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« ANATOMIE D’UN FILM » un livre de Jacques Mandelbaum

21102009

Un livre essentiel pour comprendre, en ces temps de  « Lucky Luke »  et autres « Cinéman » (26 millions d’euros l’unité, tout de même!), le comment du pourquoi de l’évolution « artistique » de la production en France depuis quelques années.

9782246711117.jpg « Ce livre est un exercice inédit : raconter comment un film se monte en France aujourd’hui. Cette chronique commence en septembre 2004 avec l’écriture d’un scénario, et s’achève en octobre 2008, trois mois avant sa sortie dans les salles françaises.Réalisateur puissant et inspiré, nourri de littérature et de philosophie autant que de cinéma, Arnaud Des Pallières invente une oeuvre qui revendique à la fois la stylisation artistique et l’engagement politique. Qui assume l’héritage d’une haute culture et se confronte directement à son époque. Qui regarde aussi bien du côté de Conrad et de Duras que de Godard et de Lynch.Ni monographie, ni journal de tournage, cette enquête raconte, étape par étape, le processus de fabrication d’un film, et analyse les enjeux, financiers, artistiques et humains, qui conditionnent cette mise en oeuvre, le plus souvent à l’insu du grand public. Il s’agit de passer derrière l’écran, pour percer le mystère, généralement fort bien gardé, de cet art qui est aussi une industrie. C’est donc l’histoire exemplaire d’une production qui tente d’élargir l’audience d’un auteur dont la reconnaissance demeure confidentielle, et qui se heurte de plein fouet à la plus grave crise de financement jamais traversée par le cinéma indépendant français. »

JACQUES MANDELBAUM

Né le 1er mai 1958 à Neuilly-sur-Seine. Critique de cinéma au Monde depuis 1995 et auteur de divers articles sur le sujet dans des ouvrages collectifs (Hou Hsiao-hsien, 1999, Jacques Rozier le funambule, 2001, Au sud du cinéma, 2004, Le cinéma et la Shoah, 2007, aux Ed. Cahiers du Cinéma) ainsi que de deux monographies (Ingmar Bergman et Jean-Luc Godard, Ed. Cahiers du Cinéma, 2007)

LES PREMIÈRES PAGES:

CH. 1

Jeudi 16 septembre 2004 : l’aventure de ce livre commence à proprement parler ce soir-là, dans le lieu le plus propice à son sujet, une salle de cinéma. Il s’agit du cinéma du Panthéon, dans le cinquième arrondissement de Paris, où se tient le défunt ciné-club du journal Le Monde, durant lequel Arnaud des Pallières présente son nouveau film, Adieu, sorti dans les salles depuis le 8 septembre. La salle est comble, comme animée d’une respectueuse ferveur. Un débat suit la projection de ce film ambitieux et grave qui prend délibérément à rebours, par les questions qu’il soulève et la forme qu’il leur assigne, un air du temps gangrené par la culture dominante de la dérision, du désabusement et du cynisme. Tout portait à craindre un esclandre, une attaque en règle contre ce cinéma  » intello-chiant  » qui nuit, selon la terminologie de plus en plus agressive et décomplexée des zélotes de la loi du marché, à la bonne santé de notre production nationale. Il n’en est rien. La curiosité des spectateurs, l’avidité de l’échange, la pertinence des questions qui fusent laissent penser que ce public-là était sans doute conquis d’avance.

On en déduirait à tort que le Quartier latin n’est que l’ultime réduit d’une cinéphilie en voie de disparition. Réuni par la salle de cinéma, le public présent est sufisamment varié et ses interrogations suffisamment diverses pour faire circuler une parole très ouverte, témoignant d’un intérêt plus large que celui du septième art. Le film y engage d’ailleurs. On parle sans doute de cinéma, mais aussi bien de politique, d’histoire, d’immigration, de paysages, de spiritualité, de croyance, de littérature et de musique. Le cinéma d’Arnaud des Pallières, qui ne craint pas de s’ancrer dans la haute culture et de le manifester, a de toute façon des ennemis en nombre respectable dans les cénacles de la cinéphilie. De ceux qui pensent, fidèles à leur credo contre-culturel, que rien de grand ne saurait y être atteint qui ne passe par les voies de la trivialité et de la contrebande. Pour ne rien dire de l’intérêt intrinsèque de son film, peut-être faut-il aussi imputer la sérénité et le respect de ce débat à la stature, pour le moins intimidante, du bonhomme. Culminant à des sommets situés aux environs de deux mètres, taillé en largeur sur le modèle de l’armoire normande, affublé d’une barbe taillée au carré finissant de le sculpter en hercule des tréteaux, il vous a, par l’effet de sa simple présence, un petit air de  » avec qui voulez-vous lutter ?  » qui n’engage pas particulièrement à ouvrir les hostilités. Cette masse physique se révèle d’autant plus impressionnante qu’elle abrite une intelligence brillante, une érudition et une agilité d’esprit qui peuvent se mettre au service de la pensée la plus subtile comme de la plus redoutable machine de guerre dialectique. A cet égard, il suffit d’observer Arnaud des Pallières pour se faire une idée de son cinéma, qui mène au travers d’un matérialisme revendiqué aux sphères éthérées de la métaphysique. Généralement, on aime ou on déteste. Peu de place pour la tiédeur d’un juste milieu. On est sommé de prendre parti.

Un exemple parmi d’autres : la présence discrète, au fond de la salle, du cinéaste Alain Cavalier qui confère à cette soirée une aura particulière, un signe fort et émouvant de reconnaissance, venant d’un prestigieux aîné qui a de longue date élaboré, loin d’une industrie cinématographique qui l’a pourtant révélé, une manière résolument nouvelle de faire des films. Cavalier, qu’un hasard facétieux tel qu’il les cultive et les affectionne aura fait s’asseoir derrière le siège où son propre nom figure (tous les sièges de la salle du Panthéon affichaient, avant sa récente rénovation, au dos de leur dossier une plaquette portant le nom d’un cinéaste), n’interviendra pas durant le débat mais me téléphonera le lendemain pour entrer en contact avec Arnaud des Pallières et lui manifester son soutien. S’il est moins sûr que jamais, tant ses pôles commercial et artistique se sont éloignés l’un de l’autre, que le cinéma constitue aujourd’hui la grande famille qu’il n’a en réalité jamais été, il est en revanche certain que des solidarités s’y tissent, par affinités d’esprit et de goût, par sentiment de défendre en commun sinon une même idée du cinéma, du moins une manière semblable de penser et d’habiter le monde à travers sa représentation.La comparaison s’arrête pourtant ici, car les chemins de ces deux réalisateurs se croisent aujourd’hui en prenant une direction opposée. A l’heure où l’auteur accompli de Thérèse s’est semble-t-il définitivement éloigné de l’industrie pour œuvrer, en vidéo numérique, à un cinéma de la petite forme, épuré et intimiste, réalisé sans acteur ni équipe, Arnaud des Pallières, jeune cinéaste salué à l’occasion de quelques œuvres confidentielles par un succès d’estime mais qui n’a pas encore trouvé le chemin du grand public, choisit quant à lui de relever le défi de l’industrie. C’est du moins ce qu’il m’explique au débouché de la rue Victor-Cousin, tandis que nos pas nous mènent à la terrasse désertée d’un café de la rue Sou?ot. Satisfait de la tournure prise par le débat, sans doute plus enclin à se livrer parce qu’il se trouve entre deux films dans un moment de relative détente, le cinéaste m’explique qu’il s’apprête en effet à s’engager plus avant sur la voie royale de la fiction, et à jouer le jeu que ce choix implique à une époque où la donne financière et artistique se resserre dangereusement : celui du sujet vendable, du scénario efficace, de la notoriété des acteurs. Je saisis donc ce moment opportun pour lui soumettre une idée que je caresse depuis longtemps : l’accompagner sur le long terme, en tant que journaliste et dans l’hypothèse de ce qui n’est alors supposé devenir qu’un article de presse, dans la préparation de son prochain film.

Lancée un peu à l’aveuglette sur la foi d’une admiration ancienne pour son travail, cette proposition ne se fonde sur rien d’autre que la volonté de rendre compte, selon une formule plus argumentée que l’ordinaire récit de tournage qui nourrit les reportages des journaux et des magazines, de l’itinéraire d’un jeune cinéaste français dans un système de production devenu ces dernières années moins favorable au cinéma d’auteur. Je ne sais donc pas grand-chose du nouveau projet d’Arnaud des Pallières, hormis ce que peuvent en laisser augurer les quelques rumeurs et indiscrétions de rigueur, qui mêlent allégrement les demi-vérités aux purs fantasmes. Que ma demande en elle-même le surprenne, qu’elle soit formulée à un stade inhabituellement précoce, qu’elle tombe à un moment de sa carrière où émergent des enjeux très délicats pour lui, quoi qu’il en soit, cette proposition le surprend, pour ne pas dire qu’elle le déstabilise.

Ce vacillement, qui s’inscrit de manière visible sur le visage d’un interlocuteur pris de court dont la machine intellectuelle tente de gérer son retard, ne dure guère plus d’une minute. Ce court instant passé, le cinéaste a non seulement rattrapé son décalage, mais a déjà massivement contre-attaqué : la réponse est non ordinairement mais oui parce que c’est moi, et il s’agit au demeurant d’un accord de principe subordonné à l’avis de son producteur Serge Lalou. Pourquoi d’ailleurs ne pas intégrer cette enquête au film, sous la forme d’un filmage qui pourrait faire l’objet d’un complément DVD ?… Ou comment transformer, en reprenant la main au passage, une petite minute de retard en une échappée, au bas mot, de quelques mois ! Un vieux réflexe d’indépendance journalistique me fait décliner la dernière proposition aussi sec, mais tendre l’oreille à ce qu’Arnaud des Pallières me révèle maintenant de son projet, qui a de quoi aiguiser la curiosité.Il s’agit d’une adaptation, transposée de nos jours en France, des Lumières de Bullet Park, roman signé à la fin des années soixante par un orfèvre de la prose américaine, John Cheever. La découverte de ce livre (que lui avait recommandé son libraire) a donné envie au cinéaste, qui n’a jamais signé jusqu’à présent que des scénarios originaux, de  » sortir de lui-même « . Ce sera donc à la fois sa première adaptation littéraire, une tentative pour passer le mur du son de l’audience grand public, et la recherche délibérée d’un casting prestigieux susceptible de lui ouvrir le coffre des financiers du cinéma ; ce sera la confrontation d’un auteur radical avec le grand cirque de l’industrie ; ce sera enfin le pari prométhéen d’un artiste qui se fait une idée suffisamment haute et démocratique du cinéma pour se croire capable, sans vendre pour autant son âme au diable, de toucher le plus grand nombre. On en connaît plus d’un qui ont laissé leur art ou leur peau ou les deux à la fois sur le tapis, à tenir ce genre de douce rêverie pour réalisable. Ce sera donc, en un mot, un périple humain, artistique et économique aussi passionnant qu’exemplaire, dont je veux être plus que jamais, quitte à négocier au couteau les conditions de ma participation avec le producteur Serge Lalou.

Soyons honnête, au risque de ternir l’aura romanesque de cet ouvrage : il n’y aura pas même besoin de sortir une lame. Serge Lalou, autre redoutable machine à penser dans son genre, est immédiatement séduit par la proposition, sur laquelle il surenchérit à son tour : ne serait-il pas tout aussi fondé, en raison du travail qu’implique une telle participation, de songer à l’écriture d’un livre qui accompagnerait la sortie du film ? Si j’entrevois bien le risque d’accepter cette contre-proposition qui pourrait assimiler mon travail à l’arsenal promotionnel du film, le danger n’est pas moins grand pour le producteur et le cinéaste d’ouvrir ainsi la porte à un regard extérieur. L’idée fait rapidement son chemin. Elle me permettrait de donner à ce travail une ampleur à laquelle il ne saurait prétendre dans le cadre de la presse quotidienne, à assumer clairement la part subjective de cette enquête, à y reconnaître une implication qu’il n’est jamais de bon ton d’avouer dans le cadre de ma pratique ordinaire de journaliste. Une enquête intéressée en quelque sorte, qui concilierait, autant que faire se peut, la rigueur de la démarche et l’engagement qui la fonde, la force du document et la subjectivité du témoignage, tout en prenant garde à ne pas passer sous silence les con?its et les antagonismes qui pourraient naître de ce double postulat. Basé sur la confiance autant que sur le mutuel intérêt (fût-il en l’espèce plus symbolique que matériel) des parties en présence, l’accord tacite que je passe avec le cinéaste et son producteur consiste en un libre accès à toutes les phases de négociation et de préparation du film, en contrepartie de quoi je m’engage à respecter, durant cette phase préliminaire, la plus élémentaire discrétion sur ces opérations.Cette entente ne va pas de soi. Le cinéma coûte cher et la production cinématographique est une activité qui, comme chacun sait, a autant à voir avec le monde de l’art qu’avec celui de l’industrie du divertissement. Si sa réglementation en France en fait aujourd’hui une affaire essentiellement administrative et fermement contrôlée, une survivance demeure de ces manières occultes et illégitimes, de cette impureté foncière et charmeuse qui assimilaient, il n’y a pas si longtemps encore, les producteurs les plus flamboyants à des bandits de grand chemin. L’établissement d’un budget, les stratégies destinées à le réunir, les multiples guichets financiers, publics et privés, à solliciter, les acteurs à convaincre, l’équipe à rémunérer, tout cela fait du producteur, et dans une moindre mesure du cinéaste, un homme de réseau dont l’activité consiste à obtenir l’assentiment de ses divers interlocuteurs par des moyens qui, selon la propre puissance qu’il représente, vont de la séduction à la pression, en passant par l’argumentation et l’échange de bons procédés. De cette cuisine interne, tout ne peut évidemment se dire, ni se donner à lire comme dans un livre ouvert à un étranger au sérail. Même si, en dépit de ses ambitions affichées, Parc n’entre pas dans la catégorie des films dont les tractations peuvent donner matière à scandale, je ne tarderai pas à m’apercevoir que, en dépit de la transparence promise, bien des choses demeureront hors d’atteinte directe, qu’il s’agisse des rencontres entre le producteur et ses interlocuteurs financiers, ou de celles du cinéaste lors des prises de contact avec ses acteurs. Trop d’enjeux à ce niveau, trop de danger à autoriser la présence d’un journaliste dans les antichambres des chaînes de télévision ou des divers partenaires financiers du film, trop de perturbations à craindre pour l’exercice de charme ou le coup de bluff ? qui devra amener quelques vedettes du grand écran à cautionner le film. Le récit qui en résulte dans ce livre n’est donc que partiellement le fruit d’une observation directe, et tire sa substance, toutes les fois où il ne l’est pas, du recoupement d’entretiens réguliers menés avec les divers protagonistes. Au point que j’en viendrai rapidement et sérieusement à me demander si le pari dans lequel je m’étais lancé n’était pas aussi dangereusement utopique que celui d’Arnaud des Pallières avec son film. Deux raisons essentielles m’auront fait surmonter ces doutes. La première est que les portes et les archives du processus de fabrication me resteront malgré tout largement ouvertes et que la possibilité me sera tout du long offerte de m’entretenir sans réserve et avec qui bon me semblera du projet. La seconde, et la plus importante, est que j’en arriverai à penser que ces restrictions n’auront pas tant été occasionnées par une stratégie délibérée de dissimulation que par la volonté du producteur et du cinéaste de ne rien faire qui puisse le moins du monde entraver les chances qu’a ce film de se faire, si possible dans les meilleures conditions. Arnaud des Pallières et Serge Lalou auront joué ici, l’un et l’autre à leur niveau, un gros coup dans une période qui, de fait, se révélera en cours de route encore plus difficile qu’ils ne le pensaient pour le type de cinéma qu’ils défendent pied à pied depuis quelques années.

Loin de me douter des embûches qui m’attendent, encore plus loin d’imaginer celles qui se dresseront en nombre sur la route du film, je n’ai plus, en ces jours de septembre 2004, qu’une idée en tête : commencer par le commencement, rattraper le plus court retard de toute ma carrière de critique de cinéma sur un film, et me procurer illico le bouquin de Cheever. Quelques jours y suffisent. Les Lumières de Bullet Park est un livre orangé de deux cent soixante-dix pages, édité par Le Serpent à plumes en 2003. La photo de couverture, tirant sur le sépia, représente un alignement au cordeau de maisons avec jardinets, et une longue limousine blanche au toit noir, modèle des années cinquante ou soixante probablement, garée devant l’une d’entre elles. Sur la partie supérieure de la photo, le nom de l’auteur et le titre de l’ouvrage se découpent sur un ciel atone. En quatrième de couverture, quelques informations sur l’écrivain : il est né en 1912 à Quincy, dans le Massachusetts, il est mort à New York en 1982. Le texte dit encore qu’il est considéré comme le chef de file de l’école du New Yorker dans les années trente et qu’il est venu tardivement au roman, vers la fin des années cinquante. On peut ajouter qu’il fut l’un des maîtres de Raymond Carver, écrivain dont Robert Altman s’inspira pour traduire sa vision au vitriol de l’American way of life dans Short Cuts (1993).Véronique Béghain, qui a consacré une étude à Cheever (L’homme qui avait peur de son ombre, Belin, 2000), montre que le puritanisme et le conservatisme supposés de l’œuvre recouvrent une charge subversive de grande amplitude. Description minutieuse, clinique et hallucinée de la moyenne bourgeoisie et de la banlieue résidentielle américaines, elle met en scène, selon elle, l’étouffante répression des marges, sociale et sexuelle, qui prévaut dans l’Amérique d’avant les années soixante-dix. Désignant, avec l’homosexualité refoulée, l’ » éviction du paradis terrestre  » comme un des motifs originels et récurrents de l’œuvre, la maison de banlieue y devient le lieu électif de la chute, de la solitude et de l’enfermement du destin humain. Feuilletage narratif, absence de linéarité, enchâssement des récits caractérisent, sur le plan du style, l’écriture de Cheever, dont l’apparente confusion relève de ce que Véronique Béghain nomme un  » assemblage polyphonique « .

On voit poindre ici, à travers cette sommaire description de l’œuvre de Cheever, tout ce qui a pu intéresser le cinéaste des Pallières. C’est tout particulièrement vrai des Lumières de Bullet Park. Le roman relate, en la différant quasiment sur toute la longueur du récit, la rencontre d’un personnage nommé Hammer (marteau) avec un autre qui se nomme Nailles (nails = clous). Ce programme substantivé qui ne présage rien de bon, Cheever le distille en trois parties distinctes, avec une précision chirurgicale et un sens aigu de l’absurde. Nailles est l’objet de la première partie, en tant que prototype du puritanisme maladif de la bourgeoisie américaine, irradiant depuis l’abri suburbain de la maison familiale. Ravagé par un ennui abyssal, un désir de bienséance qui confine à la terreur, une absence minérale de dialogue et une contention massive des affects, cet univers, d’autant plus terrifiant qu’il s’ignore tel, produit dans le corps du fils, Tony, un irréductible symptôme d’asthénie. La deuxième partie retrace, à la première personne, le parcours de Hammer avant son installation à Bullet Park, dans une maison jaune dont il aura longtemps rêvé avant de pouvoir l’acquérir et y vivre finalement avec sa femme un cauchemar quotidien. Hammer se révèle, tout autant que Nailles, le produit du malaise américain, mais se détache sur l’autre face de la médaille, celle du mystère des origines, de l’errance chaotique, de l’individualisme forcené, du délire rédempteur, de la folie criminelle. L’idéal insupportablement déçu, l’hyperconscience du néant où conduit le désir, la désagrégation mélancolique de l’identité, la plongée dans l’alcool le conduisent au passage à l’acte meurtrier comme preuve ultime et négative de sa propre existence. Le magistral épilogue du livre, qui scelle la rencontre longtemps attendue entre les deux hommes autour de la tentative d’assassinat du fils de Nailles par Hammer, déstabilise soudain le programme du récit par sa terrible ambiguïté, enfonçant le clou d’une humanité qui n’aurait d’autre choix de grandeur que dans la négation d’elle-même ou dans l’accomplissement de sa servitude.

Placée sous le signe de la digression poétique et d’une dualité intimement solidaire (les deux récits menés en parallèle, les personnages comme les deux faces de l’Amérique), la structure narrative du roman n’est pas sans évoquer celle d’Adieu, le précédent film du cinéaste. Autre motif intéressant du roman, et d’autant plus intrigant qu’il ne dépasse pas le niveau de la digression, celui du rapport au judaïsme, dont on verra à quel point il concerne des Pallières. Ainsi de ce passage où le personnage de Hammer confesse sa tentation de rejoindre cet univers culturel :  » Au cours de ma deuxième année d’études à Yale, je déposai auprès du tribunal de New Haven une requête afin de changer mon nom de Paul Hammer en Robert Levy. Je ne sais trop pourquoi. Hammer, bien sûr, était tout sauf un nom de famille. Levy possédait pour moi une sonorité pure et simple et, puisque je n’appartenais véritablement à aucune communauté, j’imagine que j’espérais ainsi m’introduire subrepticement dans la communauté juive. Dans un discours éloquent, mon avocat souligna le fait que j’étais un enfant illégitime, baptisé d’après un outil modeste et rudimentaire aperçu par la fenêtre. Le juge, qui s’appelait Weinstock, rejeta ma requête.  » Ce passage, auquel le roman n’apportera plus aucun écho explicite, est en vérité troublant. Je me demande en le lisant s’il n’a pas contribué, plus ou moins secrètement, à déterminer le cinéaste à adapter cette histoire. Ne pose-t-il pas, d’une certaine manière, la question fondamentale du rapport à la loi, qui tourmente tant ce lecteur passionné de Kafka qu’est des Pallières ? Partant, ne désigne-t-il pas la place de l’artiste dans la société ? Le judaïsme, part maudite de l’humanité et communauté impossible, dit probablement quelque chose de l’irréconciliabilité de cette position, telle que la conçoit le cinéaste à travers ses propres contradictions. Peut-on à la fois entretenir un rêve d’Amérique et l’ambition d’un cinéma d’art, aspirer à une légitimité populaire et créer des formes si déconcertantes, rester fidèle à l’exigence d’une éthique intransigeante et accepter les concessions qu’impose la loi du commerce ? Ces questions, des Pallières les partage à bien des égards avec un cinéaste auquel on n’a pas manqué de le comparer, en bonne comme en mauvaise part, Jean-Luc Godard. Se serait-il lancé dans ce film pour tenter d’exorciser le Hammer, voire le Godard qu’il porte en lui ?

Quoi qu’il en soit, c’est le travail du scénario qui occupe pour l’heure toute l’attention du cinéaste, qui s’explique sur les raisons qui l’ont amené à fixer son choix sur ce roman :  » Outre le plaisir que j’ai eu à le lire, ainsi que le traitement des personnages qui préserve toujours de la tendresse à leur égard en dépit de sa cruauté, ce qui m’intéresse essentiellement est qu’il décrit dès les années soixante une situation, celle de la ghettoïsation des classes sociales, que nous connaissons aujourd’hui en France. Ce livre nous parle du devenir américain de l’Europe et de la France. Depuis la Libération nous sommes une colonie, je le dis par manière de constat, sans amertume. J’ai eu un moment la tentation de tourner aux Etats-Unis, mais je pense en définitive qu’il sera beaucoup plus intéressant de rester en France, où ce genre d’enclaves résidentielles dans lesquelles la bourgeoisie se barricade est en plein essor. Cette question de l’habitat permet de toucher quelque chose d’ultra-contemporain. « Au-delà de ce motif, ce qui stimule son désir sans doute plus secrètement est la question de l’ » adaptabilité  » du livre. Aussi toute adaptation cinématographique soupèse-t-elle, en théorie, ce passage problématique de l’écrit à l’image. En réalité, la plupart des réalisateurs y échouent faute d’y avoir sérieusement pensé. Dans le cas d’espèce des Lumières de Bullet Park, la structure même du roman donne déjà du fil à retordre au cinéaste :  » Le génie du livre est tellement littéraire qu’il est presque inadaptable. Une première partie avec le point de vue d’un personnage à la troisième personne et au présent. Une seconde partie avec le point de vue d’un autre personnage à la première personne et au passé. Un épilogue enfin qui les réunit. Comment faire avec le cinéma où l’action, même passée, est nécessairement au présent et où des personnages dont le destin est lié doivent nécessairement cohabiter assez tôt dans le plan ? Tout est à donc à réinventer en termes de mise en scène. Et puis, même si j’ai longtemps employé et détourné le système des citations de textes dans mon cinéma, Parc est ma première véritable adaptation : tout est là mais en même temps, rien ne m’appartient. Il y a là pour moi, qui n’ai jamais puisé dans une source unique et qui vient en fait de très loin par rapport à la fiction, un défi de taille. De plus, c’est un film qui coûtera cher, or je sais que je ne suis jamais aussi à l’aise que dans un film fauché. C’est un vrai problème pour moi, la richesse. Tout ce travail m’excite donc énormément. « 

Il l’excite d’autant plus qu’il a, sinon la conception précise de ce que sera le film, du moins des idées assez claires du terrain où, à ce moment de sa carrière, ce roman l’entraîne :  » La lecture du roman me donne des images, des désirs. La question de l’archétype, avec la famille et l’étranger. Et celle de la mélancolie, qui fait de ce livre un tableau du contemporain, avec une grande gaieté mais une absence de joie. Fondamentalement, ce que je veux faire, c’est un film américain, un film de surface. Avec de la joliesse, du mélodrame, de la séduction revendiquée. Une grande envie de beauté. Un film d’enfance aussi, comme un arbre de Noël. Je veux confronter mon cinéma à une apparence de classicisme. C’est aussi le désir de renvoyer quelque chose à l’Amérique, quelque chose qui ne donne pas l’impression de résister, mais seulement de renvoyer la balle, de réfléchir, au sens de Cocteau.  » Cette réflexion, à elle seule, donne une assez bonne idée de la manière dont des Pallières conçoit son cinéma, assez loin, somme toute, du maniérisme que ses adversaires clouent au pilori. Artiste engagé dans son temps, le cinéaste se collette de longue date avec l’Amérique, dé?nie comme le rêve, ou le cauchemar, dans lequel nous sommes tous pris. Du point de vue de l’histoire du cinéma comme de l’histoire du monde contemporain, ce souci, à la fois esthétique et politique, semble doublement pertinent et l’œuvre du réalisateur témoigne de la constance avec laquelle il l’envisage.

Copyright © Éditions Grasset & Fasquelle
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Bande annonce de « PARC »:
http://www.allocine.fr/personne/fichepersonne-24898/videos-films/?cmedia=18856107

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Films bio : Coluche, Mesrine et l’effet musée Grévin

15102008

Par Olivier de Bruyn  13/10/2008

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À une semaine d’intervalle sortent deux biographies filmées. Pourquoi cet emballement pour un genre longtemps boudé ? Films bio : Coluche, Mesrine et l’effet musée Grévin
À gauche, l’amuseur en salopettes, reconverti, le temps d’une saison, en homme politique provoc’ semant un bordel monstre lors de l’élection présidentielle de 1981.

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À droite, l’ennemi public numéro un, incarnation de la rébellion incontrôlable, pourfendeur des quartiers de haute sécurité et traqué par la police pendant plus de quinze ans, avant de finir exécuté Porte de Clignancourt.

Au centre, deux gros films français sortant sur les écrans à une semaine d’intervalle et objet d’une promotion en béton armé dans les médias. Jolie bataille industrielle franco-française qui agite le mois d’octobre, avant que, le 29 du même mois, déboule dans les salles le très attendu « W », d’Oliver Stone, consacré à Bush Junior. Mais, pour l’heure, restons chez nous.

Biopic, mon amour

Depuis le succès international de « La Môme », les projets de « biopics » hexagonaux s’amoncellent et ce n’est évidemment pas un hasard. Ainsi, Yves Montand, Serge Gainsbourg, Romy Schneider, Sœur Sourire et Coco Chanel (ouf !) connaîtront bientôt un nouveau destin (lucratif ?) sur les écrans. Gros budgets à la clé et « stars » dévoilant leurs spectaculaires métamorphoses en haut de l’affiche : les ingrédients du film bio certifié conforme sont connus depuis des lustres. Concernant le résultat, tout dépend, bien entendu, de la manière de concocter la sauce.

Anne Fontaine vient d’entamer le tournage de « Coco avant Chanel », une biographie libre qui, comme son titre l’indique, cherche à mettre en scène l’égérie avant sa consécration. Dans le rôle-titre, Audrey Tautou, comédienne talentueuse et « bankable », dont la notoriété dépasse les frontières françaises (atout considérable pour le destin international du film). Anne Fontaine explique le phénomène du « nouveau biopic »:

« Depuis le triomphe de “La Môme”, le biopic, jusqu’alors considéré avec dédain en France, a le vent en poupe. Il y a probablement une nostalgie des grands destins et un effet de mode. Personnellement, je déteste l’imitation, les performances, le maquillage et le surmaquillage. Or souvent, les biopics semblent produits pour rafler des récompenses aux césars et aux oscars. Des films de prestige où l’acteur importe au moins autant que son personnage et où la subtilité ne règne pas toujours en maître. Dans mon film, j’espère éviter ces pièges : il y a un point de vue et une histoire singulière. »

Imitation, piège à… ?

Et dans « Coluche » d’Antoine de Caunes ? Et dans « Mesrine » de Jean-François Richet ? Quid de la performance, de l’imitation, du point de vue ? Rendons grâce aux instigateurs du projet consacré à l’inventeur des restos du cœur : plutôt que de retracer par le menu l’existence de leur modèle, ils ont taillé dans sa vie compliquée et n’ont retenu que les huit mois précédant l’élection de 1981. Période où le trublion s’impose sur la scène médiatico-politique, grimpe sur la cime des sondages, noue des alliances parfois discutables et finit écrasé par la censure et sa propre invention agit-prop. (Voir la vidéo)
A gauche, l’amuseur en salopettes, reconverti, le temps d’une saison, en homme politique provoc’ semant un bordel monstre lors de l’élection présidentielle de 1981.

A droite, l’ennemi public numéro un, incarnation de la rébellion incontrôlable, pourfendeur des quartiers de haute sécurité et traqué par la police pendant plus de quinze ans, avant de finir exécuté Porte de Clignancourt.

Au centre, deux gros films français sortant sur les écrans à une semaine d’intervalle et objet d’une promotion en béton armé dans les médias. Jolie bataille industrielle franco-française qui agite le mois d’octobre, avant que, le 29 du même mois, déboule dans les salles le très attendu « W », d’Oliver Stone, consacré à Bush Junior. Mais, pour l’heure, restons chez nous.

Biopic, mon amour

Depuis le succès international de « La Môme », les projets de « biopics » hexagonaux s’amoncellent et ce n’est évidemment pas un hasard. Ainsi, Yves Montand, Serge Gainsbourg, Romy Schneider, Sœur Sourire et Coco Chanel (ouf !) connaîtront bientôt un nouveau destin (lucratif ?) sur les écrans. Gros budgets à la clé et « stars » dévoilant leurs spectaculaires métamorphoses en haut de l’affiche : les ingrédients du film bio certifié conforme sont connus depuis des lustres. Concernant le résultat, tout dépend, bien entendu, de la manière de concocter la sauce.

Anne Fontaine vient d’entamer le tournage de « Coco avant Chanel », une biographie libre qui, comme son titre l’indique, cherche à mettre en scène l’égérie avant sa consécration. Dans le rôle-titre, Audrey Tautou, comédienne talentueuse et « bankable », dont la notoriété dépasse les frontières françaises (atout considérable pour le destin international du film). Anne Fontaine explique le phénomène du « nouveau biopic »:

« Depuis le triomphe de “La Môme”, le biopic, jusqu’alors considéré avec dédain en France, a le vent en poupe. Il y a probablement une nostalgie des grands destins et un effet de mode. Personnellement, je déteste l’imitation, les performances, le maquillage et le surmaquillage. Or souvent, les biopics semblent produits pour rafler des récompenses aux césars et aux oscars. Des films de prestige où l’acteur importe au moins autant que son personnage et où la subtilité ne règne pas toujours en maître. Dans mon film, j’espère éviter ces pièges : il y a un point de vue et une histoire singulière. »

Imitation, piège à… ?

Et dans « Coluche » d’Antoine de Caunes ? Et dans « Mesrine » de Jean-François Richet ? Quid de la performance, de l’imitation, du point de vue ? Rendons grâce aux instigateurs du projet consacré à l’inventeur des restos du cœur : plutôt que de retracer par le menu l’existence de leur modèle, ils ont taillé dans sa vie compliquée et n’ont retenu que les huit mois précédant l’élection de 1981. Période où le trublion s’impose sur la scène médiatico-politique, grimpe sur la cime des sondages, noue des alliances parfois discutables et finit écrasé par la censure et sa propre invention agit-prop.

(Voir la vidéo) http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18831901&cfilm=119023.html

« Un bon film met en lumière des contradictions, explique Edouard De Vezines, le producteur :

« Nos choix ne sont peut-être pas les plus évidents commercialement -d’ailleurs TF1 ou M6 ne se sont pas battus pour nous financer- mais nous désirions absolument avoir un point de vue. Nous avons choisi un Coluche ambigu, affligé par des problèmes dans sa vie privée et publique. »

Programme alléchant, mais… résultat incertain. Si le scénario retrace avec minutie l’aventure de la présidentielle et donne à voir les ambivalences de Coluche, il reste malheureusement à la surface de son beau sujet. Les scènes se succèdent, certaines bien artificielles (notamment quand le comique s’ébroue sur scène), et les seconds-rôles incarnant Jacques Attali (Denis Podalydès), le professeur Choron et consorts semblent obsédés par la ressemblance mimétique avec leurs modèles, à un doigt de la caricature.

Comédiens en pleine lumière

Sous les traits de Coluche -enjeu fondamental de l’affaire- un autre comique, aujourd’hui populaire : François-Xavier Demaison. Faut-il s’en étonner ? Pas sûr. Le cinéma français de poids, depuis quelques années, doit quelques-uns de ses plus grands succès à des comédiens « venus d’ailleurs », reconnus pour leurs prestations scéniques ou cathodiques et n’appartenant pas au sérail. Faites rire ailleurs et les financiers vous plébisciteront ! Jean Dujardin, Jamel Debbouze, Franck Dubosc, Gad Elmaleh, Dany Boon sont aujourd’hui parmi les comédiens les plus demandés dans l’Hexagone.

De la même manière, la présence de Vincent Cassel dans le rôle de Mesrine n’étonne pas, malgré les flops ( « Blueberry », « Sa majesté Minor »…) essuyés par l’acteur au sacro-saint box-office. Attaché au projet depuis des années, Cassel a menacé de renoncer, quand un premier script (signé Barbet Schroeder et Guillaume Laurant) n’a pas eu l’heur de lui convenir. Oui mais voilà : dans l’économie du « biopic » (surtout quand il est aussi un blockbuster), l’acteur a souvent le dernier mot.

(Voir la vidéo) http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18836889.html

Exit, donc, le projet initial. Et bonjour Jean-François Richet, réalisateur qui, depuis ses premières armes dans le film-fauché (« Etat des lieux », brûlot sur la banlieue), a roulé sa bosse, y compris à Hollywood (« Assaut sur le Central 13 »).

Tout ça pour quoi ?

Enorme production divisée en deux parties (le second volet sort le 19 novembre), déjà vendue dans de nombreux pays suite à la présentation en fanfare d’un quart d’heure d’images lors du dernier festival de Cannes (plus de dix millions d’euros engrangés), « Mesrine » avance tel un mastodonte, prêt à tout écraser sur son passage.

De « Télérama » à « Studio », pour en rester à la presse écrite, impossible à quinze jours de la sortie en salles, d’échapper aux interviews de Cassel, revenant par le menu sur son implication et ses hallucinantes transformations (vingt kilos en sus pour les besoins de la cause).

Oui, mais le film ? Si Richet et ses collaborateurs évitent l’hagiographie et l’« héroïsation », ils semblent avant tout préoccupés de signer un film d’action efficace, à base de casses, évasions, coups foireux, agitation tous azimuts. Si plusieurs séquences font preuve d’efficacité, le contexte politique de l’affaire et l’ambiguïté de Mesrine n’apparaissent qu’en filigrane. Frustrant.

Quant au reste du mirobolant casting, il s’en tire avec plus ou moins de bonheur. Si Mathieu Amalric (François Besse) convainc, Depardieu, Lanvin, Ludivine Sagnier ou Cécile De France ne semblent pas toujours très à l’aise sous leurs postiches et déguisements d’époque.

Ultime phénomène troublant dans le registre « musée Grévin » : la présence de l’excellent Olivier Gourmet dans le rôle du commissaire Broussard et de son collier de barbe. Joli travail du maquilleur qui rappelle celui effectué dans « Coluche, l’histoire d’un mec », où le rôle de l’omnipotent impresario du comique est interprété par un certain… Olivier Gourmet. Le monde du « biopic », terre de surprises ? Euh…

Coluche, l’histoire d’un mec En salles le 15 octobre.

Mesrine, l’instinct de mort En salles le 22 octobre. « Mesrine, l’ennemi public n°1 ». En salles le 19 novembre.

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François Truffaut

10082008

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« Grandes traversées »

                        … Une série de France Culture

Grandes Traversées – Archives
par Serge Toubiana. réalisation : Manoushak Fashahi.
du lundi 28 juillet au vendredi 1er août

28 juillet – Le temps de la critique
29 juillet – Le roman autobiographique

30 juillet – La cause du cinéma
31 juillet – L’Homme Cinéma
1 août – L’après Truffaut

Grandes Traversées – Débats
par Serge Toubiana. réalisation : Manoushak Fashahi.
du lundi 28 juillet au vendredi 1er août

28 juillet – Le temps de la critique
29 juillet – Le roman autobiographique
30 juillet – La cause du cinéma

31 juillet – L’Homme Cinéma
1 août – L’après Truffaut


Grandes Traversées – Documentaire

12bentretiens.jpg   

La dernière partie de chaque épisode de cette série reprend
les célèbres entretiens Hitchcock /Truffaut.

par Serge Toubiana. réalisation : Manoushak Fashahi. du lundi 28 juillet au vendredi 1er août

28 juillet – Le temps de la critique
29 juillet – Le roman autobiographique
30 juillet – La cause du cinéma
31 juillet – L’Homme Cinéma
1 août – L’après Truffaut

émission du lundi 28 juillet 2008
Le Temps de la critique (1/5)

Comme chacun sait, François Truffaut a d’abord été un critique de cinéma. Il exerça son talent et sa verve polémique aux Cahiers du cinéma et à Arts, un hebdomadaire culturel dirigé par André Parinaud.
Ce temps de la critique occupa Truffaut de 1953 à 1958. Cinq ans à peine, durant lesquels il écrivit un très grand nombre d’articles, réalisa des entretiens, et mena des enquêtes. Toujours sur la brèche, volontiers mordant, mais aussi ardant défenseur de films et de cinéastes qu’il admirait : Renoir, Ophuls, Rossellini, Becker, Hitchcock, Sacha Guitry, et tant d’autres, Truffaut fut sans doute le meilleur critique de son temps. Dans de nombreuses archives radiophoniques, il s’explique sur son parcours de jeune cinéphile fréquentant très jeune la Cinémathèque française, sa rencontre décisive avec André Bazin, ses premiers écrits sur le cinéma.

« LE TEMPS DE LA CRITIQUE » archives 1/5
écouter l’émission:

http://www.toofiles.com/fr/oip/audios/mp3/francoistruffaut_archives28072008.html
« LE TEMPS DE LA CRITIQUE » débat 1/5
écouter l’émission:

http://www.toofiles.com/fr/oip/audios/mp3/francoistruffaut_dabat28072008.html

LE TEMPS DE LA CRITIQUE » documentaire 1/5 écouter l’émission:

 http://www.toofiles.com/fr/oip/audios/mp3/francoistruffaut_documentaire28072008.html

émission du mardi 29 juillet 2008
Le roman autobiographique 2/5

Avec Les Quatre Cents Coups dont le tournage débute en novembre 1958, François Truffaut raconte sa jeunesse, son enfance dans le quartier où il est né, Pigalle. Antoine Doinel, le personnage interprété par Jean-Pierre Léaud, c’est lui, Truffaut. Le film raconte ses démêlés familiaux, sa scolarité hasardeuse, ses fugues dans Paris, sa passion naissante du cinéma. Mais le personnage d’Antoine Doinel est aussi un autre, car il est indéniable que le jeune Jean-Pierre Léaud a mis tout son talent, sa gouaille et son charme pour faire de l’adolescent un vrai personnage de cinéma. Sélectionné au Festival de Cannes en mai 1958, Les Quatre Cents Coups connut aussitôt la gloire. Truffaut, l’ancien critique redouté, fut porté en triomphe. Sa vie professionnelle va dès lors changer du tout au tout. Sans qu’il le veuille, il devient le chef de file de la Nouvelle Vague.

émission du mardi 29 juillet 2008:

Le roman autobiographique (2/5)

« LE ROMAN AUTOBIOGRAPHIQUE » archives 2/5
écouter l’émission:

http://www.toofiles.com/fr/oip/audios/mp3/francoistruffaut_archives29072008.html
« LE ROMAN AUTOBIOGRAPHIQUE » débat 2/5

écouter l’émission:

http://www.toofiles.com/fr/oip/audios/mp3/francoistruffaut_dabat29072008.html
LE ROMAN AUTOBIOGRAPHIQUE » documentaire 2/5
écouter l’émission:
http://www.toofiles.com/fr/oip/audios/mp3/francoistruffaut_documentaire29072008.html

émission du mercredi 30 juillet 2008
La cause du cinéma 3/5

En février 1968, François Truffaut est en première ligne dans ce qu’on appelle l’Affaire Langlois. Le directeur de la Cinémathèque française, institution qu’il a créée en 1936, est révoqué par André Malraux, alors ministre de la Culture du Général de Gaulle. Truffaut, comme de très nombreux cinéastes, est outré, sur le fond comme sur la forme. Tout en tournant son film Baisers Volés, avec Jean-Pierre Léaud et Claude Jade, Truffaut se mobilise chaque soir, participe à des manifestations place du Trocadéro. Avec cette « affaire Langlois » Truffaut défend en fait la cause du cinéma. La seule qui compte à ses yeux. Quelque temps plus tard, le 17 mai 1968, pendant que les événements secouent la France entière (grèves ouvrières, manifestations d’étudiants), Truffaut se rend au Festival de Cannes, aux côtés de Godard et de quelques autres, pour interrompre le festival.

De 9 h à 10 h, de nombreuses archives permettent de comprendre comment Truffaut défendit cette cause du cinéma à travers quelques épisodes historiques comme l’interdiction du film de Jacques Rivette, La Religieuse, les manifestations de soutien à Langlois, les événements de Mai 68 à Cannes ou encore les États Généraux du cinéma français en mai-juin de cette même année. Avec les voix de Jacques Doniol-Valcroze, Jean-Luc Godard, Henri Langlois, Claude Chabrol, Alexandre Astruc, Jean Renoir, Jacques Rivette, Jean-Louis Bory, Robert Benayoun, Michel Polac, Jean-Pierre Léaud…

« LA CAUSE DU CINÉMA » archives 3/5
écouter l’émission:

http://www.divshare.com/download/11558764-df8

« LA CAUSE DU CINÉMA » débat 3/5
écouter l’émission

http://www.toofiles.com/fr/oip/audios/mp3/francoistruffaut_dabat30072008.html
documentaire 3/5
écouter l’émission:
http://www.toofiles.com/fr/oip/audios/mp3/francoistruffaut_documentaire30072008.html

émission du jeudi 31 juillet 2008
L’homme cinéma 4/5

François Truffaut, l’homme cinéma. Qu¿est-ce que cela veut dire ? Tout simplement, que Truffaut ne vécut que par et pour le cinéma. Sa vie fut tout entière dédiée à l’amour du cinéma, tournée, orientée vers cette passion exclusive. De ce fait, il a toujours ressenti le besoin et le plaisir de s’expliquer sur son travail, de ranger ses films dans un certain ordre narratif ou stylistique, de rendre compte de ses passions de spectateur et d’ancien critique de cinéma. Il parle aussi volontiers de sa méthode, du choix de ses sujets, de son travail méthodique avec plusieurs scénaristes qu’il met au travail simultanément :
Jean Gruault, Claude de Givray et Bernard Revon, ou
encore Jean-Louis Richard.

Au cours de nombreux entretiens radiophoniques, il passe son oeuvre en revue, toujours de manière lucide, avec un art de l’analyse ou de l’autoanalyse. On sent chez lui une forme d’inquiétude, d’insatisfaction, un souci de perfection.

Truffaut ou la recherche d’une harmonie

« L’HOMME CINÉMA » archives 4/5

écouter l’émission:

http://www.toofiles.com/fr/oip/audios/mp3/francoistruffaut_archives31072008.html

débat 4/5
écouter l’émission:

http://www.toofiles.com/fr/oip/audios/mp3/francoistruffaut_dabat31072008.html
« L’HOMME CINÉMA » documentaire 4/5

écouter l’émission:
http://www.toofiles.com/fr/oip/audios/mp3/francoistruffaut_documentaire31072008.html
L’après Truffaut 5/5

François Truffaut est mort le 21 octobre 1984, il y a près de vingt-cinq ans. Cette dernière matinée sera placée sous le signe de l’interrogation : que reste-t-il de son œuvre, de sa pensée du cinéma, de sa manière de concevoir le cinéma ? Quelles traces laisse-t-il ? Commencent-elles à s’effacer ? De quelle manière la nouvelle génération de cinéastes, qu’ils soient français ou étrangers, envisage-t-elle « l’héritage Truffaut » ?

De 9 h à 10 h, nous écouterons une archive passionnante au cours de laquelle Truffaut se livre de manière intime sur son travail de cinéaste, parlant de son scepticisme profond, de sa quête d’identité et de paternité. Il y évoque également le pouvoir du cinéma, un pouvoir dont il dit ne pas vouloir abuser.

« L’APRÈS TRUFFAUT » archives 5/5
écouter l’émission:

http://www.divshare.com/download/11557997-dda

« L’APRÈS TRUFFAUT » débat 5/5

 écouter l’émission:

http://www.divshare.com/download/11559535-a92
« L’APRÈS TRUFFAUT » documentaire 5/5

écouter l’émission:

http://www.toofiles.com/fr/oip/audios/mp3/francoistruffaut_documentaire01082008.html




« LE TOURTEAU » journal de bord

1072008

Ce journal raconte l’histoire au jour le jour d’un projet de film jusqu’à son aboutissement (?).

Ce film intitulé: « LE TOURTEAU »sera réalisé par Jean-Pierre et Thierry Clech

Voici la plaquette de présentation : letourteauplaquetteprsentation.ppt

 

Ce projet a débuté en 1996, lorsqu’après une réponse négative de la Commission d’avance sur recettes sur un scénario intitulé « Les Égarés », nous décidons d’adapter un projet de roman de Thierry .

Le premier scénario du « Tourteau » sera terminé quelques mois après.

Après l’avoir proposé en vain à divers producteurs, un ami, Wilhem Laligant, décide de le soumettre au CNC par l’intermédiaire de sa petite société de production.

La réponse sera négative, malgré une note de lecture plutôt positive.

De nouveau, nous contactons d’autres producteurs, sans succès…..

En 2005, Nicole Azzaro et Françoise Baslé , »Azzalé Films Production », acceptent d’essayer de monter le projet.

Nous commençons bien sûr par chercher des comédiens susceptibles d’attirer un financement des chaîne de télévision.

Sans grande conviction, car aucun nom ne nous enthousiasme véritablement.

En 2006, Nicole Azzaro présente le projet au CNC.

Réponse négative à nouveau, avec cette fois une note de lecture très sévère.

Réponses négatives également (ou bien pas de réponse) des « stars » contactées.

Nicole Azzaro tente néanmoins de suivre d’autres pistes de financement.

En vain.
Et surtout, aucun des castings que nous pouvons envisager ne nous satisfait vraiment.

Et puis la projection de 2 films:
un documentaire: « Au delà de la haine »,
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=110231.html
où l’ém
otion est d’une rare justesse, et un long métrage de fiction:

« Honor de cavalleria »:
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=111487.html

dans lequel les interprètes sont des comédiens non professionnels, et éblouissants (Don Quichotte et Sancho), nous incite à tenter de constituer le casting du  » TOURTEAU » avec exclusivement des personnes exerçant une activité professionnelle et ayant le désir de jouer la comédie.

En septembre 2007, nous diffusons alors sur des sites de casting, l’annonce suivante:

« Pour le tournage à Paris (été 2008) d’un long métrage dont l’action se déroule dans les bureaux d’une société à La Défense , nous recherchons pour tous les rôles des personnes travaillant en entreprise (cadres, assistantes…) et désireuses de jouer la comédie (ou ayant une petite expérience de comédien amateur).
Envoyer parcours professionnel, centres d’intérêts et photographies personnelles à :ltlefilm@orange.fr »

Nous recevons de très nombreuses réponses, dont certaines fort intéressantes. Nous décidons alors d’organiser une semaine d’ auditions.

Un ami assistant réalisateur, Nils Hamelin, vient nous rejoindre.

Une société de production nous prête des locaux , et le 5 novembre 2007 à 9h, nous recevons le premier « comédien » (devant une petite caméra vidéo).

Les auditions vont durer une semaine et nous enthousiasmer au delà de nos espérances.

En effet, en une semaine, nous réunissons les 3 rôles principaux, et presque tous les rôles secondaires.

rôlespetits rôles

  • cliquer sur la photo pour l’agrandir

Après avoir visionné ces premiers essais , nous décidons de faire jouer aux trois rôles principaux ( Thor Schenker, Alonso Leal Morado et Cindy Perthuis) des séquences entières avec un découpage, dans les conditions, bien que très rapides, proches d’un tournage.
Nous retrouvons donc les comédiens fin décembre 2007, avec cette fois un texte appris, dans les locaux toujours aimablement prêtés.

Les progrès accomplis et l’enthousiasme avec lequel ils se sont approprié leurs personnages nous émeut et nous conforte quant à l’avenir du projet.

essaisessais 2

  • cliquer sur la photo pour l’agrandir

Nous décidons alors de  faire un petit montage des scènes tournées aux essais. Nous obtenons un petit « film » de 15 minutes , ce qui, évidemment, nous donne très envie de continuer.

Nous organisons donc de nouvelles journées d’essais, avec cette fois le plupart des rôles secondaires.

Cette fois encore, nous mesurons la qualité et le potentiel ne nos comédiens
De nombreuses prises se terminent en fou-rire général.

Ce n’était que du bonheur.

Mais, nous avions mangé notre pain blanc !

Jusque là, le coût de cette « préparation » avoisinait les zéro euros.

Mais maintenant, ce film, il fallait  le produire, et là, nous avons vraiment commencé à attaquer la  la montagne !

En janvier 2008 nous revenons naturellement vers Nicole Azzaro et lui proposons le projet avec ce nouveau casting. Elle est toujours intéressée, d’autant qu’elle vient de quitter Azzalé Films Production pour monter sa propre société: Les Films du Hasard.

Elle contacte donc les principaux « guichets » de financement (chaines tv) ainsi que (quelques) distributeurs.

Les réponses tardent , et lorsqu’il y en a, elles sont négatives. Le printemps arrive et nous commençons à penser que le tournage n’aura pas lieu cet été là.

Nous  espérons néanmoins (naïvement) que peut-être nous pourrons tourner avant l’été 2009.

Nous décidons donc de tourner en secours les séquences extérieures d’été (Le Défense, Roissy…)  dans le but de les utiliser ultérieurement. 

Nous montons (avec l’aide précieuse de Gabriel Buret http://www.gabrielburet.com/) ces séquences avec les essais filmés des comédiens dans une petite vidéo, une sorte d’esquisse indiquant un peu la direction vers laquelle nous voulons emmener le film.

À la fin de l’été se présente l’opportunité de peut-être pouvoir tourner au Portugal les séquences d’intérieurs de bureaux.

En effet une société de production portugaise semble intéressée par le projet. 

Mais au bout de quelques semaines, plus de nouvelles!

Et puis, par l’intermédiaire de notre comédien principal, Thor Schenker, nous entrons en contact avec un homme d’affaires intéressé par le projet et désireux de participer au financement.

Mais la productrice montrant peu d’enthousiasme à le convaincre (c’est un euphémisme) et reportant sans cesse les rendez-vous, ce financier a fini par se lasser et retourner à ses affaires.

Après que Nicole Azzaro a fait capoter ce dernier espoir de pouvoir monter le film, nous décidons alors de quitter Les Films du Hasard, et de faire le deuil du projet. 

Deuil provisoire, car Thierry a alors l’ idée d’emprunter  une voie plus singulière .

Donc, toujours….

…À suivre……

 

 

 

 

 

 

 

 

 







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