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Le court-métrage coincé entre perfusion du CNC et système D

12022011

Par Hélène_David | Rue89 | 10/02/2011

Jusqu’au 12 février se tient à Clermont-Ferrand le Festival international du court-métrage. Cette année, 80 films ont été sélectionnés en compétition internationale, 63 en compétition nationale, et 40 en compétition labo, la scène dédiée aux « œuvres détonantes, littéralement hors du ton ».

Le court-métrage, c’est une industrie à deux vitesses : parmi les films projetés à Clermont, on trouve des films financés de manière classique et encadrée, et d’autres qui restent largement sous-financés et bénéficient de l’aide d’associations ou simplement de la bonne volonté d’une bande d’amis.

La sélection nationale de Clermont-Ferrand a puisé parmi 1 400 candidatures de films faits en France. Officiellement pourtant, seulement 675 courts-métrages existent aux yeux du Centre national du cinéma (CNC) : c’est le nombre de films courts qui ont obtenu un visa du CNC en 2010.

10,8 millions d’euros du CNC en 2010

En 2010, le CNC a aidé le secteur du court-métrage à hauteur de 10,8 millions d’euros, soit 55,2% de l’ensemble des aides du secteur.

Le CNC estime que le budget moyen d’un court-métrage (pour les films qu’il soutient) est de 140 000 euros pour 26 minutes.

Evidement, les producteurs ne se contentent pas des aides du CNC. Ils essaient de compléter leur budget en le vendant à une chaîne de télévision ou en obtenant le soutien d’une région de France.

Les contributions des régions et des chaînes de télévision s’élèvent au total en 2010 à 8,7 millions d’euros.

► Baya Kasmi : « Des tonnes de paperasse »

Baya Kasmi est la scénariste du « Nom des Gens », un film nommé à quatre reprises aux Césars, notamment pour le prix du meilleur scénario original. Elle est aussi la réalisatrice d’un court-métrage, son premier, sélectionné au Festival de Clermont-Ferrand, « J’aurais pu être une pute ».

De l’écriture à la production de ce court-métrage, il s’est passé quatre ans.

« J’ai mis beaucoup de temps à trouver le moyen de financer ce film. J’ai d’abord fait une tentative avec une boîte de production. J’ai écrit des dizaines de lettres de motivation pour obtenir l’aide des régions. J’ai fait des tonnes de paperasse. Ça n’a pas marché.

Alors, j’ai envisagé de produire mon film moi-même, avec mes économies et puis finalement Karé Productions a accepté de le produire, et tout a été beaucoup plus simple. »

Payer très peu des gens qui ont beaucoup d’expérience

Aidé par le CNC à hauteur de 70 000 euros – via l’aide sélective avant réalisation, cf. encadré –, le film a également été acheté par France 3. Au total, le budget approche les 100 000 euros. « Une fourchette haute », estime son producteur Antoine Gandaubert.

Sur ce film, ce dernier estime que les salaires ont représenté 60% du budget total. Le reste a été en grande partie consacré à la location du matériel. Le producteur précise :

« Même avec un budget de près de 100 000 euros, c’est pas toujours évident, on est contraints de payer très peu des gens qui ont beaucoup d’expérience. »

► Jacky Goldberg : « Avec 17 000 euros, tu paies personne »

jackygoldbergralisateurdefarfrommanhattanhlnedavid.jpg Comme de nombreux jeunes réalisateurs français, Jacky Goldberg s’est passé de subventions publiques.

Pensant que son film – un huis-clos dans un appartement new-yorkais – était « trop expérimental » pour avoir ses chances, il n’est pas allé chercher l’argent devant la commission du CNC mais s’est adressé au Grec, le Groupe de

recherches et d’essais cinématographiques. « Il y a un certain prestige à passer par cette association », estime-t-il par ailleurs.

En 1980, c’est par exemple grâce au Grec que Pascale Ferran (« Lady Chatterley ») a réalisé « Anvers », son premier court-métrage, co-réalisé avec Didier Marty.

Depuis 1969, l’association a pour mission de découvrir des talents et soutenir le court-métrage expérimental. Les subsides du Grec proviennent eux-mêmes à 75% du CNC. L’association fait office d’intermédiaire.

En février 2009, Jacky Goldberg a donc soumis le scénario de son film « Far from Manhattan ». Succès : il a obtenu une enveloppe de 17 000 euros. Ce budget a couvert le tournage, en octobre 2009, puis la post-production.

Travailler sur un court, même gratis, c’est une carte de visite

La quasi intégralité de cette somme a été consacrée à la location de matériel, aux décors et lieux de tournage. Sur la quinzaine de personnes qui ont participé au tournage de ce film (acteurs, techniciens, régisseurs, assistant réalisateur, directeur de production, etc.), seules cinq ont été payées, ou plutôt vaguement « défrayées » concède Jacky Goldberg qui parle de « sommes symboliques » accordées aux deux ingénieurs son, aux étalonneurs et au monteur.

capturedefarfrommanhattan.jpg « Avec 17 000 euros, tu paies personne, tu peux pas », explique-t-il. Le jeune réalisateur s’est donc entouré de connaissances et amis ayant un pied dans le monde du cinéma. Pour des futurs professionnels, travailler sur un court-métrage, même gratuitement, peut constituer une carte de visite.

Réalisé grâce à une association et de la bonne volonté, « Far from Manhattan » a été sélectionné au Festival de Clermont-Ferrand, ainsi qu’aux éditions 2010 du Festival de Locarno et du Festival de Pantin.

► Julien Cunillera : des prix a posteriori pour se financer

juliencunillerahlnedavid.jpg Julien Cunillera a réalisé neuf films entre 1992 et 2002 ; il a lui aussi le souvenir d’avoir rusé pour réaliser ses films à moindre frais :

« A l’époque, l’intermittence finançait en grande partie les courts-métrages. Les techniciens acceptaient d’intervenir sur un film entre deux gros projets.

Sinon, j’ai déjà pu emprunter le matériel d’une grosse production pendant le week-end, alors que les techniciens étaient en relâche. Parfois, ils venaient même donner un coup de main sur le film. »

« Les courts-métrages qui prennent le moins de risques marchent mieux »

capturedemesutetsesfrresprixqualitducnc1997.jpg Pour autant, le réalisateur estime avoir pu « à peu près vivre » de ses films pendant dix ans, notamment grâce au « prix de qualité » du CNC (cf. encadré) dont il a bénéficié à plusieurs reprises. 

« Je ne suis pas très bon pour le scénario, donc je n’obtenais pas l’aide du CNC avant réalisation, mais plutôt le “prix de qualité” une fois que le film était tourné.

J’ai notamment eu le “prix de qualité” pour un court-métrage qui m’avait coûté trois francs six sous, avec ça j’ai pu financer le court-métrage suivant ».

Aujourd’hui, Julien Cunillera est passé au tournage de documentaires. « Ce sont quand même les courts-métrages qui prennent le moins de risques et font consensus qui marchent le mieux », regrette-t-il.

« On a tous fait des films avec des bouts de ficelle »

Le CNC exige que l’ensemble des personnes qui interviennent sur un court-métrage soient payées en conformité avec le droit du travail. Il y a quelques années encore, ce n’était pas toujours le cas, même sur des films soutenus par le CNC.

Pour Ludovic Henry, producteur et président du collège du court-métrage du Syndicat des producteurs indépendants (SPI), « il y a eu une vraie prise de conscience sur le sous-financement du secteur ces dernières années ». Aujourd’hui, en tant que producteur, il estime qu’« on ne peut pas produire un film au détriment des règles élémentaires du droit du travail ».

Pourtant, le producteur concède que les films faits sur le mode du système D contribuent eux aussi au rayonnement du court-métrage :

« En tant que producteur, je ne peux pas défendre le non-emploi. Mais on a tous fait des films avec des bouts de ficelle. Et il faut que ça continue, que les jeunes fassent des films avec l’argent de leur grands-parents et leurs amis. Cela peut leur permettre d’être repérés par des boîtes de production.

Il ne s’agit pas de dire il y a les bons, ceux qui paient, et les mauvais, qui ne paient pas. Ces films-là font aussi la richesse du court-métrage. Pour moi, c’est le secteur Recherche et développement de l’industrie de l’audiovisuel. »

Illustrations et photos : capture de « La Jetée » (Chris Marker, 1962) ; Jacky Goldberg (Hélène David) ; capture de « Far from Manhattan » ; Julien Cunillera (Hélène David) ; capture de »Mesut et ses frères ».

 

Les aides du CNC en 2010

 

 L’aide avant réalisation : 45 courts aidés, 72 500 euros en moyenne. La sélection s’effectue sur scénario par un comité de lecture.

 L’aide sélective avant réalisation dite « programme d’entreprise de production de films de court-métrage » : 41 courts aidés, 72 500 euros en moyenne. Ce sont les producteurs de courts-métrages qui sont soutenus pour « leur permettre de s’engager sur des projets ambitieux ».

 L’aide après réalisationou « prix de qualité » : 26 courts aidés, 14 600 euros en moyenne. Destinée à « récompenser a posteriori la qualité artistique et technique de films de court métrage qui n’ont pas bénéficié d’une contribution financière du CNC à l’état de projet ».

► Le rapport complet du CNC sur les aides aux courts-métrages en 2010.

 

 







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