lieu de réfléchir à toutes ces questions, tous les professionnels sont obnubilés par le passage au numérique… » Mais l’un n’empêche pas l’autre. Car cette évolution technologique, dont les modalités divisent profondément la profession, risque de creuser encore le fossé des inégalités. Les films que l’on s’arrache déjà pourront arroser toutes les salles, avec des copies virtuelles, donc illimitées. Imaginez Harry Potter, Astérix ou Camping sur plus de mille écrans, en différentes versions dans plusieurs salles du même multiplexe… Le cinéma inventif et atypique, que les spectateurs français ont toujours la chance de trouver dans leurs salles, risque de s’en trouver encore plus dramatiquement marginalisé.

 

Ça rame à l’export
Certes, le cinéma français reste, loin derrière le cinéma américain, celui qui voyage le mieux. Mais ses exportations baissent depuis deux ans : 57 millions d’entrées dans le monde en 2010 (moins 15 % par rapport à 2009). Régine Hatchondo, déléguée générale d’ Unifrance, organisme chargé de la promotion du cinéma français à l’étranger, explique : « Même nos films commerciaux sont perçus comme du cinéma d’auteur, raffiné et intellectuel. Or les salles d’art et d’essai souffrent dans tous les pays ; avec la crise, certains réseaux se sont dramatiquement effondrés. Si vous vivez, par exemple, en Russie ou au Japon, presque plus aucune salle ne propose de cinéma français. »
Partout, le public se focalise sur les films américains et les grosses productions nationales, quand elles existent. « Plusieurs pays ont créé des dispositifs d’encouragement à leur production, sur le modèle français d’ailleurs, poursuit Régine Hatchondo. Au Japon ou au Canada, nos films ont ainsi reculé au profit d’œuvres locales. »
En 2010, Océans, de Jacques Perrin, The Ghost Writer, de Roman Polanski, ou Le Concert, de Radu Mihaileanu, se sont bien vendus. Mais à l’international aussi, le public vieillit. Pour conquérir les jeunes, Unifrance inaugure avec Allociné un festival en ligne. My French Film Festival (dont Télérama est partenaire) propose des premiers et deuxièmes films français en vidéo à la demande, dans le monde entier et en dix langues, pour 1,99 à 3,99 euros, selon les pays (1). Hébergé par les sites étrangers d’Allociné, le festival espère rassembler une communauté de cinéphiles férus d’œuvres françaises, pour entretenir et élargir le rayonnement dans le monde de la « french touch ».
(1) myfrenchfilmfestival.com, jusqu’au 29 janvier.

 

Les batailles d’un exploitant

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Arnaud Vialle, du Rex de Sarlat : « pour survivre, il faut aller chercher le public, maintenir des relations personnelles ».

- Photo : Rodolphe Escher pour Télérama


Arnaud Vialle, 35 ans, dirige le Rex, à Sarlat (Dordogne, 10 000 habitants). Un cinéma art et essai de quatre salles, en difficulté. « Quand mon grand-père a ouvert le Rex, en 1953, c’était une salle unique de 700 places qui programmait cinéma et spectacle vivant. Mes parents l’ont repris en 1984, transformé en quatre salles, que je dirige depuis 2005,
après avoir travaillé chez Gaumont et Pathé. En 2010, nous atteignons 88 000 entrées, contre 100 000 en 2004. J’ai réussi à avoir Des hommes et des dieux en sortie nationale, en disant au distributeur : “Je fais une avant-première, si j’ai du monde, tu me laisses la copie.” On a travaillé avec le curé, très cinéphile, l’avant-première était bondée, on a gardé la copie et le film a très bien marché. Il faut donc se bagarrer sans cesse : comme les circuits (UGC ou Gaumont) veulent tous les films, même ceux d’art et d’essai, les salles rurales sont moins bien servies. Je récupère les films après cinq ou six semaines, autant
dire qu’ils n’ont plus beaucoup de potentiel : le DVD arrive quatre mois après, et les jeunes piratent tout. Nous avons dépensé 140 000 euros pour deux projecteurs numériques, nos charges augmentent – loyers, salaires, électricité, fournisseurs – et, contrairement aux circuits, nous ne gagnons rien sur les bandes-annonces et les affiches. Nous surveillons tous les coûts. Pendant leurs congés, je remplace ainsi moi-même caissières et opérateurs, j’économise sur le transport des copies en allant les chercher à Bordeaux. Pour survivre, il faut aller chercher le public, maintenir des relations personnelles, nous connaissons
tous nos spectateurs. La salle doit être un lieu de partage et d’échange, grâce à des soirées thématiques (sur les femmes battues, récemment, avec Ne dis rien, d’Icíar Bollaín) ou à des débats avec Amnesty International (autour de La Révélation ou de Moi, la finance et le développement durable). C’est un travail de chaque instant. »

Juliette Bénabent

Télérama n° 3184

19 janvier 2011

 




Exposition Jacques Tati à la cinémathèque: Michel Ciment s’entretient avec : Macha Makaief, Marc Dondey et Stéphane Goudet

3052009

écouter l’émission:

http://www.toofiles.com/fr/oip/audios/mp3/projectionpriveemmakeief02052009.html

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Stéphane Goudet
Jacques Tati - De François le facteur à Monsieur Hulot
Cahiers Du Cinema – 23 août 2002

Si celui-ci n’a réalisé que six longs métrages entre 1946 (Jour de fête) et 1974 (Parade), il figure parmi les acteurs et réalisateurs les plus importants et les plus populaires du cinéma français. Comment Tati s’est inventé le personnage de M. Hulot ? Pourquoi a-t-il survécu et évolué durant quatre films ? Comment caractériser le style de Tati ? Telles sont les questions qu’aborde cet ouvrage grâce à l’analyse de séquences, de documents rares et de témoignages inédits.

Marc Dondey216f2889cc4cfcece8b801bdd000a619.jpg
Tati
Ramsay – 22/04/2009    Hommage au cinéaste Jacques Tati, de ses débuts où il se nomme encore Jacques Tatischeff et où il est pantomime dans des music-halls jusqu’à la réalisation de ses films tel que Les vacances de monsieur Hulot. Met en avant sa révolte contre le taylorisme du système postal américain dans Jour de fête, mais aussi l’extrême perfectionnisme de ses films, du détail sonore et visuel.   

 

Stéphane Goudet & Macha Makaieff
Jacques Tati, deux temps, trois mouvements454oeuvrevillaarpeljpg.jpeg
Naïve / Cinémathèque Française – Avril 2009
  voir le site: http://www.cinematheque.fr/fr/expositions-cinema/tati.html

Le catalogue de l’exposition consacrée à Jacques Tati et à son univers proposée en 2009 à la Cinémathèque Française avec les témoignages et contributions de Michel Gondry, Wes Anderson, David Lynch, Elia Suleiman, Otar Iosseliani, Olivier Assayas, Jean-Jacques Annaud, Jean-Claude Carrière, Pierre Etaix, Cédric Klapisch, Blanca Li, Sempé, Jean Nouvel, Dominique Perrault, Jean-Philippe Toussaint, Philippe Delerm…




JACQUES TATI à la Cinémathèque

27032009

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La Cinémathèque se mettra aux couleurs de Jacques Tati à partir du 8 avril avec une grande exposition consacrée à ce cinéaste original et inventif.
En deux temps et trois mouvements, vous voilà projeté dans l’univers joyeux et décalé de Tati !
Autour de cette exposition, de nombreuses programmations de films, visites, conférences ou ateliers sont proposés pour explorer les rapports entre sons, espaces et architectures dans un genre burlesque totalement renouvelé.

http://www.cinematheque.fr/fr/tati/index.html

L’EXPOSITION

4jpg.jpeg   Un parcours fait de surprises visuelles et sonores, un monde qui s’invente et se réinvente sous les yeux du public,à la fois spectateur et acteur de l’univers de Tati.
Commissariat :
Stéphane Goudet et Macha Makeïeff
Scénographie : Macha Makeïeff

LES PROJECTIONS
7jpg.jpeg  À l’occasion de l’exposition, venez voir ou revoir tous les films de Jacques Tati. De Jour de Fête à PlayTime, en passant par Mon Oncle ou Trafic, le burlesque sera à l’honneur. Une programmation d’une trentaine de films dialoguant avec l’univers de Jacques Tati permettra également de voir certains titres de Jerry Lewis, de Buster Keaton, mais aussi Godard, Iosseliani ou Bresson.
Sans oublier, à partir de Juin, Les Vacances de Monsieur Hulot, dans une nouvelle copie, entièrement réstaurée !

VISITES ET BALLADES
10jpg.jpeg  Tous les samedis et dimanches à 16h, une petite déambulation guidée dans le labyrinthique bâtiment de Frank Gehry en guise d’introduction à l’univers de Tati.
A trois reprises (les 12 avril, 24 mai et 14 juin) des visites innatendues, gratuites, loufoques et décalées, animées par Patrice Thibaud de la troupe Deschiens et Compagnie.
Et c’est tout le quartier qui se met à l’heure de Tati avec les balades architecturales, promenades entre les petits pavillons de la rue de Bercy à l’avenue de France et à l’imposante BNF, c’est le choc de l’Ancien et du Nouveau !

PARLONS TATI
12jpg.jpeg  Un cycle de conférences, une lecture exceptionnelle (mise en scène par Bruno Podalydes) de « Confusion », scénario jamais réalisé de Tati, une table ronde sur la présence de Jacques Tati aujourd’hui, une journée de stage autour de l’univers sonore de Tati et un concert, ne manquez aucun de ces événements !

LE JEUNE PUBLIC
14jpg.jpeg  Quand la Cinémathèque se met à l’heure de Tati, les séances Jeune Public ouvrent leur écran à la vie moderne : maisons aux architectures incroyables, machines qui s’emballent, règne du tout-automatique, c’est le progrès, mais cela ne simplifie pas toujours la vie !
Une programmation où la rencontre de l’ancien et du moderne fait parfois des étincelles, peuplée de personnages burlesques qui sèment un peu d’humour et de désordre.
Des activités pratiques, le stage des vacances de paques, les cinécycles, permettent également de découvrir l’univers de Jacques Tati, ainsi que des visites guidées de l’exposition, spécialement conçues pour les enfants. A ne pas manquer : Mon petit Gérard, un spectacle conçu par Louise Wallon avec Coraline Clément, Camille Claveri et João Torres (de la troupe Deschiens et compagnie)

TATI TRIP À PARIS
16jpg.jpeg  Dans tout Paris, retrouvez plusieurs manifestations autour de Jacques Tati et de son univers :
Au Théâtre National de Chaillot avec le nouveau spectacle de Jérôme Deschamps et Macha Makaïeff, « Salle des fêtes », ou bien visitez la Villa Arpel, décors de Mon Oncle, au Centquatre, ou encore découvrez « le bel âge des arts ménagers » au Musée des Arts Décoratifs, dès avril, faites un « Tati trip » à Paris !

QUI EST JACQUES TATI ?

18jpg.jpeg  En 2009, Jacques Tati aura 102 ans, le temps justement pour la Cinémathèque française de lui rendre hommage hors des commémorations obligées qu’il ne prisait guère. Un peu de retard… Quoi de plus normal pour celui qui a toujours pris un malin plaisir à entrer dans ses propres films à contretemps. L’année en tout cas que nous avons choisie pour honorer, au présent, son génie. Retrouvez une biographie du réalisateur de PlayTime.







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