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Les sirènes de la Fémis

12072010

L’école censée former les cinéastes de demain ne tient plus ses promesses. Après une fronde étudiante, un rapport cinglant, rédigé sous l’égide du cinéaste Claude Miller (alors président de la Fémis, avant l’arrivée de Raoul Peck) a fustigé ses choix pédagogiques.

Avec quels résultats ?

Mathilde Blottière Télérama 19 mai 2010.

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Photo : Léa Crespi pour Télérama

Les apprentis réalisateurs sont en colère : « Est-ce normal de sortir de la FEMIS sans savoir faire un champ-contrechamp ».

Au pied de la butte Montmartre, dans les anciens studios Pathé, investis en 1999 par la prestigieuse Fémis, École nationale supérieure des métiers de l’image et du son, tout semble étrangement calme. Le vaste paquebot de verre et de béton sort à peine d’une année particulièrement houleuse : mutinerie dans les rangs et vacance du poste clé de directeur des études, chargé de tracer la ligne pédagogique de l’école…

Tout commence au printemps 2009,

quand la vénérable institution affronte la première grève étudiante de son histoire. Groupés sous des banderoles rageuses (« Fémis : fournisseur exclusif de moutons pour l’industrie du cinéma »), les élèves appellent à des « états généreux » pour une refonte totale de l’école. Signes de la complexité de la crise : des mots d’ordre parfois contradictoires fustigent une infantilisation des étudiants tout en réclamant plus d’encadrement… Une pétition est lancée : « Nous entrons dans cette école avec des envies de cinéma, nous en sortons avec une impression de gâchis. » Paraphrasant le cinéaste Jean-Marie Straub, « les petits cons de la Fémis » veulent reprendre en main leur école. Fin 2009 tombe la petite bombe du rapport Miller. Rédigé, entre autres, par Pascale Ferran (Lady Chatterley) et Radu Mihaileanu (Le Concert), sous l’égide du président de la Fémis d’alors, le cinéaste Claude Miller, ce texte explosif passe au hachoir les options pédagogiques de la direction de l’école, décrite comme un nid à corporatismes, une structure inerte, incapable d’ouverture…

En janvier dernier, le cinéaste haïtien Raoul Peck succède à Claude Miller à la présidence, et calque son discours sur celui du directeur, Marc Nicolas. Lequel, controversé, est pourtant reconduit pour un intérim de six mois par le ministère de la Culture… La révolution n’a pas eu lieu, mais le malaise persiste : comment une grande école publique aussi réputée et bien dotée (10 millions d’euros de budget, une soixantaine de permanents et environ cinq cents professionnels intervenants), en est-elle arrivée là ?

Le malaise des élèves en réalisation

Sur les neuf filières de l’école (réalisation, scénario, son, image, montage, décor, scripte, distribution, exploitation), la « réa » demeure la plus prestigieuse et la plus prisée. A entendre ses élus, elle est pourtant celle qui fonctionne le moins bien. Selon Thomas, élève en dernière année, « la Fémis nous considère de facto comme des réalisateurs. On se retrouve à tourner des films autour desquels toute la pédagogie va ensuite s’articuler, sans avoir reçu d’autres cours que de vagues modules théoriques. Comment être à la fois cinéastes et apprentis ? »

“Est-ce normal de sortir de la Fémis
sans savoir faire un champ-contrechamp ?”

Jean-Paul Civeyrac, directeur du département réalisation depuis onze ans (Claire Simon le codirige depuis 2006) et en passe de quitter son poste, ne voit là aucune contradiction : « On apprend à faire des films en les faisant. Il n’y a pas de recettes. » Une ligne pédagogique jugée un peu rude par des élèves qui rejettent cette « vision romantique de l’auteur » et réclament un enseignement technique. « En ce moment, on est censés réaliser une fiction en 35 mm, explique Roy, en 3e année. Mais personne ne nous a jamais rien enseigné sur ce format. Du coup, on subit le savoir-faire des techniciens… » Lorsqu’il évoque ses années de formation, Stylianos, diplômé en 2005, a lui aussi la dent dure : «En quatre ans, on n’a pas eu un seul cours de découpage de scènes, les ateliers de direction d’acteurs sont très insuffisants et les analyses filmiques catastrophiques. Est-ce normal de sortir de la Fémis sans savoir faire un champ-contrechamp ? » Les élèves ne sont pas seuls à faire ce constat. Coauteur du rapport Miller, le producteur Jacques Bidou se dit effaré par la faiblesse du département réalisation. « Tout se passe comme si un metteur en scène pouvait faire l’économie d’un minimum de connaissances en matière de lumière, de mixage ou de scénario. Pourtant, sans ce bagage technique, il aura beau être inspiré, il ne pourra pas exercer son métier. »

Des réalisateurs invisibles dans le cinéma français


Alors que toute une génération de cinéastes renommés (Noémie Lvovsky, François Ozon, Emmanuel Mouret) est passée par les bancs de la Fémis, on cherche en vain, ces dernières années, le nom d’anciens élèves de la section réalisation au générique des films sortis en salles. En revanche, les sections scénario ou image ont récemment offert quelques noms prometteurs, comme Léa Fehner, scénariste diplômée en 2006 et auteure du remarqué Qu’un seul tienne et les autres suivront : « Je suis sortie de l’école avec un scénario de long métrage dans mon sac. C’est une chance inouïe que de pouvoir en écrire un pendant ses études. » Et de citer l’exemple de ses camarades scénaristes Céline Sciamma, réalisatrice de Naissance des pieuvres (2007), et Rebecca Zlotowski dont le premier long métrage, Belle Epine, est sélectionné à Cannes dans la Semaine de la critique. Les étudiants en réalisation, eux, n’ont pas de formation à l’écriture de scénario. « Ils doivent non seulement trouver un producteur qui accepte de leur donner du temps et de l’argent pour écrire, mais aussi apprendre à surmonter leur peur de la page blanche », explique Léa Fehner.

Labyrinthe administratif et dictature du planning


Autres sujets de mécontentement : la pesanteur administrative d’une école où l’on ne peut venir travailler le week-end qu’avec une triple autorisation et des emplois du temps si chargés qu’il est impossible d’y caser la moindre séance de cinéma. Marion, en 3e année de « réa », raconte l’une de ces aberrations : «Un jour, le cinéaste palestinien Elia Suleiman est venu pour parler du mixage de son dernier film. Je voulais assister à son intervention mais comme je ne suis pas une élève du département son, je n’en ai pas eu le droit…»

“Sortir une caméra, tourner la nuit ou
hors de Paris, c’est toute une affaire pour l’école.”

Légende ou anecdote véridique, une autre histoire circule dans les couloirs : lorsque Quentin Tarantino tournait à Paris Inglorious Basterds, il aurait proposé de montrer des rushs aux élèves. Proposition déclinée par la direction pour cause de non-conformité avec le planning… « Sortir une caméra, tourner la nuit ou hors de Paris, c’est toute une affaire à la Fémis, se souvient Stylianos. L’école pâtit finalement des mêmes défauts que le cinéma français : d’un côté, un système protégé, une école bien dotée, avec un discours qui encourage les prises de risque, de l’autre, une rigidité et une frilosité qui inhibent de fait la créativité. » Sont aussi pointés le peu de place fait à la cinéphilie et à l’histoire du cinéma au sein de l’école, son manque d’ouverture vers l’extérieur ou encore son faible effectif d’étudiants étrangers (dissuasifs, les frais de scolarité s’élèvent à 10 000 euros).

La griffe Fémis

Depuis sa naissance, ou presque, la Fémis traîne la sale réputation d’accoucher de caricatures de films d’auteurs, nombrilistes et parisianistes. La plupart des élèves récusent cette étiquette. Même si elle déplore la dimension trop littéraire du concours d’entrée, Léa Fehner se souvient surtout de la diversité des projets rencontrés. « Dans la même promo, l’histoire d’une femme confrontée à une saisie d’huissiers pouvait côtoyer un projet de film d’époque sur une courtisane ou une immersion documentaire dans le monde du bridge… »

Si l’on gratte un peu, on s’aperçoit toutefois que le style Fémis n’est pas qu’un fantasme. Le mode de production standardisé et l’obligation de respecter un cahier des charges très contraignant contribuent au formatage. « Le problème, c’est que ces contraintes sont d’ordre administratif et non pas esthétique, renchérit Stylianos. Pour des questions de conditions de production, il est toujours plus commode de faire un film sur l’inceste dans un appartement parisien qu’un polar en banlieue. »

La réponse de la direction

«A part ça, l’école va mal…», lance le directeur, Marc Nicolas, après avoir énuméré les dernières réussites de ses ouailles (dont le prix Louis-Delluc 2009 pour un premier film, décerné à Léa Fehner, ou encore la sélection de Coucou les nuages, court métrage de Vincent Cardona, à la Cinéfondation cannoise). « Les grands prix 2008 et 2009 du festival de Clermont sont des films de chez nous et la liste des élèves aux génériques de films présentés à Cannes est impressionnante ! » Très attaquée, la direction n’a pas l’intention de payer pour celles qui l’ont précédée. «Le malaise résulte d’un enlisement de problèmes anciens, déclare Marc Nico­las, qui refuse de voir dans la colère des étudiants une remise en cause fondamentale. Il n’y a pas de désaccord sur ce qui doit être enseigné mais comment l’enseigner. »

“Donner le pouvoir à un praticien du
cinéma, c’est prendre le risque de distinguer une chapelle.”

Et d’avancer les mesures déjà prises ou envisagées pour remédier aux problèmes : un allégement des programmes, la mise en place d’ateliers transdisciplinaires, le développement d’un scénario de long métrage dans le cursus des élèves réalisateurs… Face au rapport Miller, qui propose notamment de réorganiser la structure de la Fémis autour du directeur des études, le directeur défend son poste et sa légitimité. «Le rapport prétend que la fonction de directeur des études doit impérativement être assumée par un grand professionnel du cinéma. Mais donner le pouvoir à un praticien du cinéma, c’est prendre le risque de distinguer une chapelle, et ainsi de mettre en péril l’enseignement du cinéma dans sa diversité. Et puis on ne gère pas la Fémis comme on fait un film. »

La sortie de crise…

Pour le producteur Alain Rocca, la tutelle – le ministère de la Culture et le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) – a déjà raté une occasion de rénover la Fémis. « En choisissant Raoul Peck pour président, le ministère aurait dû nommer en même temps un nouveau directeur. » Les élèves frondeurs, eux, sont toujours sous le coup de la reconduction de Marc Nicolas à son poste. Celle-ci a beau être temporaire, ils l’ont reçue comme une gifle et ne comprennent toujours pas pourquoi la tutelle reste sourde à leurs revendications, pourtant approuvées lors d’un conseil d’administration. Mais quel que soit le nom du prochain patron de la rue Francoeur, la refonte de l’école est, à leurs yeux, une urgence : « Parce que le cinéma est en train de muter profondément, la Fémis ne peut se permettre de rester la tour d’ivoire qu’elle est devenue. » A bon entendeur…

Du gotha aux quotas ?

La Fémis : un repaire de fils et filles de ? Si le très sélectif concours d’entrée a toujours privilégié les milieux aisés, l’école le jure, ça va changer. Pour diversifier les profils socioculturels de ses étudiants, elle a lancé en 2008 un programme « Egalité des chances » à destination des élèves issus des zones d’éducation prioritaire. Conçu en partenariat avec la Fondation culture et diversité, il se décline en deux temps : des interventions d’enseignants et d’étudiants de la Fémis dans des lycées de ZEP et, pour les heureux boursiers admis sur dossier, un atelier estival intensif rue Francoeur. Le but ? Offrir à ces lycéens des clés pour maximiser leurs chances d’intégrer la prestigieuse école. Cette sensibilisation aux « réalités contemporaines du cinéma », à ses débouchés et à ses techniques (la réalisation d’un petit film de fiction est notamment au programme) s’inscrit clairement dans une optique professionnelle. En permettant à ces jeunes d’entrer dans le saint des saints, fût-ce le temps d’un atelier, il s’agit aussi de briser leur réflexe d’autocensure en leur montrant que la Fémis n’est pas inaccessible. L’été dernier, ils étaient quinze à suivre cet atelier. Combien d’entre eux seront sur les bancs de cette école à la rentrée 2010? La réponse devrait tomber ce mois-ci, avec les résultats du concours d’entrée.





RESPECTONS LES FILMS!!! lettre ouverte de François Ede

15102008

 

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« des nouvelles du cinéma  » se fait le relais de cette lettre ouverte.

François Ede, réalisateur, chef opérateur et restaurateur des films de Jacques Tati et Pierre Etaix notamment.

Films génétiquement modifiés.

Les films tournés en Scope et en 1,85 seront désormais recadrés en 14/9 (1:1,55) sur les chaînes du service public.

Jusqu’à présent les chaînes publiques diffusaient les films au format Scope avec des caches noirs en bas et en haut de l’image pour conserver la largeur du cadre (letterbox), ce n’était évidemment pas la panacée, mais au moins le format d’origine des films était respecté.

Le 21 août France 3 diffusait « Paris brûle-t-il ? » de René Clément. Ce film tourné en Cinémascope a été mutilé par recadrage dans un format qui n’a jamais existé au cinéma : le 14/9 ou 1:1,55 ! Le titre du générique début était devenu incomplet (on lisait en forme de rébus : .ARIS BRULE-T… !!!). Dans certains plans, les acteurs situés sur les bords du cadre étaient hors champ et en voix off.

J’ai donc envoyé un mail au service des téléspectateurs de la chaîne, qui une lunaison plus tard m’a retourné cette explication amphigourique : « Le format de diffusion de ce film est un compromis entre le format des écrans TV actuels et le format d’origine du film. En effet, France 3, chaîne généraliste et de service public, peut être amenée à modifier le format de diffusion de certains films afin que l’ensemble des téléspectateurs puisse bénéficier d’une meilleure vision » [1].

On reste évidemment ému d’une telle volonté de nous offrir une «  meilleure vision ». Les vrais amateurs de cinéma objecteront que je mène ici un combat d’arrière-garde, et qu’il faut aller voir les films au cinéma ou dans les cinémathèques.

C’est encore vrai pour quelques années, car les copies films vont progressivement disparaître. Les gros détenteurs de catalogues n’auront aucun scrupule à éditer leurs DVD, blue-ray ou films en téléchargement dans des formats adaptés à une « meilleure vision »pour mieux les vendre aux diffuseurs. Dans le passé de nombreux éditeurs et distributeurs ont mis sur le marché des versions « restaurées » avec un recadrage d’image, ou un son remixé en 5.1.

Puis est venue la « colorisation ». (On peut citer « Autant en emporte le vent » restauré en 1,85 dans les années 70, la version remixée de Vertigo et celle colorisée de «  Asphalt Jungle »). Qui sait encore que les premiers films parlants étaient au format 1,20 et qu’on ne peut plus les voir aujourd’hui qu’en 1,37 (en dehors de quelques restaurations de cinémathèque) ? La plupart des films muets ont subi le même sort.

Mais les méfaits du 14/9 ne s’arrêtent pas là. Quand vous regarderez un film au format classique (Academy) : 1:1,37, le rapport longueur largeur se trouvera modifié. Pour y parvenir, il faut déformer l’image en largeur, c’est une anamorphose électronique. On peut imaginer que bientôt les films de répertoire seront diffusés en 16/9 comme cela se fait déjà pour les documentaires utilisant des images d’archives. L’image sera déformée en largeur et tronquée en hauteur pour occuper toute la surface des écrans 16/9. Brigitte Bardot y gagnera deux tailles de tour de hanches, et le général de Gaulle n’en sortira pas grandi tout en perdant les étoiles de son képi. Il suffira de quelques années pour que des catalogues entiers d’oeuvres soient massacrés par des « restaurations » numériques et des « remasterisations » faites au mépris du respect des oeuvres et de leurs auteurs.

L’irruption discrète du format 14/9, sur lequel les chaînes se sont abstenues de communiquer, produira inévitablement ce type d’effets pervers. Tout cela m’ayant échauffé la bile, j’ai poussé plus loin mes investigations et j’ai appris qu’il existe une recommandation FICAM/CST. [2] Cette recommandation (qui n’est donc pas une obligation pour les diffuseurs), autorise de surcroît une dispense pour les formats 1:1,85 et 2,35. Cette dispense figure en caractères minuscules au bas d’un tableau et est ainsi formulée : « Valeur qui peut être modifiée sur demande de recadrage spécifique du diffuseur ».

Il est clair que cette recommandation pour la diffusion des films de cinéma autorise les diffuseurs à faire à peu près tout et n’importe quoi, et comme ils n’attendaient que ça, ils se sont donc engouffrés dans la brèche. On appréciera le caractère ubuesque d’une recommandation qui instaure une règle où l’image de cinéma est traitée comme un chewing-gum optique.

Vous êtes donc invités à faire circuler ce texte le plus largement possible parmi les organisations professionnelles de réalisateurs, de techniciens et de producteurs. Les sociétés d’auteurs et les ayants droits devraient se trouver au premier rang de ce combat, car cette affaire touche au respect des œuvres et au droit moral des auteurs.

François EDE
Réalisateur et chef opérateur.

En vue d’une pétition, vous pouvez communiquer vos noms, professions & adresses mail à :

f.ede@laposte.net

 

 


[1] Service des téléspectateurs de France 3 : [[france3.telespectateur srt.francetelevisions.fr
[2] Les recommandations FICAM/CST sont téléchargeables sur le site de la CST : http://www.cst.fr/spip.php ?article56. Vous pouvez me communiquer vos noms, professions et adresses mail dans la perspective de déposer une pétition. 

« des nouvelles du cinéma  » se fait le relais de cette lettre ouverte.

François Ede, réalisateur, chef opérateur et restaurateur des films de Jacques Tati et Pierre Etaix notamment.

Films génétiquement modifiés.

Les films tournés en Scope et en 1,85 seront désormais recadrés en 14/9 (1:1,55) sur les chaînes du service public.

Jusqu’à présent les chaînes publiques diffusaient les films au format Scope avec des caches noirs en bas et en haut de l’image pour conserver la largeur du cadre (letterbox), ce n’était évidemment pas la panacée, mais au moins le format d’origine des films était respecté.

Le 21 août France 3 diffusait « Paris brûle-t-il ? » de René Clément. Ce film tourné en Cinémascope a été mutilé par recadrage dans un format qui n’a jamais existé au cinéma : le 14/9 ou 1:1,55 ! Le titre du générique début était devenu incomplet (on lisait en forme de rébus : .ARIS BRULE-T… !!!). Dans certains plans, les acteurs situés sur les bords du cadre étaient hors champ et en voix off.

J’ai donc envoyé un mail au service des téléspectateurs de la chaîne, qui une lunaison plus tard m’a retourné cette explication amphigourique : « Le format de diffusion de ce film est un compromis entre le format des écrans TV actuels et le format d’origine du film. En effet, France 3, chaîne généraliste et de service public, peut être amenée à modifier le format de diffusion de certains films afin que l’ensemble des téléspectateurs puisse bénéficier d’une meilleure vision » [1].

On reste évidemment ému d’une telle volonté de nous offrir une «  meilleure vision ». Les vrais amateurs de cinéma objecteront que je mène ici un combat d’arrière-garde, et qu’il faut aller voir les films au cinéma ou dans les cinémathèques.

C’est encore vrai pour quelques années, car les copies films vont progressivement disparaître. Les gros détenteurs de catalogues n’auront aucun scrupule à éditer leurs DVD, blue-ray ou films en téléchargement dans des formats adaptés à une « meilleure vision »pour mieux les vendre aux diffuseurs. Dans le passé de nombreux éditeurs et distributeurs ont mis sur le marché des versions « restaurées » avec un recadrage d’image, ou un son remixé en 5.1.

Puis est venue la « colorisation ». (On peut citer « Autant en emporte le vent » restauré en 1,85 dans les années 70, la version remixée de Vertigo et celle colorisée de «  Asphalt Jungle »). Qui sait encore que les premiers films parlants étaient au format 1,20 et qu’on ne peut plus les voir aujourd’hui qu’en 1,37 (en dehors de quelques restaurations de cinémathèque) ? La plupart des films muets ont subi le même sort.

Mais les méfaits du 14/9 ne s’arrêtent pas là. Quand vous regarderez un film au format classique (Academy) : 1:1,37, le rapport longueur largeur se trouvera modifié. Pour y parvenir, il faut déformer l’image en largeur, c’est une anamorphose électronique. On peut imaginer que bientôt les films de répertoire seront diffusés en 16/9 comme cela se fait déjà pour les documentaires utilisant des images d’archives. L’image sera déformée en largeur et tronquée en hauteur pour occuper toute la surface des écrans 16/9. Brigitte Bardot y gagnera deux tailles de tour de hanches, et le général de Gaulle n’en sortira pas grandi tout en perdant les étoiles de son képi. Il suffira de quelques années pour que des catalogues entiers d’oeuvres soient massacrés par des « restaurations » numériques et des « remasterisations » faites au mépris du respect des oeuvres et de leurs auteurs.

L’irruption discrète du format 14/9, sur lequel les chaînes se sont abstenues de communiquer, produira inévitablement ce type d’effets pervers. Tout cela m’ayant échauffé la bile, j’ai poussé plus loin mes investigations et j’ai appris qu’il existe une recommandation FICAM/CST. [2] Cette recommandation (qui n’est donc pas une obligation pour les diffuseurs), autorise de surcroît une dispense pour les formats 1:1,85 et 2,35. Cette dispense figure en caractères minuscules au bas d’un tableau et est ainsi formulée : « Valeur qui peut être modifiée sur demande de recadrage spécifique du diffuseur ».

Il est clair que cette recommandation pour la diffusion des films de cinéma autorise les diffuseurs à faire à peu près tout et n’importe quoi, et comme ils n’attendaient que ça, ils se sont donc engouffrés dans la brèche. On appréciera le caractère ubuesque d’une recommandation qui instaure une règle où l’image de cinéma est traitée comme un chewing-gum optique.

Vous êtes donc invités à faire circuler ce texte le plus largement possible parmi les organisations professionnelles de réalisateurs, de techniciens et de producteurs. Les sociétés d’auteurs et les ayants droits devraient se trouver au premier rang de ce combat, car cette affaire touche au respect des œuvres et au droit moral des auteurs.

François EDE
Réalisateur et chef opérateur.

En vue d’une pétition, vous pouvez communiquer vos noms, professions & adresses mail à :

f.ede@laposte.net

 

 


[1] Service des téléspectateurs de France 3 : [[france3.telespectateur srt.francetelevisions.fr
[2] Les recommandations FICAM/CST sont téléchargeables sur le site de la CST : http://www.cst.fr/spip.php ?article56. Vous pouvez me communiquer vos noms, professions et adresses mail dans la perspective de déposer une pétition. 




Films bio : Coluche, Mesrine et l’effet musée Grévin

15102008

Par Olivier de Bruyn  13/10/2008

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À une semaine d’intervalle sortent deux biographies filmées. Pourquoi cet emballement pour un genre longtemps boudé ? Films bio : Coluche, Mesrine et l’effet musée Grévin
À gauche, l’amuseur en salopettes, reconverti, le temps d’une saison, en homme politique provoc’ semant un bordel monstre lors de l’élection présidentielle de 1981.

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À droite, l’ennemi public numéro un, incarnation de la rébellion incontrôlable, pourfendeur des quartiers de haute sécurité et traqué par la police pendant plus de quinze ans, avant de finir exécuté Porte de Clignancourt.

Au centre, deux gros films français sortant sur les écrans à une semaine d’intervalle et objet d’une promotion en béton armé dans les médias. Jolie bataille industrielle franco-française qui agite le mois d’octobre, avant que, le 29 du même mois, déboule dans les salles le très attendu « W », d’Oliver Stone, consacré à Bush Junior. Mais, pour l’heure, restons chez nous.

Biopic, mon amour

Depuis le succès international de « La Môme », les projets de « biopics » hexagonaux s’amoncellent et ce n’est évidemment pas un hasard. Ainsi, Yves Montand, Serge Gainsbourg, Romy Schneider, Sœur Sourire et Coco Chanel (ouf !) connaîtront bientôt un nouveau destin (lucratif ?) sur les écrans. Gros budgets à la clé et « stars » dévoilant leurs spectaculaires métamorphoses en haut de l’affiche : les ingrédients du film bio certifié conforme sont connus depuis des lustres. Concernant le résultat, tout dépend, bien entendu, de la manière de concocter la sauce.

Anne Fontaine vient d’entamer le tournage de « Coco avant Chanel », une biographie libre qui, comme son titre l’indique, cherche à mettre en scène l’égérie avant sa consécration. Dans le rôle-titre, Audrey Tautou, comédienne talentueuse et « bankable », dont la notoriété dépasse les frontières françaises (atout considérable pour le destin international du film). Anne Fontaine explique le phénomène du « nouveau biopic »:

« Depuis le triomphe de “La Môme”, le biopic, jusqu’alors considéré avec dédain en France, a le vent en poupe. Il y a probablement une nostalgie des grands destins et un effet de mode. Personnellement, je déteste l’imitation, les performances, le maquillage et le surmaquillage. Or souvent, les biopics semblent produits pour rafler des récompenses aux césars et aux oscars. Des films de prestige où l’acteur importe au moins autant que son personnage et où la subtilité ne règne pas toujours en maître. Dans mon film, j’espère éviter ces pièges : il y a un point de vue et une histoire singulière. »

Imitation, piège à… ?

Et dans « Coluche » d’Antoine de Caunes ? Et dans « Mesrine » de Jean-François Richet ? Quid de la performance, de l’imitation, du point de vue ? Rendons grâce aux instigateurs du projet consacré à l’inventeur des restos du cœur : plutôt que de retracer par le menu l’existence de leur modèle, ils ont taillé dans sa vie compliquée et n’ont retenu que les huit mois précédant l’élection de 1981. Période où le trublion s’impose sur la scène médiatico-politique, grimpe sur la cime des sondages, noue des alliances parfois discutables et finit écrasé par la censure et sa propre invention agit-prop. (Voir la vidéo)
A gauche, l’amuseur en salopettes, reconverti, le temps d’une saison, en homme politique provoc’ semant un bordel monstre lors de l’élection présidentielle de 1981.

A droite, l’ennemi public numéro un, incarnation de la rébellion incontrôlable, pourfendeur des quartiers de haute sécurité et traqué par la police pendant plus de quinze ans, avant de finir exécuté Porte de Clignancourt.

Au centre, deux gros films français sortant sur les écrans à une semaine d’intervalle et objet d’une promotion en béton armé dans les médias. Jolie bataille industrielle franco-française qui agite le mois d’octobre, avant que, le 29 du même mois, déboule dans les salles le très attendu « W », d’Oliver Stone, consacré à Bush Junior. Mais, pour l’heure, restons chez nous.

Biopic, mon amour

Depuis le succès international de « La Môme », les projets de « biopics » hexagonaux s’amoncellent et ce n’est évidemment pas un hasard. Ainsi, Yves Montand, Serge Gainsbourg, Romy Schneider, Sœur Sourire et Coco Chanel (ouf !) connaîtront bientôt un nouveau destin (lucratif ?) sur les écrans. Gros budgets à la clé et « stars » dévoilant leurs spectaculaires métamorphoses en haut de l’affiche : les ingrédients du film bio certifié conforme sont connus depuis des lustres. Concernant le résultat, tout dépend, bien entendu, de la manière de concocter la sauce.

Anne Fontaine vient d’entamer le tournage de « Coco avant Chanel », une biographie libre qui, comme son titre l’indique, cherche à mettre en scène l’égérie avant sa consécration. Dans le rôle-titre, Audrey Tautou, comédienne talentueuse et « bankable », dont la notoriété dépasse les frontières françaises (atout considérable pour le destin international du film). Anne Fontaine explique le phénomène du « nouveau biopic »:

« Depuis le triomphe de “La Môme”, le biopic, jusqu’alors considéré avec dédain en France, a le vent en poupe. Il y a probablement une nostalgie des grands destins et un effet de mode. Personnellement, je déteste l’imitation, les performances, le maquillage et le surmaquillage. Or souvent, les biopics semblent produits pour rafler des récompenses aux césars et aux oscars. Des films de prestige où l’acteur importe au moins autant que son personnage et où la subtilité ne règne pas toujours en maître. Dans mon film, j’espère éviter ces pièges : il y a un point de vue et une histoire singulière. »

Imitation, piège à… ?

Et dans « Coluche » d’Antoine de Caunes ? Et dans « Mesrine » de Jean-François Richet ? Quid de la performance, de l’imitation, du point de vue ? Rendons grâce aux instigateurs du projet consacré à l’inventeur des restos du cœur : plutôt que de retracer par le menu l’existence de leur modèle, ils ont taillé dans sa vie compliquée et n’ont retenu que les huit mois précédant l’élection de 1981. Période où le trublion s’impose sur la scène médiatico-politique, grimpe sur la cime des sondages, noue des alliances parfois discutables et finit écrasé par la censure et sa propre invention agit-prop.

(Voir la vidéo) http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18831901&cfilm=119023.html

« Un bon film met en lumière des contradictions, explique Edouard De Vezines, le producteur :

« Nos choix ne sont peut-être pas les plus évidents commercialement -d’ailleurs TF1 ou M6 ne se sont pas battus pour nous financer- mais nous désirions absolument avoir un point de vue. Nous avons choisi un Coluche ambigu, affligé par des problèmes dans sa vie privée et publique. »

Programme alléchant, mais… résultat incertain. Si le scénario retrace avec minutie l’aventure de la présidentielle et donne à voir les ambivalences de Coluche, il reste malheureusement à la surface de son beau sujet. Les scènes se succèdent, certaines bien artificielles (notamment quand le comique s’ébroue sur scène), et les seconds-rôles incarnant Jacques Attali (Denis Podalydès), le professeur Choron et consorts semblent obsédés par la ressemblance mimétique avec leurs modèles, à un doigt de la caricature.

Comédiens en pleine lumière

Sous les traits de Coluche -enjeu fondamental de l’affaire- un autre comique, aujourd’hui populaire : François-Xavier Demaison. Faut-il s’en étonner ? Pas sûr. Le cinéma français de poids, depuis quelques années, doit quelques-uns de ses plus grands succès à des comédiens « venus d’ailleurs », reconnus pour leurs prestations scéniques ou cathodiques et n’appartenant pas au sérail. Faites rire ailleurs et les financiers vous plébisciteront ! Jean Dujardin, Jamel Debbouze, Franck Dubosc, Gad Elmaleh, Dany Boon sont aujourd’hui parmi les comédiens les plus demandés dans l’Hexagone.

De la même manière, la présence de Vincent Cassel dans le rôle de Mesrine n’étonne pas, malgré les flops ( « Blueberry », « Sa majesté Minor »…) essuyés par l’acteur au sacro-saint box-office. Attaché au projet depuis des années, Cassel a menacé de renoncer, quand un premier script (signé Barbet Schroeder et Guillaume Laurant) n’a pas eu l’heur de lui convenir. Oui mais voilà : dans l’économie du « biopic » (surtout quand il est aussi un blockbuster), l’acteur a souvent le dernier mot.

(Voir la vidéo) http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18836889.html

Exit, donc, le projet initial. Et bonjour Jean-François Richet, réalisateur qui, depuis ses premières armes dans le film-fauché (« Etat des lieux », brûlot sur la banlieue), a roulé sa bosse, y compris à Hollywood (« Assaut sur le Central 13 »).

Tout ça pour quoi ?

Enorme production divisée en deux parties (le second volet sort le 19 novembre), déjà vendue dans de nombreux pays suite à la présentation en fanfare d’un quart d’heure d’images lors du dernier festival de Cannes (plus de dix millions d’euros engrangés), « Mesrine » avance tel un mastodonte, prêt à tout écraser sur son passage.

De « Télérama » à « Studio », pour en rester à la presse écrite, impossible à quinze jours de la sortie en salles, d’échapper aux interviews de Cassel, revenant par le menu sur son implication et ses hallucinantes transformations (vingt kilos en sus pour les besoins de la cause).

Oui, mais le film ? Si Richet et ses collaborateurs évitent l’hagiographie et l’« héroïsation », ils semblent avant tout préoccupés de signer un film d’action efficace, à base de casses, évasions, coups foireux, agitation tous azimuts. Si plusieurs séquences font preuve d’efficacité, le contexte politique de l’affaire et l’ambiguïté de Mesrine n’apparaissent qu’en filigrane. Frustrant.

Quant au reste du mirobolant casting, il s’en tire avec plus ou moins de bonheur. Si Mathieu Amalric (François Besse) convainc, Depardieu, Lanvin, Ludivine Sagnier ou Cécile De France ne semblent pas toujours très à l’aise sous leurs postiches et déguisements d’époque.

Ultime phénomène troublant dans le registre « musée Grévin » : la présence de l’excellent Olivier Gourmet dans le rôle du commissaire Broussard et de son collier de barbe. Joli travail du maquilleur qui rappelle celui effectué dans « Coluche, l’histoire d’un mec », où le rôle de l’omnipotent impresario du comique est interprété par un certain… Olivier Gourmet. Le monde du « biopic », terre de surprises ? Euh…

Coluche, l’histoire d’un mec En salles le 15 octobre.

Mesrine, l’instinct de mort En salles le 22 octobre. « Mesrine, l’ennemi public n°1 ». En salles le 19 novembre.

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RESPECTONS LES FILMS!!! lettre ouverte de François Ede

9102008

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« des nouvelles du cinéma  » se fait le relais de cette lettre ouverte.

François Ede, réalisateur, chef opérateur et restaurateur des films de Jacques Tati et Pierre Etaix notamment.

Films génétiquement modifiés.

Les films tournés en Scope et en 1,85 seront désormais recadrés en 14/9 (1:1,55) sur les chaînes du service public.

Jusqu’à présent les chaînes publiques diffusaient les films au format Scope avec des caches noirs en bas et en haut de l’image pour conserver la largeur du cadre (letterbox), ce n’était évidemment pas la panacée, mais au moins le format d’origine des films était respecté.

Le 21 août France 3 diffusait « Paris brûle-t-il ? » de René Clément. Ce film tourné en Cinémascope a été mutilé par recadrage dans un format qui n’a jamais existé au cinéma : le 14/9 ou 1:1,55 ! Le titre du générique début était devenu incomplet (on lisait en forme de rébus : .ARIS BRULE-T… !!!). Dans certains plans, les acteurs situés sur les bords du cadre étaient hors champ et en voix off.

J’ai donc envoyé un mail au service des téléspectateurs de la chaîne, qui une lunaison plus tard m’a retourné cette explication amphigourique : « Le format de diffusion de ce film est un compromis entre le format des écrans TV actuels et le format d’origine du film. En effet, France 3, chaîne généraliste et de service public, peut être amenée à modifier le format de diffusion de certains films afin que l’ensemble des téléspectateurs puisse bénéficier d’une meilleure vision » [1].

On reste évidemment ému d’une telle volonté de nous offrir une «  meilleure vision ». Les vrais amateurs de cinéma objecteront que je mène ici un combat d’arrière-garde, et qu’il faut aller voir les films au cinéma ou dans les cinémathèques.

C’est encore vrai pour quelques années, car les copies films vont progressivement disparaître. Les gros détenteurs de catalogues n’auront aucun scrupule à éditer leurs DVD, blue-ray ou films en téléchargement dans des formats adaptés à une « meilleure vision »pour mieux les vendre aux diffuseurs. Dans le passé de nombreux éditeurs et distributeurs ont mis sur le marché des versions « restaurées » avec un recadrage d’image, ou un son remixé en 5.1.

Puis est venue la « colorisation ». (On peut citer « Autant en emporte le vent » restauré en 1,85 dans les années 70, la version remixée de Vertigo et celle colorisée de «  Asphalt Jungle »). Qui sait encore que les premiers films parlants étaient au format 1,20 et qu’on ne peut plus les voir aujourd’hui qu’en 1,37 (en dehors de quelques restaurations de cinémathèque) ? La plupart des films muets ont subi le même sort.

Mais les méfaits du 14/9 ne s’arrêtent pas là. Quand vous regarderez un film au format classique (Academy) : 1:1,37, le rapport longueur largeur se trouvera modifié. Pour y parvenir, il faut déformer l’image en largeur, c’est une anamorphose électronique. On peut imaginer que bientôt les films de répertoire seront diffusés en 16/9 comme cela se fait déjà pour les documentaires utilisant des images d’archives. L’image sera déformée en largeur et tronquée en hauteur pour occuper toute la surface des écrans 16/9. Brigitte Bardot y gagnera deux tailles de tour de hanches, et le général de Gaulle n’en sortira pas grandi tout en perdant les étoiles de son képi. Il suffira de quelques années pour que des catalogues entiers d’oeuvres soient massacrés par des « restaurations » numériques et des « remasterisations » faites au mépris du respect des oeuvres et de leurs auteurs.

L’irruption discrète du format 14/9, sur lequel les chaînes se sont abstenues de communiquer, produira inévitablement ce type d’effets pervers. Tout cela m’ayant échauffé la bile, j’ai poussé plus loin mes investigations et j’ai appris qu’il existe une recommandation FICAM/CST. [2] Cette recommandation (qui n’est donc pas une obligation pour les diffuseurs), autorise de surcroît une dispense pour les formats 1:1,85 et 2,35. Cette dispense figure en caractères minuscules au bas d’un tableau et est ainsi formulée : « Valeur qui peut être modifiée sur demande de recadrage spécifique du diffuseur ».

Il est clair que cette recommandation pour la diffusion des films de cinéma autorise les diffuseurs à faire à peu près tout et n’importe quoi, et comme ils n’attendaient que ça, ils se sont donc engouffrés dans la brèche. On appréciera le caractère ubuesque d’une recommandation qui instaure une règle où l’image de cinéma est traitée comme un chewing-gum optique.

Vous êtes donc invités à faire circuler ce texte le plus largement possible parmi les organisations professionnelles de réalisateurs, de techniciens et de producteurs. Les sociétés d’auteurs et les ayants droits devraient se trouver au premier rang de ce combat, car cette affaire touche au respect des œuvres et au droit moral des auteurs.

François EDE
Réalisateur et chef opérateur.

En vue d’une pétition, vous pouvez communiquer vos noms, professions & adresses mail à :

f.ede@laposte.net

 

 


[1] Service des téléspectateurs de France 3 : [[france3.telespectateur srt.francetelevisions.fr
[2] Les recommandations FICAM/CST sont téléchargeables sur le site de la CST : http://www.cst.fr/spip.php ?article56. Vous pouvez me communiquer vos noms, professions et adresses mail dans la perspective de déposer une pétition. 




un article paru sur le site « RUE 89″ bien éclairant

29062008

« Biopics » et ringardises:

quand cinéma français radote

 

 

Sylvie Testud (à droite) incarne Françoise Sagan (DR).

Vous avez aimé « Sagan »? Peut-être aimerez-vous alors Coco Chanel, Coluche, Mesrine, Montand, tous bientôt sur vos écrans. Vous appréciez les comédies puisant dans le patrimoine de la variété franchouillarde? Peut-être adorerez-vous « La Personne aux deux personnes » où Alain Chabat mêle blagues potaches et exploitation des chansons ringardes. Le cinéma français radote-t-il?

Ce n’est plus une vague mais une déferlante. Depuis le triomphe de « La Môme », ses millions d’entrées et son Oscar pour Marion Cotillard, le cinéma français ne cesse de mettre en images le destin de ses illustres personnages. La tradition du « biopic » appartient historiquement au patrimoine américain (ces dernières années, nous avons eu « Ali », « Ray » ou « Walk the line », la bio de Johnny Cash). Mais alors qu’on annonce la sortie automnale de « W », fiction sulfureuse sur Bush Junior signée Oliver Stone, et le tournage prochain d’un « Mandela » (avec Clint Eastwood aux manettes), les producteurs de l’Hexagone, voyant la vie en rose depuis le sacre de Cotillard, multiplient à leur tour les projets.

Le succès de « La Môme » a donné des idées…et favorisé l’ouverture des tiroirs-caisses

Après le très light « Spaggiari » (« Sans arme, ni haine, ni violence ») de Jean-Paul Rouve et « Sagan », le film (à l’origine téléfilm) un rien scolaire de Diane Kurys, porté par Sylvie Testud (bientôt interprète de Louise Michel sur le petit écran), la rentrée verra les sorties quasi-concomitantes de « Coluche » et du premier volet des deux « Mesrine », avec, dans le rôle-titre, un Vincent Cassel qui, pour l’occasion, a pris son poids de kilos en trop. Un bouleversement physiologique spectaculaire, en accord avec les codes esthétiques souvent ostentatoires du « biopic ».

Pas de doute: le succès de « La Môme » a donné des idées. Et favorisé l’ouverture des tiroirs-caisses… Le genre, il est vrai, a tout pour séduire les financiers et les chaînes de télévision, partenaires incontournables du cinéma à vocation ultra-populaire. Pourquoi? Primo, l’intérêt supposé du public pour la « fictionnalisation » des grandes figures de leur temps. Dans la ligne de mire, des entrées en salles conséquentes, puis un audimat mirifique à l’heure de la diffusion cathodique.

Ensuite, l’engouement des comédiens phares de l’Hexagone (incontournables pour le financement des gros budgets), ravis d’incarner les destins « bigger than life » des célébrités d’autrefois. Les acteurs « bankables » (Vincent Cassel en Mesrine, Audrey Tautou en Chanel) ou les comiques en vue -ces derniers très convoités depuis l’avènement cinématographique de Jamel Debbouze, Gad Elmaleh ou Jean Dujardin- se voient ainsi offrir l’opportunité d’interpréter des rôles « énormes », idéaux pour la consolidation de leur CV. En toute logique, on peut s’attendre à lire beaucoup de commentaires, dans les mois qui viennent, sur les métamorphoses de François-Xavier Demaison, alias le Coluche de fiction.

Formatage et… potentiel commercial à l’exportation

Cette prédominance de l’acteur pose parfois problème et (refrain connu mais hélas inusable) invite au formatage. Lesdits comédiens ont en effet inévitablement un droit de regard sur le scénario. C’est ainsi que le premier script de « Mesrine » (élaboré par Barbet Schroeder et Guillaume Laurant), considéré trop noir et complexe, fut disqualifié.

Enfin, autre explication à l’embellie du « biopic » tricolore, le potentiel commercial à l’exportation. Interprétés par des stars et véhiculant une certaine image du prestige national, les films en question peuvent séduire à l’étranger. Les projets encore en germe consacrés à Yves Montand ou Romy Schneider ne démentiront probablement pas le pronostic…

« Biopic » superstar? Cas d’école: Coco Chanel. Deux fictions sont actuellement en préparation. L’une, signée Anne Fontaine, débutera son tournage à la rentrée. Carole Scotta, sa productrice, précise:

« Le film ne s’apparente pas à un ‘biopic’ traditionnel. Il traite les années de l’avant-célèbrité et nous en avions conçu le principe avant le succès de ‘La Môme’. Cela dit, son financement a été incontestablement favorisé par le triomphe du film d’Olivier Dahan. D’autre part, la présence d’Audrey Tautou a bien sûr été déterminante pour convaincre les financiers… »

L’autre, en pré-production, sera réalisé par Danièle Thompson, scénariste et réalisatrice habituée aux succès populaires (« La Bûche », « Décalage horaire »). Bref, en attendant la possible guerre des Chanel, on n’en a pas fini avec la bio filmée made in France. Avec ses recettes prévisibles, ses effets « musée Grévin » redoutables et, bien sûr, ses éventuelles bonnes surprises (on est curieux de découvrir le film sur Gainsbourg réalisé par le dessinateur Joan Sfar). Jusqu’à quand? Jusqu’à une éventuelle succession d’échecs au box-office qui épuiseront ce filon-là, après d’autres.

Comédie loufoque et patrimoine variété, l’overdose…

Evénements saugrenus et changement radical d’identité… Suite à un accident de voiture pourtant mortel, le dénommé Gilles Gabriel (Alain Chabat), ex-chanteur de variété, ne meurt pas complètement. Son esprit et sa voix se retrouvent en effet dans la peau de Jean-Christian Ranu (Daniel Auteuil), un terne employé de bureau. L’argument de « La Personne aux deux personnes » ne vous rappelle rien? Si, bien sûr. Depuis le succès de l’épatant « Dans la peau de John Malkovich » (de Spike Jonze), la comédie fantastique dopée aux hormones surréalistes est à la mode un peu partout. La France accompagne le mouvement.

Dans « Jean-Philippe », il y a peu, Fabrice Luchini, suite à un coup de poing dans la tronche, se réveillait toujours avec la sienne (de tronche), mais à l’intérieur, s’agitaient l’âme et la mémoire d’un certain Johnny Hallyday. Récemment, dans « Les Deux mondes », Benoît Poelvoorde (acteur bankable entre tous) était lui aussi pourvu d’une double identité lui permettant des voyages spatio-temporels abracadabrants. « La Personne aux deux personnes », signé Bruno et Nicolas (pseudos « rigolos » de deux jeunes auteurs issus de l’école Canal +) bégaye le geste de ses prédécesseurs.

Bégaiement double, si l’on ose dire, puisque le film tambouille une seconde recette aujourd’hui fort prisée dans l’Hexagone: l’exploitation du patrimoine seventies franchouillard, à base de ringardisme assumé et de ritournelles de variété ad hoc. Une veine commercialement féconde où se sont illustrés, entre autres, le sympathique « Quand j’étais chanteur » (Xavier Giannoli) et l’effrayant « Disco » (Fabien Onteniente). On notera -autre signe d’époque- que la promo de « La Personne aux deux personnes » est orchestrée sur le Net où les vraies-fausses vidéos des « succès » de Gilles Gabriel (dont le déjà culte « Flou de toi »), triomphent sur Dailymotion et YouTube. Engouement qui ne prédit rien de mauvais pour les résultats à venir du film.

A la fin de « La Personne aux deux personnes », ultime symptôme du formatage, un second accident de bagnole provoque un pseudo-rebondissement. Quelle est la nouvelle victime? Joeystarr, bien sûr, dont l’apparition en guest-star éructante est en passe de devenir un nouveau tic du cinéma français. La preuve: ledit Joey incarnait un rôle similaire, il y a quelques semaines, dans « Passe-Passe », de Tonie Marshall. Vite, de l’air!

Sagan de Diane Kurys – avec Sylvie Testud, Jeanne Balibar, Pierre Palmade.
La Personne aux deux personnes de Bruno et Nicolas – avec Alain Chabat et Daniel Auteuil.







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